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En 2025, des coutumes archaïques continuent de dicter la vie des femmes, sous couvert d’amour ou de protection. On s’attaque à leur corps, à leur sexe, simplement parce qu’elles sont femmes : clitoris mutilés, corps violés, femmes chassées… Ces traditions s’imposent parfois au prix de leur liberté, à travers des formes que l’on peine à imaginer.
« Kusasa Fumbi » : les hyènes du Malawi
C’est au sud-est de l’Afrique que se cache le « Kusasa Fumbi ». Derrière cette expression, le nom d’une tradition qui fait froid dans le dos. Dans ce pays de 22 millions d’habitants, des familles malawites payent des hommes adultes pour « initier » sexuellement leurs adolescentes. Il s’agit là d’une coutume ancestrale. Gare à celles qui ne la respectent pas, une « malédiction » pourrait s’abattre sur elles ou leur famille. « Généralement, ces hommes vivent en dehors du village et ne peuvent pas se marier », explique Fabienne Juhel, écrivaine du Festin des hyènes. Les conséquences pour les jeunes filles sont dramatiques : contamination au VIH, grossesses non désirées, traumatismes psychologiques…
Pourtant, ces viols sont validés par la communauté. Les mères du village dirigent les camps d’initiation pour montrer aux filles les gestes à effectuer pour « le bon déroulement » du rituel. Isabelle Gillette-Faye, sociologue et directrice générale de la « GAMS », cette fédération qui milite pour l’abolition des mutilations sexuelles et des mariages forcés, indique : « Les femmes qui font ça pensent agir pour le bien de l’enfant. Dans ces sociétés, une jeune fille qui a suivi la tradition pourra se marier, rester dans le groupe. Si elle ne le fait pas, elle sera rejetée ». Depuis 2013, un décret interdit officiellement ces rites, et grâce à la cheffe traditionnelle Theresa Kachindamoto, plusieurs pratiques ont été abolies. Dans les faits, impossible de savoir si le « Kusasa Fumbi » a bel et bien disparu.
Au Cameroun, le repassage des seins
Dans certaines régions du Cameroun, une pratique ancestrale et douloureuse consiste à ralentir la puberté des jeunes filles en massant leur poitrine avec des objets brûlants (pierres, pilons, spatules, louches). Toujours d’actualité, cette coutume toucherait près de 24 % des adolescentes selon une étude menée en en 2006 par les anthropologues camerounais Dr Flavien Ndonko et Germaine Ngo’o. Winnie Danielle Eyono, coordinatrice de l’association Sourires de femmes à Yaoundé, la capitale, témoigne : « Dès mes six ou sept ans, on me parlait régulièrement de cette pratique. Un jour, ma grand-mère a compris que ma poitrine poussait. Elle a pris une spatule chauffée au feu et a fait des mouvements circulaires sur mon mamelon pendant plusieurs jours. La douleur, je ne pourrai jamais l’oublier ».
Derrière cette pratique, repose l’idée de protéger les filles des regards masculins ou des grossesses précoces. Mais pour Winnie, rien n’y a fait : « Dans ma vie, cela n’a pas fonctionné puisque j’ai été violée. Ma défunte grand-mère n’a jamais regretté son geste, elle m’a même traitée de menteuse… ».
Cette mutilation laisse de graves séquelles aux victimes : kystes, abcès, douleurs sévères au niveau de la poitrine, dépression… Malgré tout, le gouvernement camerounais n’a jamais légiféré sur le sujet.
Népal : la pratique du « Chhaupadi »
S’exiler de chez soi à cause de ses menstruations peut paraître absurde et pourtant, c’est encore la réalité des Népalaises, en Asie du Sud. Le Chhaupadi, qui signifie « intouchable » est une tradition issue de la culture hindoue. Les femmes qui ont leurs règles sont considérées comme « impures », « porteuses de malédictions » et sont donc contraintes de s’isoler dans des huttes pendant cette période.
Les drames humains ne sont pas rares. Ainsi, trois jeunes femmes, Tulasi Shahi, Parbati Bogati et Amba Bohara, sont décédées enfermées à l’intérieur de telles cellules, victimes de morsures de serpent, de froid, et d’asphyxie. La sociologue Isabelle Gillette-Faye, l’assure : « Dans les sociétés les plus patriarcales, on considère que le corps des femmes représente le péché, le mal, le diable. L’objectif est toujours de le contrôler, car il est jugé dangereux ».
Bien que le « Chhaupadi » soit interdit depuis 2005 et puni par la loi depuis 2017, une étude menée auprès de 400 filles âgées de 14 à 19 ans dans le centre-ouest du Népal a révélé que 77 % d’entre elles étaient encore contraintes par leur famille de subir cette pratique.
« Borkum » : la tradition qui fouettait les femmes
Sur l’île de Borkum, au large de la mer du Nord, en Allemagne, une tradition de Noël vieille de 200 ans faisait des femmes les cibles d’un rituel violent. Tous les 5 décembre au soir, six hommes du Borkum Lads Club (association des garçons de Borkum) se déguisaient en créatures surnaturelles, les « Klaasohm », pour traquer les femmes dans la rue et les frapper sur les fesses avec des cornes de taureau. Le cauchemar ne s’arrêtait pas là, d’autres hommes, appelés les « attrapeurs », retenaient celles-ci captives, en attendant le fouet. Le comble ? La « récompense » n’était rien d’autre qu’un simple gâteau de pain d’épices. En décembre 2024, la diffusion d’un reportage choc a mis en lumière ce sujet et depuis les violences ne sont plus autorisées.
Belgique : quand le folklore exclut les femmes
S’il ne s’agit pas là d’une forme de mutilation ou de violence physique exercée à l’encontre des femmes, il n’en reste pas moins qu’en Europe, parfois, le folklore sait se montrer misogyne. Ainsi, chaque année en Belgique, les habitants de l’Entre-Sambre-et-Meuse se rassemblent pour des marches folkloriques. Cette tradition rassemble plus de 10 000 marcheurs chaque année. Mais les femmes restent les grandes oubliées de ces événements.
Dès l’enfance, filles et garçons participent ensemble. Mais à l’adolescence, tout change : les garçons accèdent aux rangs officiels, tandis que les filles sont reléguées aux seconds rôles, voire exclues. Face à ce sentiment d’injustice, des femmes ont créé le collectif « Femmes en marche ». Margaux Joachim, 35 ans, explique : « Un jour, un comité nous a demandé de quitter le village, de rejoindre notre balai de sorcière et de retourner à la cuisine ». Les remarques sexistes fusent : « Les femmes doivent s’occuper des enfants », ou encore « Si elles participent, il y aura des coucheries dans tous les sens ». Alors, depuis 2023, une charte éthique oblige les associations folkloriques à respecter de nouvelles règles d’inclusion. « Le patriotisme ne doit pas être une soumission aveugle : il peut devenir une force pour défendre la liberté et dénoncer les violences, même dans les traditions ancestrales », conclut la sociologue Isabelle Gillette-Faye.
2025-10-12 15:30:00
