lundi, juin 22, 2026
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« On ne l’a pas reconnu »… Deux hommes jugés à Rennes pour avoir frappé à mort leur frère pris pour un intrus


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A la cour criminelle départementale d’Ille-et-Vilaine,

Ils sont deux frères âgés de 60 et 65 ans sur le banc des accusés, l’un incarcéré et l’autre sous contrôle judiciaire. Leur benjamin est assis juste derrière sur celui des parties civiles. Et un dernier, le deuxième de la fratrie, qui manque à l’appel ce lundi devant la cour criminelle départementale d’Ille-et-Vilaine à Rennes. Absent car tué par ses deux frères dans la nuit du 3 au 4 janvier 2023 à Cancale, près de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine). Le jour du drame, les trois hommes s’étaient retrouvés au domicile familial pour préparer les obsèques de leur père, décédé quelques jours plus tôt. Chacun avait d’abord vaqué à ses occupations, l’un allant rendre visite à leur mère à l’Ehpad, l’autre se rendant au crématorium et le dernier se plongeant dans la paperasse.

Jusqu’à l’heure de l’apéro en fin de journée où les trois frangins, qui vivent éloignés, se mettent à boire de l’alcool. Beaucoup d’alcool même avec du pastis, du whisky. Puis du vin à table et après le repas de l’armagnac et de l’eau-de-vie. La nuit est alors bien avancée quand Thierry T. décide de sortir de l’ancienne maison de pêcheur pour aller balancer les bouteilles vides dans un local attenant et fumer une cigarette. Restés à l’intérieur, Eric et Laurent T., assommés par la boisson, voient alors « un intrus » pénétrer dans la maison. Pris de panique, ils se mettent alors à le frapper violemment « pour savoir qui c’est », selon les déclarations d’un des deux frères.

« Il y avait du sang jusqu’au plafond »

Un déluge de coups de poing et de coups de pied s’abat alors sur « l’inconnu », Laurent T. ayant même reconnu « un acharnement de sa part ». Pensant avoir « peut-être fait une connerie », il se rend alors en voiture à la gendarmerie de Cancale, alertant l’officier de permanence qu’un « inconnu » a pénétré chez eux et gît au sol, inconscient. Un peu avant 3 heures du matin, les pompiers arrivés sur les lieux découvrent une véritable scène d’horreur. Avec un homme quasi mourant allongé sur le sol de la cuisine, gisant dans un bain de sang.

« Il y en avait partout dans la pièce, sur les rideaux, les murs, témoigne à la barre le gendarme qui a dirigé l’enquête. C’est la première fois en plus de vingt ans de carrière que je voyais du sang jusqu’au plafond. » Transférée au CHU de Rennes avec un pronostic vital engagé, la victime décédera quelques heures plus tard, l’autopsie révélant un polytraumatisme. « Encéphalique, thoracique et abdominal », énumère la présidente Juliette Sauvez.

Les gendarmes leur révèlent l’identité de la victime

Sur la scène du crime, les deux frères ne comprennent rien à ce qui se passe sous leurs yeux. Jusqu’à ce que les gendarmes leur révèlent l’impensable. A savoir que l’intrus qu’ils ont tabassé à mort est leur frère avec qui ils venaient de passer la soirée. En garde à vue, ils affirment « ne pas l’avoir reconnu », l’un des deux frères évoquant « un phénomène hallucinatoire » pour tenter d’expliquer l’inexplicable. Les enquêteurs penchent eux au départ pour un mobile crapuleux, un plan machiavélique entre frères sur fond d’héritage. Une fausse piste. « Il n’y avait pas d’argent sur le compte des parents donc le mobile financier ne tenait pas », indique le gendarme à la barre.

Entre certains des frères, des tensions étaient apparues au fil des années et les relations s’étaient encore dégradées après le décès du père au sujet de la prise de la charge de la maman. Mais aucune violence physique n’avait éclaté entre eux. Comment expliquer alors un tel drame ? « Un trou noir », comme l’a confié Laurent T. à une psychiatre. « C’était comme une hallucination, raconte-t-il à la barre. Je m’étais assoupi car j’étais très alcoolisé et je me suis réveillé en sursaut car j’ai vu un type dans l’entrée. J’étais surpris car je n’ai pas reconnu mon frère, j’ai toujours dit que c’était un inconnu et je lui ai sauté dessus. »

« Une distorsion des perceptions » avec l’alcool

La psychiatre explique à la cour que « l’ivresse alcoolique peut entraîner une distorsion des perceptions ». « Et c’est peut-être l’explication de pourquoi il n’a pas reconnu son frère quand il est rentré », estime-t-elle. Même amnésie chez Eric qui, ayant des problèmes médicaux, aurait eu un black-out au cours de la soirée et serait endormi. « En aucun cas je n’ai porté des coups et je n’avais d’ailleurs aucune raison de le faire », lâche-t-il quand on l’interroge.

Son coaccusé avoue lui « avoir participé aux violences », reconnaissant des coups de poing mais pas les coups de pied. « Honteux et coupable » d’avoir « détruit » sa famille, Laurent attend beaucoup de ce procès. Avec l’envie de « s’exprimer et d’essayer de comprendre la vérité ». Les débats doivent se poursuivre jusqu’à mercredi devant la cour. Les deux frères encourent la peine maximale de vingt ans de réclusion criminelle.



2026-06-15 15:59:21

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