vendredi, juin 19, 2026
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PORTRAIT. « Je viens d’une famille pauvre, donc j’ai beaucoup travaillé. » L’incroyable saga de Jean-Louis Zévaco, qui a fondé un empire hôtelier après être arrivé en France sans un sou


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l’essentiel
Arrivé d’Algérie à douze ans, sans argent ni repères, Jean-Louis Zévaco a bâti depuis le Tarn l’un des plus importants groupes hôteliers familiaux d’Occitanie. Un empire discret de vingt-cinq hôtels et cinq cents salariés, né d’une trajectoire personnelle singulière où chaque établissement raconte un morceau de sa vie.

Les murs de l’hôtel sont encore chargés de souvenirs. L’ambiance familiale. Les soirées de bringue où il piquait la voiture du patron. Les retours en douce par un petit vasistas. C’est ici, à Lavaur, que Jean-Louis Zévaco est entré dans l’hôtellerie à 17 ans. Et c’est de là qu’il s’est lancé à la conquête de l’Occitanie, 35 ans plus tard.

À 75 ans, le fondateur du groupe HIS parle peu. C’est pourtant lui qui se cache derrière nombre d’hôtels Ibis, Mercure ou Novotel qui essaiment dans le Sud-Ouest. Lui que rien ne prédestinait à un parcours aussi singulier. Celui d’un enfant pied-noir arrivé d’Algérie sans un sou, devenu l’un des hôteliers indépendants les plus importants d’Occitanie. « Mon histoire, c’est une histoire de rencontres et d’opportunités », résume-t-il.

La première fut brutale. Né en 1950 à Philippeville (désormais Skikda), en Algérie, Jean-Louis Zévaco est contraint de fuir le pays en 1962. Seul avec ses deux frères. Les parents restent derrière, faute de place sur le bateau. À Marseille, la tante chargée de les accueillir jette l’éponge. Ils finissent par rejoindre leur grand-mère à Montauban, dans le quartier des Chaumes. « On avait 12, 11 et 10 ans. On s’en est sortis. »

L’école l’intéresse peu. L’inverse est aussi vrai. En 1967, il est exclu après avoir repeint la statue d’Ingres en vert et noir pour célébrer le titre de champion de France de l’US Montauban. Il se rabat sur un poste d’apprenti dans un hôtel de Lavaur. Il prend le train sans vraiment savoir où il va. Son destin est sur le rail. Son patron, Claude Moscheni — futur numéro trois du groupe Accor — le prend sous son aile et lui apprend le métier : le service, les cuisines, les chambres, le travail sans horaires… « J’étais autodidacte. Je viens d’une famille pauvre. Donc j’ai beaucoup travaillé », souligne-t-il.

« Le travail le plus dur de ma carrière »

Quand son « père spirituel » rejoint Novotel, il fait monter le jeune Tarnais à Lyon. Zévaco débarque sans costume. Son mentor lui achète trois chemises et trois pantalons avant de le mettre au petit-déjeuner à cinq heures du matin. « C’est là que l’aventure a commencé. » Elle ira beaucoup plus loin qu’il ne l’imaginait. En 1977, à seulement 27 ans, il est propulsé directeur du Novotel qui s’implante à Toulouse-Purpan. Il est le plus jeune. « C’était le 25e hôtel du groupe. Il y en a aujourd’hui plus de 5 000. »

L’expansion d’Accor s’accélère. Zévaco grandit avec lui. Afrique, Nord de la France, les responsabilités s’enchaînent. Jusqu’à la Coupe du monde de football de 1998, où il prend la tête du gigantesque dispositif d’hébergement de la compétition. Une machine hors normes : 700 hôtels mobilisés, des chaînes concurrentes réunies dans une même centrale de réservation, 500 000 nuitées vendues. « Le travail le plus dur de ma carrière », confesse-t-il.

L’opération est un succès. Elle lui ouvre toutes les portes. Pierre Fabre lui fait un pont d’or qu’il décline. Chez Accor, il pilote désormais des chaînes de plusieurs centaines d’hôtels. Jusqu’à la Coupe du monde de rugby de 2007. Son dernier grand chantier. Il y reproduit le modèle de 1998 avant de faire valoir ses droits à la retraite. À 58 ans, il veut rentrer au pays.

Un modèle discret mais redoutable

Supporter fidèle du Castres Olympique, il est installé depuis longtemps dans les environs de Lavaur. C’est là qu’il ouvre sans le savoir une nouvelle aventure professionnelle en fondant le groupe HIS. Son développement épouse les grandes étapes de son parcours. Il relance d’abord l’hôtel de Lavaur, où il avait débuté comme apprenti et qui avait été transformé en maison de retraite. Suivront les Chaumes à Montauban, ce quartier où sa famille avait trouvé refuge en arrivant d’Algérie. Puis le Novotel de Purpan, son premier poste de direction. « J’ai racheté tous les hôtels où je suis passé », glisse-t-il sous forme de boutade. Ce n’en est pourtant pas une. 

Fondé en 2008 après son départ d’Accor, HIS — pour Hôtels Invest Sport — est devenu en moins de vingt ans le premier groupe hôtelier familial d’Occitanie : 25 établissements, 500 salariés, 55 millions d’euros de chiffre d’affaires…

La société, basée à Albi, reste pourtant largement inconnue du grand public. Parce que HIS affiche peu sa propre enseigne. Le groupe rachète des hôtels, les rénove puis les exploite sous franchise : Ibis, Mercure, Novotel, Campanile… Les marques internationales apportent la visibilité commerciale ; HIS garde la main sur les équipes, les investissements et l’exploitation. Un modèle discret mais redoutable.

Derrière la croissance, Jean-Louis Zévaco défend une autre idée de l’entreprise. Un groupe familial, désormais codirigé par ses filles Émilie et Magali, enraciné dans son territoire, partenaire du rugby local et profondément attaché au Tarn. L’héritage d’un patron autodidacte qui n’a jamais oublié ses racines.



2026-05-25 08:15:06

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