vendredi, juin 12, 2026
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« Des chiffres supers »… Donald Trump a-t-il raison d’aimer l’inflation ?


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Enième provoc’ ? Déni ? Ou véritable vision économique ? Cette nuit, le président américain a déclaré son amour à… l’inflation. Aux Etats-Unis, les prix ont augmenté en mai de 4,2 % sur un an, contre 3,8 % en avril. Mais loin de s’en inquiéter, Donald Trump a, au contraire, déclaré que « les chiffres étaient supers […] j’aime l’inflation ». Une déclaration qui a de quoi faire tiquer tout consommateur encore traumatisé par la vague inflationniste de 2021-2023.

Mais si c’était nous, pauvres pêcheurs rivés sur le prix de notre panier, qui avions tort ? L’inflation peut-elle être vraiment super ? « L’inflation, c’est comme le cholestérol : il y a la bonne et la mauvaise », illustre Stéphanie Villers, macro-économiste au cabinet PwC. En cas de croissance soutenue, d’un dynamisme économique réel, l’inflation peut être bonne. Or, ce n’est pas vraiment le cas. « Ici, l’inflation est exogène, dues au contexte géopolitique international », poursuit l’économiste.

« La hausse sera subie »

La croissance américaine s’établit autour de 2 %, loin d’égaler l’inflation. Surtout, elle est portée presque exclusivement par le secteur des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle. « Il peut y avoir une bonne inflation sur ce secteur précis, mais dans la plupart des secteurs traditionnels, ça va patiner fort et la hausse sera subie », prévient l’experte. Elle y voit deux principaux risques : soit les salaires ne suivent pas et le pouvoir d’achat se creuse, soit la société entre « dans une boucle hausse des prix-hausse des salaires-hausse des prix sans fin et néfaste ».

Urszula Szczerbowicz, professeur associé d’économie à la Skema Business School et spécialiste en économie internationale, abonde en ce sens. « Une bonne inflation dépend de l’objectif fixé par la banque centrale. Si elle est supérieure à l’objectif, elle va inquiéter les marchés ». La Fed – la banque centrale américaine – avait tablé sur un objectif d’inflation autour des 2 %. Soit deux fois moins que celle actuelle. Or, « en période de trop haute inflation, la banque centrale a tendance à augmenter les taux, alors que Donald Trump veut les maintenir bas », souligne Philippe Crevel, macro-économiste et directeur du Cercle de l’Epargne. Un désaccord qui a déjà coûté cher à Jerome Powell, ancien président de la Fed.

Quelques points positifs

Cette hausse de l’inflation entraîne mécaniquement une baisse de la compétitivité. « Avec des prix plus haut, vos produits se vendent moins à l’étranger », résume Philippe Crevel. Une réalité toutefois amoindrie par la hausse globale du prix de l’énergie : tous les pays ont vu leur prix grimper. De plus, « les Etats-Unis sont exportateurs nets de pétrole. Pour ce secteur, c’est donc une excellente nouvelle. L’inflation va encore plus creuser les inégalités américaines, avec les gagnants et les perdants de la hausse des prix », développe le spécialiste.

Car oui, il y a effectivement quelques bonnes nouvelles à ces 4,2 %. A commencer par la dette publique américaine, qui pèse plus de 100 % du PIB. « Quand l’inflation augmente, le PIB augmente. Comme les produits coûtent plus cher, la somme des produits est plus grande. Du coup, le ratio dette/PIB diminue mathématiquement », indique Stéphanie Villers.

Une déclaration mensongère ?

Gare, également, à ne pas diaboliser à l’excès l’inflation. « La période 2021-2023 a été une période très positive pour les entreprises, qui en ont profité pour augmenter leur prix bien plus que les surplus de coût salariaux et d’énergie. Elles ont du coup augmenté leur marge », explique Véronique Riches-Flores, spécialiste en prospective économique et financière internationale.

Reste que, d’un point de vue plus humain, le pouvoir d’achat des Américains devrait en être sérieusement affecté. Et ça tombe mal pour un Donald Trump qui a axé toute sa campagne de second mandat sur une baisse de l’inflation. C’est une phrase Trumpienne sans fondement pour montrer l’illusion d’un contrôle, plus qu’une réelle philosophie politique », analyse Urszula Szczerbowicz. Et de rappeler qu’il a passé le reste de son discours à dire que cette inflation disparaîtrait très vite, aussitôt la guerre avec l’Iran finie. Preuve que le président a hâte de se débarrasser de ces « supers chiffres ».



2026-06-12 05:17:37

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