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Le Tarn possède dans ses cours d’eau une espèce protégée méconnue : les moules perlières. Mais ces mollusques indispensables à la bonne santé de nos rivières sont victimes d’une mystérieuse hécatombe. Un chercheur de Cambridge mène l’enquête.
Qu’est-ce qui fait mourir les moules perlières de l’Agout ? C’est la question que se posent de nombreuses personnes à la Dreal – la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement – mais aussi un chercheur de la très prestigieuse université de Cambridge. Car les moules situées dans plusieurs cours d’eau tarnais meurent à une vitesse alarmante depuis quelques années, et cette espèce protégée se voit désormais menacée à moyen terme.
Qu’est-ce qui tue les moules ?
Des moules perlières dans l’Agout, vraiment ? « Mulette perlière », Margaritifera margaritifera de son nom scientifique, est un mollusque d’eau douce qui ressemble aux moules de mer que nous connaissons. On en trouve dans toute l’Europe, particulièrement en France, et particulièrement dans le Massif central et les massifs qui en découlent. C’est pour cette raison que cette espèce protégée est présente dans la Montagne Noire et, à plus forte raison, dans plusieurs endroits de l’Agout. Un endroit particulièrement riche en moules d’eau douce est le canal Saint-Agnan, sur la commune du Bez.

Frédéric Marie, chargé de mission au sein de la direction de l’écologie, explique : « C’est une espèce très intéressante pour nos cours d’eau. Elle peut vivre jusqu’à 100 ans. Un individu filtre 50 litres d’eau par jour et absorbe 90 % des matières en suspension. C’est grâce à elles que des cours d’eau sont clairs. » Depuis 2001, l’espèce bénéficie d’un « plan d’action » national afin d’améliorer les connaissances. Et il en ressort des constats alarmants. « On s’est aperçu que des épisodes de mortalité massive arrivaient », notamment au Bez. « On a craint une pollution, mais les analyses de l’eau n’ont rien donné. »
2021, puis 2023 : ces événements non expliqués se multiplient. En parallèle, Daniel Causey, chercheur à l’université de Cambridge, débute une thèse sur les causes du déclin des moules d’eau douce. Le Tarn saisit l’occasion. « On est vraiment dans la recherche des causes de mortalité massive, précise Frédéric Marie. Cette thèse explore la possibilité qu’il s’agisse d’un virus ou d’un micro-organisme. » Récemment, le chercheur anglais, dérogation préfectorale à la clé, est venu sur place prélever plusieurs « individus moribonds » dans le cours d’eau, pour analyses en laboratoire et tenter d’en savoir plus. Les résultats ne sont pas attendus avant 2028. Mais, pour Frédéric Marie, la situation, tant qu’elle demeure inexpliquée, est préoccupante.
Une situation inquiétante
« Il faut dix à quinze ans pour qu’un individu soit mature sexuellement et se reproduise. Et on constate que, sur les 159 cours d’eau du territoire français où ces moules sont présentes, les jeunes ne sont présents que sur vingt cours d’eau ! Si nous n’avons pas de « recrues », cela peut déstabiliser les populations. » Et, à terme, déséquilibrer tout l’écosystème. « Plus de moules, cela signifie des eaux plus turbides, plus chargées en matières organiques, et donc d’autres espèces pour qui cet habitat ne sera plus favorable. » Notamment, et cela parlera aux pêcheurs, les truites fario, directement liées aux moules perlières.
En attendant d’obtenir des réponses sur ces périodes de mortalité massive qui frappent les moules d’eau douce dans plusieurs points de l’Europe, Frédéric Marie estime que chacun peut jouer un rôle pour aider à leur préservation : « Ne marchez pas dans les cours d’eau où elles se trouvent, pour ne pas les écraser. Et ne faites pas de « barrages » de baignade, car cela fait monter la température de l’eau. »
L’avenir des moules perlières du Tarn est donc suspendu aux recherches d’un thésard de Cambridge. Et intéresse toute l’Europe : depuis peu, l’université de Porto scrute également ces travaux avec intérêt.
2026-05-30 10:01:03
