lundi, mars 23, 2026
AccueilLe magazine femininTDAH, HPI, HPE… Ce que la folie de l'autodiagnostic révèle de notre...

TDAH, HPI, HPE… Ce que la folie de l’autodiagnostic révèle de notre société ?


#TDAH #HPI #HPE #folie #lautodiagnostic #révèle #notre #société



TDAH, HPI, HPE, hypersensibilité… Les sigles prolifèrent. En quelques lettres, ils promettent une explication à nos décalages, nos débordements, nos singularités. Vous oubliez vos clés ? Il s’agit d’un TDAH (trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité). Des difficultés à maintenir des relations sociales ? C’est certainement signe d’un haut potentiel.

Lire aussi >>  Tous TDAH ? On démêle le vrai du faux

Sur TikTok, il suffit de taper les mots-clés pour voir surgir une avalanche de vidéos caricaturales. « 5 signes que tu es hypersensible », « Je suis HPE donc les gens ne me comprennent pas » … On trouve même des « bingo TDAH » censés cocher, case après case, les preuves de notre supposée neuroatypie. À force de scroller, chacun finit par se reconnaître. Et si, moi aussi… ? Au travail, en famille, nous connaissons tous quelqu’un qui s’attribue ces étiquettes sans consulter. Mais à force, ne glissons-nous pas vers une dérive ? 

Autodiagnostic : SOS d’un terrien en détresse 

La tendance à l’autodiagnostic dit beaucoup de notre époque. Sans doute est-il plus valorisant d’attribuer ses difficultés sociales à un haut potentiel, suppose Nicolas Gauvrit. « C’est plus agréable et valorisant de se dire qu’on ne trouve pas d’amis parce qu’on est tellement intelligent que personne ne peut nous comprendre… », résume-t-il. Envisager des explications moins flatteuses reste plus difficile. On perçoit aussi un « besoin d’identité très humain », dans une société où l’individualisme va grandissant. 

« La façon dont on exprime des difficultés dans la sphère sociale passe par le langage de la santé mentale », souligne Kevin Hiridjee. Des tensions professionnelles ou sociales sont traduites en termes psychologiques car « on fait reposer sur l’individu un certain nombre de sujets liés à la société ». Charlotte Van Den Driessche appelle, elle, à ne pas diaboliser les réseaux sociaux, qui permettent « l’expression de souffrances réelles », tout en rappelant qu’ils ne remplaceront jamais « une évaluation médicale ». Au fond, ces caractéristiques qu’on s’approprie traduisent surtout une quête de sens. 

Petit précis pour (bien) se diagnostiquer et pousser les portes d’un cabinet 

TDAH : des symptômes et des critères stricts

Peut-on vraiment se dire TDAH si on est accro au café ou si on est souvent en retard ? La prudence s’impose. Première chose : ce trouble se situe dans une zone floue, y compris pour les médecins, car il n’existe aucune mesure objective. « Le médecin s’appuie sur les propos du patient et de son entourage, ainsi que sur ses observations. Il s’agit donc d’un diagnostic intersubjectif, par nature variable », affirme Charlotte Van Den Driessche, psychiatre et chercheuse post-doctorante à l’université de Cambridge. Le TDAH repose sur l’association de symptômes d’inattention, impulsivité et hyperactivité qui sont présents depuis l’enfance en général. 

Les critères de référence sont ceux du DSM-5, le manuel diagnostique utilisé en psychiatrie, qui recense 18 critères (9 d’inattention, 9 d’hyperactivité et d’impulsivité). En général, la présence de plus de la moitié oriente vers un diagnostic. « Mais l’intensité des symptômes compte autant que leur nombre et ils doivent avoir un retentissement notable », pointe la chercheuse. Se reconnaître dans une liste de symptômes peut être un point de départ, mais ne suffit pas. « Perdre ses clés de temps en temps n’est pas pathologique en soi. Mais des inattentions répétées qui impactent la vie quotidienne doivent alerter : elles peuvent révéler un TDAH, une dépression ou une fatigue intense qui peut préfigurer un burn-out… » 

HPI : 2 ,3% de la population, pas plus

Et si notre progéniture était un « zèbre » ? Sur les réseaux sociaux, l’idée fleurit. D’où l’impression qu’il y aurait de plus en plus de personnes qui s’en revendiquent. Pourtant, les chiffres ne confirment pas ce sentiment. La proportion d’individus concernés reste stable depuis des décennies : le haut potentiel correspond toujours à un QI supérieur à 130, ce qui représente 2,3% de la population française. L’effet de mode est une grille de lecture importante. « Comme les gens se posent plus la question, plus de HPI sont identifiés », analyse Nicolas Gauvrit, chercheur spécialisé en sciences cognitives. 

