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Au micro de la matinale de France Inter, le journaliste Nicolas Demorand a évoqué ce que les psychiatres appellent le « syndrome Orangina ». Une injonction sociale dont souffrent certaines personnes atteintes de dépression.
Après sept mois d’absence, Nicolas Demorand est de retour au micro de France Inter. Dans une interview accordée à « Télérama », le journaliste atteint de bipolarité a révélé avoir été hospitalisé sans son consentement à l’hôpital psychiatrique Sainte-Anne à Paris en automne dernier. Une période douloureuse qu’il raconte également dans son podcast sur la santé mentale « Si besoin », alors qu’il s’apprête à lancer une nouvelle émission hebdomadaire à la rentrée.
« Se secouer pour aller mieux » : une injonction contre-productive à l’égard des personnes atteintes de dépression
Invité du 8h20 de France Inter ce lundi 15 juin, Nicolas Demorand a profité de cette prise de parole pour dénoncer une idée reçue encore largement répandue autour de la dépression : celle selon laquelle il suffirait de « se secouer » pour aller mieux. Une injonction que les psychiatres ont fini par surnommer le « syndrome Orangina », en référence au célèbre slogan de la marque de boisson gazeuse : « Secouez-moi, sinon la pulpe reste en bas. » Interrogé par son ami et collègue Benjamin Duhamel, l’ex-présentateur de la matinale a fustigé « ce regard social qui pense la maladie mentale comme un défaut de la volonté ». « “Tu es dépressif allongé sur un canapé, c’est vraiment parce que tu n’as pas envie de te lever.” Bah non, c’est parce que je suis malade et que je ne peux pas faire autrement », a-t-il insisté.
Cette croyance reste pourtant tenace. Selon une étude OpinionWay réalisée pour Inicea en 2024, un Français sur quatre estime qu’il suffit de « bonne volonté » pour sortir d’une dépression, tandis qu’une personne sur cinq considère encore cette maladie comme une simple forme de tristesse. Des préjugés qui peuvent renforcer la culpabilité des patients et compliquer davantage leur rétablissement.
Dépression, entre perte de désir et élan vital
Si la dépression est souvent associée à une profonde tristesse et à une grande souffrance psychologique, elle ne se résume pas à cet aspect visible de la maladie, comme le souligne « Slate ». Elle entraîne également une perte de plaisir, de motivation et d’élan vital qui peut rendre les tâches les plus simples extrêmement difficiles. Contrairement à un simple passage à vide, cet état ne disparaît pas grâce à quelques jours de repos ou à une distraction. Les personnes dépressives restent souvent prisonnières de pensées négatives dont elles ont conscience, sans parvenir à s’en détacher malgré leurs efforts.
C’est pourquoi le « syndrome Orangina », qui consiste à dire à une personne dépressive de « se secouer » ou de faire preuve de davantage de volonté, peut s’avérer particulièrement nocif. Les recherches suggèrent en effet que la dépression affecte les mécanismes cérébraux liés à la motivation : pour certains patients, les récompenses paraissent inaccessibles ; pour d’autres, le moindre effort prend des proportions démesurées. En leur répétant qu’il suffirait de vouloir pour aller mieux, l’entourage risque donc de renforcer leur sentiment d’échec, alors même que ces difficultés constituent l’un des symptômes de la maladie.
2026-06-16 18:02:00
