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Femme et fétichiste – Yuki et la douleur : « Je ne connais personne qui n’aime pas mordre de la peau humaine »


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« Mon entrée dans la sexualité s’est faite à travers le BDSM. Très jeune, je fantasmais déjà sur cet univers : j’ai regardé “Cinquante nuances de Grey” à quatorze ans. Aujourd’hui, avec l’expérience, je me rends compte à quel point les films sont problématiques et donnent une image faussée du milieu. Mais à l’époque, je trouvais simplement que ça avait l’air génial. D’ailleurs, je ne savais pas qu’il s’agissait d’un fétichisme. Ce n’est que récemment que j’ai réalisé que c’était plus qu’un “ kink” : j’en ai besoin pour être excitée et prendre du plaisir.

J’ai du mal à éprouver des sensations physiques pendant un rapport plus “traditionnel”. Bien sûr, je peux vivre des moments intimes sans que cette douleur soit présente. Si j’aime profondément la personne, cela reste un beau moment de complicité. Mais je ne vais pas jouir.

« J’ai une curiosité presque scientifique de voir jusqu’où mon corps peut tenir »

Mon fétichisme tourne autour du sadomasochisme et des jeux de douleur. Avec des novices, cela peut se traduire par des morsures au niveau du cou ou de l’entrejambe, des fessées… Avec des personnes expérimentées, le BDSM ne se limite pas à la sexualité : il peut aussi s’intégrer au quotidien. Parfois, il n’y a même pas de contact charnel entre nous, seulement des rapports de domination et de soumission.

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J’aime autant infliger que ressentir la douleur, même si je préfère la deuxième situation. Les relations les plus profondes de ma vie se sont nouées pendant des séances de BDSM. C’est une expérience d’une telle puissance que les mots peinent à la décrire, je ne connais rien d’aussi fort sur le plan émotionnel. Il ne s’agit pas que de sexe, mais aussi et surtout de lâcher-prise. Le cerveau se met en pause, le flot de pensées ralentit… Je vis pleinement l’instant présent. L’appartenance à quelqu’un d’autre est très reposante car elle libère du poids des décisions.

Le dépassement de soi me challenge aussi beaucoup. J’ai une curiosité presque scientifique de voir jusqu’où mon corps peut tenir ! Certaines séances particulièrement intenses me poussent à l’épuisement. Surtout que dans ces moments-là, le corps libère une importante quantité d’hormones, ce que je supporte mal. Cela ajoute à l’étourdissement. Bien sûr, je ne cherche pas systématiquement à atteindre cet état : ma sexualité ne s’exprime pas qu’au travers de sessions hardcore. Je privilégie aussi l’échange, le jeu, la complicité…

« Il m’a fallu trois ans avant de rencontrer un partenaire appréciant les jeux de douleurs autant que moi »

Mon fétichisme a sûrement refroidi certaines personnes, mais cela me permet au moins de faire le tri. Quand je rencontre quelqu’un, j’aborde rapidement le sujet. Je n’ai aucun problème à parler de ma sexualité, même de manière désintéressée. D’autant plus qu’il s’agit de mon travail [Yuki est travailleuse du sexe, N.D.L.R], la discussion dérive donc naturellement vers ces thématiques. Le milieu dans lequel j’évolue est par ailleurs très ouvert : on y exprime facilement nos envies, nos désirs, nos limites…

Jusqu’à présent, j’ai principalement rencontré des partenaires partageant mon intérêt pour le BDSM, ou du moins très “kinky”. Mais je pourrais tout à fait entretenir une relation avec quelqu’un qui n’est pas attiré par cet univers, voire avec une personne asexuelle, à la seule condition qu’elle me permette d’explorer cette facette avec d’autres. Je suis une polyamoureuse un peu particulière : je peux aimer plusieurs personnes en même temps, mais je souhaite construire un seul couple, tout en restant sexuellement libre.

Il m’a fallu trois ans avant de rencontrer un partenaire appréciant les jeux de douleurs autant que moi. Cela ne signifie pas que j’ai vécu trois ans de frustration. Même sans entrer dans le sadomasochisme, il est courant d’apprécier les morsures, les griffures ou les suçons durant un rapport sexuel. Bien que j’adore les pratiques intenses, ce sont des gestes dans lesquels je peux tout de même trouver du plaisir.

Les personnes non initiées sont souvent frileuses au départ, mais curieuses. Elles n’osent pas y aller trop fort, jusqu’à ce qu’elles constatent à quel point c’est excitant. Elles se lâchent alors davantage. Elles sont généralement surprises d’apprécier autant. Évidemment ! Je ne connais personne qui n’aime pas mordre de la peau humaine.

« Aucun fétichisme n’est invalide »

La sexualité n’a jamais été un tabou dans ma famille. On en parlait assez facilement. C’est en partie grâce à ça qu’aujourd’hui, j’assume pleinement qui je suis et ce que j’aime. Certaines personnes peuvent me trouver bizarre, cela me passe au-dessus. Je suis en paix avec le fait qu’on ne comprenne pas forcément mon fétichisme. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Je m’en rends compte avec mes clients : beaucoup viennent me voir parce qu’ils n’osent pas en parler.

Cela peut être difficile de trouver quelqu’un avec qui l’on se sent suffisamment en sécurité pour expérimenter son fétichisme. Même si des sites et applications dédiées existent, la plupart ne s’y aventurent pas car ils ont honte de cette part d’eux-mêmes. Les travailleurs du sexe sont généralement leur dernier espace d’expression du fétichisme. Et encore. Certains clients craignent malgré tout que je les juge. J’ai envie de leur répondre qu’ils me payent pour ça, donc je ne risque pas de me moquer ! Je ne fais jamais de kink shaming. Parce qu’ils naissent de notre vécu, des profondeurs de notre inconscient, aucun fétichisme n’est invalide.

« On joue avec des pratiques risquées, il faut savoir ce que l’on fait »

Pour moi, le seul vrai danger est le manque d’informations : beaucoup se documentent mal et agissent inconsciemment. On joue avec des pratiques risquées ; il faut savoir ce que l’on fait. Une fois, je me suis fait attacher par la mauvaise personne, au mauvais endroit. Cela m’a traumatisée. Je n’ai plus jamais recommencé alors qu’à la base, je suis une Rope Bunny [personne qui aime être attachée, N.D.L.R.]. Une corde mal placée peut être très dangereuse. Le shibari a déjà provoqué des morts ! Dans le milieu BDSM, on dit souvent que les meilleurs pratiquants sont ceux qui ont fait, au moins, la première année des études d’infirmier.

Moi, je n’ai plus envie de retourner sur les bancs de l’école, mais j’envisage sérieusement de passer mon brevet de secouriste. Sans lui, je suis limitée dans mes pratiques. Je ne fais jamais de breath play [jeux d’étouffement, N.D.L.R.] parce que je ne saurais pas comment réagir si mon partenaire s’évanouit. Mon partenaire de jeux actuel est bien renseigné, c’est très rassurant. C’est lui qui me soigne, désinfecte mes plaies après une séance de couteaux, par exemple.

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Il existe encore beaucoup de stéréotypes autour du sadomasochisme. On imagine un univers très sombre, voire morbide. Il y a certes des codes, mais qui peuvent être explorés, contournés, réinventés. Le plus important est de prendre du plaisir, pas de jouer un rôle. C’est ce qu’apprécient mes clients : je suis la preuve que l’on peut se faire écraser les parties intimes dans la joie et la bonne humeur !



2025-08-15 16:00:00

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