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Les États-Unis auraient-ils vraiment parlé français sans les Britanniques ?


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Imagine-t-on un instant l’Oncle Sam parler frenchy et s’adresser aux futures recrues avec un « Je te veux pour l’armée américaine » dans la langue de Molière ? Pour le roi Charles III, cette hypothèse linguistique n’est pas si farfelue. Elle aurait même pu devenir réalité sans l’intervention de son peuple. Dans un discours subtil et teinté d’humour prononcé mardi à la Maison Blanche, le souverain britannique a ainsi laissé entendre que les Américains parleraient français si les Britanniques n’avaient pas colonisé eux aussi l’Amérique du Nord.

Le roi Charles III a osé l'humour avec Donald Trump mardi soir lors d'une dîner d'Etat à la Maison Blanche.
Le roi Charles III a osé l’humour avec Donald Trump mardi soir lors d’une dîner d’Etat à la Maison Blanche.  - AARON SCHWARTZ / AFP / CANVA

Un gentil tacle à destination du président Trump suite à ces propos tenus en janvier lors du sommet de Davos. « Vous avez récemment déclaré, M. le président, que sans les États-Unis, les pays européens parleraient allemand. Oserais-je dire que sans nous, vous parleriez français », a-t-il glissé malicieusement, déclenchant les rires de l’assistance. Mais derrière cette boutade, le roi Charles III balance-t-il une vérité ? A savoir : les États-Unis parleraient-ils français sans les Britanniques ?

L’Amérique a été en grande partie française

« On est quand même très loin de la réalité, » souligne Cécile Coquet-Mokoko, professeure de civilisation américaine à l’université de Versailles-Saint-Quentin. L’Amérique, avant qu’elle ne devienne les États-Unis, a pourtant été en partie française. A partir du XVIe siècle et jusqu’au XVIIIe siècle, la France s’est construit un vaste empire colonial en Amérique du Nord. Baptisé la Nouvelle-France, il englobait une bonne partie du Canada actuel, mais aussi près d’un tiers des États-Unis avec une zone allant de la région des Grands Lacs jusqu’aux côtes du Golfe du Mexique en passant par la Louisiane.

Mais à l’exception de La Nouvelle-Orléans et de quelques zones dans le Michigan et l’Illinois, cette présence française est demeurée assez discrète. « Il n’y avait pas une stratégie de colonisation du peuplement, indique Cécile Coquet-Mokoko. La France a envoyé beaucoup de militaires et de missionnaires catholiques pour établir des forts et des postes militaires, et c’est pour cela qu’on retrouve encore aujourd’hui des noms français. Mais à l’extérieur de ces forts, les nations amérindiennes parlaient leur propre langue. Il n’y avait donc pas des populations entières qui parlaient français, c’est complètement faux. »

Il reste encore quelques rares poches francophones

A l’issue de la guerre de Sept ans (1756 à 1763), la France va voir sa puissance réduire comme peau de chagrin après sa débâcle face à l’armée britannique en Amérique du Nord. Par le traité de Paris de 1763, elle doit céder à la puissance rivale la quasi-totalité de ses territoires américains. Après de multiples tractations, la France récupérera finalement la Louisiane, avant de la céder définitivement en 1803 aux États-Unis. Quant aux Britanniques, les États-Unis leur déclareront la guerre en 1812, lassés que l’ancienne puissance coloniale n’empiète sur leur souveraineté. « Il n’y a donc pas eu d’intervention des Britanniques pour sauver les Etats-Unis d’une quelconque invasion française », assure la professeure en civilisation américaine.

Notre dossier sur la langue française

Dans un pays à une large majorité anglophone, mais aussi hispanophone, il ne reste aujourd’hui que quelques poches où le français fait encore un peu de résistance, principalement en Louisiane, dans le Maine, en Floride, en Californie et dans l’État de New York. « Le français est une langue très minoritaire et en grande perte de vitesse aux États-Unis, indique Cécile Coquet-Mokoko. Mais c’est aussi parce que les États-uniens ne voient pas trop l’intérêt d’apprendre une langue étrangère puisque tout le monde fait l’effort de parler la leur. » Autrement dit, ce n’est pas demain que l’Oncle Sam parlera le frenchy.



2026-04-29 16:05:53

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