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Sous protection policière après des menaces de mort, Clémence Meyer, procureure d’Auch, dans le Gers, incarne malgré elle l’un des symboles de l’affaire Lyhanna. Cette magistrate de 43 ans doit défendre l’action d’un parquet débordé. Tandis que la pression médiatique et politique s’intensifie, les conclusions de l’enquête administrative, attendues le 22 juin, devront établir d’éventuelles responsabilités dans le traitement du dossier.
Depuis plusieurs semaines, son nom est devenu l’un des symboles de l’affaire Lyhanna. Celui d’une magistrate au cœur d’une tempête médiatique, politique et judiciaire.
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Clémence Meyer, procureure de la République d’Auch depuis fin 2023, se retrouve aujourd’hui sous protection policière après avoir été visée par des menaces de mort et une vague d’insultes sur le Net. Certains l’accusent d’avoir « du sang sur les mains ».
Une magistrate au parcours de spécialiste
Pourtant, derrière cette figure, il y a une magistrate au parcours classique. Âgée de 43 ans, mère de famille, Clémence Meyer sort de l’École nationale de la magistrature en 2010 après un cursus en droit pénal et procédure pénale.
Elle démarre sa carrière comme substitut placée auprès du procureur général de Versailles avant de rejoindre le parquet de Nanterre, où elle traite notamment des dossiers concernant les mineurs et les atteintes aux personnes.
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La question des violences intrafamiliales occupe une place centrale dans son parcours, comme bon nombre de magistrats qui en ont fait la priorité de leur politique pénale. À Libourne, où elle exerce ensuite comme vice-procureure, elle conserve cette prérogative.
En 2016, alors qu’elle travaille à la Direction des affaires criminelles et des grâces du ministère de la Justice, elle s’est d’ailleurs rendue en Russie afin de présenter les actions de prévention et de lutte contre les violences conjugales engagées en France lors d’une table ronde à l’ambassade.
Une politique pénale claire
Lorsqu’elle arrive à Auch, le 27 novembre 2023, et que La Dépêche du Midi la rencontre à l’occasion de son premier poste de procureure de la République, elle affiche une ligne claire : poursuivre une politique pénale fondée sur la protection des victimes et la répression des auteurs d’infractions, tout en adaptant la réponse judiciaire à la gravité des faits.
« Ma politique pénale sera de poursuivre avec des sanctions sévères. Il faudra aussi laisser place aux alternatives pour les infractions de plus faible gravité ainsi qu’à des mises en œuvre rapides », expliquait-elle alors.
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Deux ans plus tard, son nom et l’ensemble du parquet d’Auch sont pourtant associés à l’une des affaires criminelles les plus sensibles de ces dernières années, qui a glissé vers un scandale national.

Une situation qui soulève légitimement des questions sur le traitement procédural de ce dossier, mais qui interroge aussi le fonctionnement d’une justice confrontée à des moyens limités.
La réalité d’un tribunal surchargé
Car au tribunal judiciaire d’Auch, les collègues de la procureure rappellent une réalité souvent méconnue du grand public. Le parquet ne compte que trois magistrats pour un territoire de près de 192 000 habitants, devant absorber quelque 10 000 procédures pénales par an.
Dans les couloirs du palais, on évoque des semaines de plus de cinquante heures, des piles de dossiers qui s’accumulent et des procédures relues à domicile, tard le soir, pour tenir les délais.
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Les personnels du tribunal ont adopté une motion de soutien dénonçant une « vindicte populaire encouragée par un discours politique décomplexé ». Me François Roujou de Boubée, spécialiste en droit pénal et avocat des parents de Lyhanna, a évoqué le « manque de moyens » lors d’une conférence de presse.
Plusieurs observateurs du monde judiciaire redoutent surtout que la recherche d’un bouc émissaire masque la dure réalité des difficultés imposées par l’institution. « Elle est d’un courage remarquable », confie une source judiciaire. Une phrase qui revient régulièrement chez ceux qui travaillent de près ou de loin avec les robes noires du tribunal.
Dans l’attente des conclusions de l’enquête
Reste que les interrogations demeurent. Les résultats de l’enquête administrative, attendus le 22 juin, devront mettre en perspective le traitement procédural du dossier. Ce rapport aura pour mission d’identifier d’éventuels dysfonctionnements. Les magistrats du parquet auscitain ont d’ores et déjà été interrogés, notamment celui qui avait la charge du dossier.
Dans le cadre de l’affaire qui concerne la petite Rosa, l’avocat toulousain Me Pierre Debuisson, sur une autre ligne que celle de son confrère auscitain Me Roujou de Boubée, a annoncé il y a dix jours le dépôt d’une plainte contre la procureure d’Auch pour « non-assistance à personne en danger et mise en danger de la vie d’autrui ».
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Dans la gestion médiatique de la crise, Clémence Meyer a également dû composer avec un exercice délicat. Lors d’une conférence de presse organisée le 6 juin, elle a détaillé pendant de longues minutes le passé judiciaire de Jérôme Barella et révélé l’existence de deux procédures précédemment classées.
En revanche, elle a refusé de répondre aux questions portant sur l’absence d’audition du suspect entre janvier et mai 2024, invoquant les nécessités de l’enquête.
Toute cette situation affiche une réalité pas évidente à gérer : incarner l’autorité judiciaire dans les affaires les plus sensibles où la légitime émotion populaire et les récupérations politiques sont au-devant de la scène.
2026-06-19 10:46:58
