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Un triste record dont on se passerait bien. D’après le dernier bilan du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, les incendies ont, depuis le début de l’année, parcouru 115.000 hectares en France. Dont un tiers rien que dans le département de la Gironde (42.000 hectares). Le manque de moyens aériens pour lutter contre les incendies a régulièrement été pointé du doigt ces derniers jours. Principalement par des membres de l’opposition, obligeant le gouvernement à défendre son bilan à plusieurs reprises.
Et le sujet intéresse bien sûr les réseaux sociaux. Dernièrement, des internautes proposent une alternative aux canadairs : un avion bombardier d’eau conçu en Russie, le Beriev Be-200. Comme dans cette publication, des images faisant sa promotion sont partagées. « Si les gouvernants français étaient moins débiles, la Russie aurait pu apporter une grande aide ! », peut-on lire ici. Selon certains, cette aide serait tout simplement impossible : « l’Union Européenne » aurait « interdit à ces puissants hydravions russes […] d’éteindre les incendies ».
FAKE OFF
Ce qu’affirment ces internautes est trompeur. On y trouve un peu de vrai, mais surtout beaucoup d’éléments de contexte manquants. Commençons par l’idée selon laquelle « l’Union Européenne » aurait « interdit à ces puissants hydravions russes […] d’éteindre les incendies ». En mars 2022, l’Union Européenne a décidé de révoquer toutes les certifications de navigabilité d’avions russes. Le Beriev Be-200 est concerné, comme on peut le voir sur le site de l’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne (EASA). Conséquence : ces appareils, comme les autres appareils russes, ne peuvent plus voler dans le ciel européen, et donc être utilisés pour éteindre des incendies dans les pays de l’UE.
En regardant la date, vous aurez sans doute deviné la raison derrière cette restriction : l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Pour être plus précis, cela entre dans le cadre du troisième « train de sanctions à l’encontre de la Russie » décidé par l’Union Européenne. Elément qui n’est pas précisé dans ces publications.
Deux essais non concluants
Autre élément qui n’est pas indiqué : le Beriev Be-200 a déjà eu sa chance dans l’Hexagone. Il a été testé à deux reprises par la Sécurité civile : une première fois en 2003, puis une seconde en 2011. « Cet avion, alloué à la France pour une durée déterminée depuis le 29 juin 2011 et à hauteur de 50 heures de vol, a survolé il y a quelques jours les côtes des Alpes-Maritimes pour une opération de repérage », écrivait le Sdis des Alpes-Maritimes sur son site internet.
Résultat : aucune de ces expérimentations ne s’est avérée concluante. Les rapports n’ont pas été rendus public, mais des articles sur le sujet – du Parisien en 2003 et de La Provence en 2011 – permettent d’en connaître en partie les raisons. En 2003, les critiques des pilotes portaient « sur le volume d’eau » que l’appareil était « en mesure d’embarquer », et sur le fait que l’avion n’était pas adapté aux « montagnes corses » ou « [des] Maures ».
En 2011, les critiques portaient surtout sur « sa consommation » de carburant. « Nous n’avons pris aucun engagement ferme pour acheter un ou plusieurs avions de ce type », avait alors indiqué des sources proches du ministère de l’Intérieur à La Provence.
Nos articles sur les incendies en France
Lors de ces essais, le Beriev Be-200 n’a donc pas convaincu pour des raisons de contraintes opérationnelles. Par la suite, la situation géopolitique de la Russie n’a pas arrangé les choses.
2026-07-30 05:07:37
