mardi, juillet 21, 2026
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La loi d’urgence agricole va-t-elle « prendre en otage » l’eau au profit de l’agriculture ?


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Un lundi soir à 21h30, au creux du mois de juillet. C’est à cette date que les députés français sont rassemblés à l’Assemblée nationale pour examiner un texte pourtant fondamental pour notre avenir et qui cristallise de vives tensions. Mais combien de députés seront présents ce lundi pour débattre de la nouvelle mouture de la loi d’urgence agricole ? La question mérite d’être posée tant le vote promet d’être serré. Particulièrement divisés sur ce texte censé aider les agriculteurs français, les parlementaires vont devoir trancher cette nuit, avant que les sénateurs ne reviennent sur le texte ce mardi.

Si la réintroduction de certains pesticides interdits fait grincer des dents, la question de l’utilisation de la ressource en eau potable à des fins agricoles fait également causer. Au point que de nombreuses ONG ou associations accusent la France de « prendre en otage » l’eau pour la redistribuer aux agriculteurs, dénonce WWF. Elle n’est pas la seule. « Le texte est inacceptable dans cette version. Parce qu’il met en danger l’environnement, notre santé et qu’il ne va pas aider les agriculteurs. Nous sommes très inquiets », assure Pauline Pennober, chargée de mission de l’association Eau et rivières de Bretagne.

Le texte prévoit un objectif de doublement des volumes de stockage d’eau à des fins agricoles d’ici 2035, bien souvent au détriment de zones humides. Sauf que la France en compte déjà plus de 800.000. Mais ce n’est pas tout. Les réunions publiques ne seront plus nécessaires pour espérer obtenir une autorisation environnementale. Et la crainte de voir des mégabassines se creuser sur le territoire est réelle. « Cette loi ne veut aider que les plus gros, ceux qui touchent déjà des subventions. On alimente toujours le même modèle. On veut nous faire croire qu’on arrivera à stocker l’eau avec des bassines géantes. Mais quand il fait chaud, cette eau, elle s’évapore et elle devient impropre à la consommation des animaux. Pour nous, c’est un carnage », poursuit Pauline Pennober.

Des zones humides vont disparaître

Pour la députée macroniste Nathalie Coggia, rapporteure du dossier à l’Assemblée, « des concessions ont été faites » ouvrant la voie à une adoption du texte par le camp centriste, encore indécis. « Le stockage est facilité, mais encadré. Ce stockage restera adossé à une démarche concertée et fondé sur les meilleures connaissances scientifiques disponibles », assure la députée. Tout en reconnaissant que « certains ouvrages de stockage pourront compenser des zones humides » mais à condition qu’ils « présentent des fonctionnalités écologiques équivalentes à ces dernières. » Ces zones humides sont pourtant considérées comme essentielles pour la biodiversité et pour lutter contre le réchauffement climatique.

Les cultures de maïs, qui demandent énormément d'eau, souffrent du déficit d'eau qu'elles contribuent à creuser.
Les cultures de maïs, qui demandent énormément d’eau, souffrent du déficit d’eau qu’elles contribuent à creuser.  - C. Allain/20 Minutes

Difficile pourtant de comparer un trou artificiel planté au milieu des champs de maïs d’une réserve de biodiversité arborée, où l’eau aura sa place tout l’hiver mais aussi en été. « Ce texte va à l’encontre de tout ce que nous avons construit sur la préservation de nos ressources naturelles. L’usage agricole devient prioritaire sur les autres usages. Alors même que nous vivons une sécheresse et des canicules ! Le contexte doit nous alerter », prévient Ludovic Brossard.

« L’eau ne doit pas être privatisée »

L’élu rennais craint notamment de voir les décisions se prendre à Paris, plutôt que dans les territoires. « On doit garder une production agricole, c’est évident. Mais l’eau ne doit pas être privatisée par certaines activités. Un cours d’eau, ce n’est pas un tuyau qu’on branche ou qu’on débranche. La meilleure façon de faire face aux sécheresses qui vont se multiplier, c’est de stocker l’eau dans les sols, de façonner des terrains « éponge » plutôt qu’un paysage entonnoir. Nous avons des solutions locales », poursuit Ludovic Brossard.

Lui qui est aussi président de la collectivité Eau du bassin rennais craint le lobbying puissant de la FNSEA. En Bretagne, le premier syndicat agricole a usé de tout son poids pour tenter de faire capoter le nouveau schéma d’aménagement et de gestion des eaux du bassin de la Vilaine. Le texte prévoyait notamment l’interdiction d’usage des pesticides dans les zones de captage d’eau potable mais a été suspendu par les préfets d’Ille-et-Vilaine et de Loire-Atlantique, sous la pression de la FNSEA. Si la loi d’urgence agricole était adoptée, les trois années de travail seraient anéanties. Et c’est aussi pour cela que les instances agricoles espèrent gagner des sièges dans les instances locales de décision. Pour peser sur le débat public. La balle est dans le camp des députés.



2026-07-20 15:49:47

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