[ad_1]
#Procès #Jubillar #récit #daudience #nai #pas #compris #portée #des #mots #Cédric #les #aveux #dune #mère #rongée #par #culpabilité
[ad_2]

Un long silence emplit la salle des Assises. Nadine Jubillar s’accroche à la barre, de sa main aux ongles peints en bleu électrique. « J’ai toujours ressenti de la culpabilité de ne pas avoir su m’en occuper », finit-elle par lâcher, la voix nouée. La mère d’un accusé est toujours scrutée. D’ordinaire, elle va s’assoir près de lui, du côté du box vitré et des avocats de la défense. Celle-ci est assise de l’autre côté, près de la famille et des amies de Delphine Jubillar. Elle s’est constituée partie civile, alors qu’au tout début de l’affaire, elle avait été placée en garde à vue, un temps soupçonnée d’avoir couvert son fils. Depuis le début du procès, la quinquagénaire a aussi fait l’objet d’un portrait peu flatteur, elle qui a confié son enfant à l’assistance publique, entre ses deux et sept ans.
Cédric Jubillar, un enfant roi ?
« Je tiens à dire que je n’ai pas abandonné mon fils, souffle-t–elle. A un moment de ma vie, je me suis retrouvée à la rue. J’ai dû demander de l’aide ». Nadine avait seize ans lorsqu’elle a accouché de Cédric Jubillar. Le père biologique s’est fait la malle. Elle avait vingt-trois ans lorsqu’elle l’a récupéré chez elle. « Je venais tout juste d’avoir son petit frère, j’étais moins disponible… et toujours dans la culpabilité ». Ce mot revient souvent. Cet enfant jovial et remuant, cette « pile électrique », elle a du mal à le canaliser : « J’ai baissé les bras, il faisait de moi ce qu’il voulait ». Un enfant roi ? Pas vraiment. Quelqu’un se charge de le corriger : Olivier Fabre, son nouveau mari, qu’elle dit « vindicatif ». « Encore une fois, je n’ai pas réagi », souffle-t-elle. La présidente lui demande un exemple. Nadine Jubillar cite la fois où son époux a découvert que Cédric fumait en cachette au collège. Le beau-père a acheté un paquet de Gitanes, et l’a forcé à le fumer en un après-midi, pour l’en dégoûter. La salle se fige.
Jubillar un fumeur de joints
Lorsque son fils rencontre Delphine, à 18 ans, la mère dépassée se réjouit : « Elle était calme, posée. Ça pouvait tempérer son côté foufou. Je me suis dit pourvu que ça dure ! » Au fil des ans, elle reste proche de son fils, qui vient régulièrement prendre un café chez elle le matin, et vient déjeuner tous les dimanches avec ses enfants. Mais elle le voit aussi changer, devenir de plus en plus impulsif : « Il criait beaucoup, il voulait toujours avoir raison, toujours avoir le dernier mot. J’ai mis ça sur le compte de sa consommation de stupéfiants ». Cédric Jubillar fume alors dix à quinze joints par jour. Elle lui fait la remarque, il répond « je sais ». « Il était adulte… » soupire-t-elle.
En septembre 2020, Delphine veut divorcer. Le mari pense à sa maison, à son terrain, il va tout perdre, il appelle sa mère au secours, lui propose d’être sa locataire, pour pouvoir garder son bien. « Mais j’étais en train de me séparer, souffle Nadine Jubillar. J’ai essayé de l’aider, de le faire accepter la séparation. Je lui ai trouvé un rendez-vous chez un avocat, je l’ai même accompagné ». Cette maison, qu’est-ce qu’elle représentait pour lui ? demande une avocate. « La réussite ». Et le fait de la perdre ? « La perte d’un statut, social, familial. La perte de son statut d’homme ». La salle écoute. On sent arriver la catastrophe.
Lire aussi > Disparition de Delphine Jubillar : sans corps ni aveux, le mari peut-il être condamné ?
Le déni de Nadine Jubillar
Nadine Jubillar va pourtant ignorer tous les signaux d’alarme. Comme ce jour où Cédric lui confie ses soupçons sur l’infidélité de sa femme : « Je crois que Delphine me prend pour un con ». « J’ai pas poussé plus. Je n’étais pas une maman ni une belle-mère intrusive. J’essayais juste d’être compatissante ». Il lui avoue surveiller les comptes bancaires de son épouse, lui montre les relevés, et lorsqu’elle constate le paiement d’un péage d’autoroute à Montauban, elle s’exclame : « c’est pas logique, elle a quelqu’un ! »
Un matin, son fils passe prendre le café, essaie de géolocaliser sa femme avec son téléphone, n’y arrive pas, alors elle tend son propre appareil. Et puis il y a ce jour où Cédric vient la rejoindre sur le parking de son travail, agité, malheureux. Ils fument une cigarette, et au moment de repartir, le peintre plaquiste lui lance : « J’en ai marre, elle m’énerve, je vais la tuer, je vais l’enterrer et personne ne va la retrouver ». « Je n’ai pas compris la portée de ses mots au départ, dit tristement Nadine Jubillar. J’ai mis ça sur le compte de la colère, j’ai dit “arrête de raconter des conneries” ». Trois semaines plus tard, Delphine Jubillar s’évaporait dans la froide nuit du 15 au 16 décembre. « Si j’avais pris plus au sérieux cette phrase, on ne serait pas là ».
Le rôle d’une grand-mère tiraillée
Après la disparition, elle accueille son fils chez elle, avec ses deux enfants de 6 ans et 18 mois. Elle a parfois des doutes, mais il lui jure qu’il n’a rien fait. Alors elle relaie les thèses farfelues qu’il lui présente, répète comme lui que Delphine est peut-être partie faire le djihad, ou qu’elle a été embrigadée par les témoins de Jéovah. « Aujourd’hui, je pense qu’il disait ça pour se couvrir », dit Nadine Jubillar en ravalant ses larmes.
Elle explique qu’elle a du tout gérer, le ménage, les courses, l’école, et répondre aux questions du petit Louis, qui demande où est sa maman. « Je l’ai pris à part et je lui ai dit « Loulou il faut que mamie te parle, maman n’est ni au travail, ni au lit. Elle s’est perdue dans la forêt ». L’enfant veut savoir comment sa mère fait pour manger, pour dormir, alors Nadine répond que Delphine a trouvé une cabane, et qu’elle attend qu’on vienne la chercher.
Lire aussi > Delphine Jubillar, le deuil impossible : comment avancer quand il n’y a pas de corps ?
« C’était maladroit. Mais à l’instant T, ça me paraissait être la façon la plus douce de le lui annoncer », dit la grand-mère. Et la salle écoute, navrée.
La justice a même tenté d’utiliser son lien filial pour faire craquer l’accusé. Une confrontation entre la mère et le fils a été organisée dans le bureau du juge : « Je me suis mise à genoux, et je l’ai supplié de dire la vérité. J’étais tellement mal, que je tenais la main de mon avocate. Il n’a pas vacillé ».
Et la voilà devant nous, cette mère qui semble avoir tout raté, dans un tailleur bleu électrique, assorti à son vernis à ongles. Elle vient chaque jour écouter les débats. « Ma constitution de partie civile a choqué et je peux le comprendre, concède Nadine Jubillar. Mais je suis là pour Louis et Elyah. Ils n’ont rien demandé. Pour eux, je veux découvrir la vérité, qu’elle qu’elle soit. Je veux pouvoir rester droite devant mes petits-enfants, pouvoir leur dire j’ai cherché, j’ai essayé, de connaître la vérité ».
[ad_2]
2025-10-08 19:10:11