À cela s’ajoute un manque de formation des professionnels de santé. Des lacunes très visibles en ligne : « Sur YouTube, on voit des psychologues ou des psychanalystes annoncer fièrement qu’ils sont capables, en 10 minutes, de savoir si quelqu’un a un HPI, juste en le regardant et en discutant avec lui. » D’autres mythes circulent, comme l’idée que le HPI serait lié à l’hypersensibilité. « Aujourd’hui, si on est très sensible, on est probablement à haut potentiel. Dans les faits, ça n’a rien à voir, explique l’enseignant chercheur à l’université de Lille. Certains sont à haut potentiel, d’autres pas. » Même constat pour ceux qui affirment que ce serait un facteur d’échec scolaire : « En réalité, on a des études sur plusieurs dizaines de millions d’élèves depuis presque un siècle qui prouvent l’inverse. »

HPE, un terme sans existence scientifique

Aucune mention du HPE (haut potentiel émotionnel) dans la littérature scientifique. Malgré son succès, il n’est défini ni en psychologie, ni en neurosciences. Le chercheur Nicolas Gauvrit estime toutefois que l’idée n’est pas totalement absurde, à condition de la définir rigoureusement. « La logique voudrait qu’on définisse les gens avec un HPE, comme des personnes qui ont des capacités d’intelligence émotionnelle élevée. En d’autres termes, ce sont des gens doués pour comprendre leurs propres émotions et celles des autres, et pour les utiliser », explique-t-il.

Une définition éloignée de l’image véhiculée sur TikTok, où le HPE est souvent présenté comme une forme d’hypersensibilité douloureuse. Or, il faut rappeler une chose essentielle : l’intelligence émotionnelle est une compétence, pas un handicap. « Les gens ont tendance à mettre du négatif derrière, comme si cela voulait dire qu’on avait une incapacité à gérer ses émotions, parce qu’elles sont trop fortes. Être ainsi débordé, c’est au contraire le signe d’un manque d’intelligence émotionnelle… » 

Hypersensibilité : un ressenti, pas un diagnostic

L’hypersensibilité est aussi en vogue. D’un point de vue clinique, la notion ne renvoie pourtant à aucune catégorie clinique. « Cette notion décrit un ressenti, pas un trouble », explique Kevin Hiridjee, psychologue. Peut-on alors la diagnostiquer ? La réponse est non. Pourtant, les patients décrivent des symptômes qui « se résument souvent à une irritabilité, une labilité, une sensorialité exacerbée »… Ils peuvent renvoyer à des réalités très différentes : troubles de l’humeur, dépression, troubles borderline… D’où la prudence face à l’autodiagnostic, que le thérapeute perçoit comme « problématique ».

La responsabilité des réseaux sociaux est réelle, mais le thérapeute plaide pour une approche nuancée. « Les patients, ça leur fait parfois du bien de pouvoir se décrire avec des mots. Notre travail n’est pas d’invalider ce qu’ils ressentent », estime-t-il. Mais il insiste : « On doit écouter, mais on ne doit pas le prendre pour un diagnostic. » D’un côté, les réseaux favorisent la parole autour de la santé mentale, mais ils diffusent aussi des raccourcis. Et si l’hypersensibilité était un terme fourre-tout pour se dédouaner de ses responsabilités ? « Dire ce que nous font les autres est simple, mais le travail clinique consiste aussi à faire comprendre au patient ce qu’il fait vivre à son entourage », souligne le praticien. Au fond, l’hypersensibilité peut constituer un point de départ, jamais l’explication. 



2026-02-15 18:30:00

RELATED ARTICLES

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Advertisment -

Most Popular

Recent Comments