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ENTRETIEN. Présidentielle 2027 : pour Edouard Philippe, « pour préserver notre modèle social, il faudra probablement travailler plus »

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l’essentiel
À un an de l’échéance présidentielle, l’ancien Premier ministre multiplie les déplacements dans le cadre de son « tour de France ». Édouard Philippe sera à Toulouse ce mercredi où il rencontrera le maire Jean-Luc Moudenc. Entre économie, réforme des retraites et enjeux de souveraineté, il livre à La Dépêche du Midi sa vision pour l’avenir du pays.

Vous avez entamé un « tour de France ». Pourquoi avoir choisi l’étape de Toulouse ce mercredi ?

Édouard Philippe : Il y a peut-être trois raisons à cela. La première, c’est que j’y consacre énormément de temps depuis plus de trois ans : je parcours le pays pour rencontrer les acteurs politiques, économiques, sociaux, culturels ou agricoles. Je le fais pour les écouter. Je ne viens pas avec des solutions toutes faites, mais avec des questions. Je suis déjà venu plusieurs fois à Toulouse, en Haute-Garonne, dans l’Aude, le Tarn ou le Gers. Pour moi, c’est indispensable : un maire qui ne connaîtrait pas sa ville ne peut pas envisager l’avenir de son territoire. C’est la même chose pour un président. Il faut connaître intimement le pays. La deuxième raison est politique : il s’est joué quelque chose d’important à Toulouse lors des dernières municipales. Jean-Luc Moudenc a montré que le sérieux, l’enracinement et la vision permettaient de déjouer les pronostics. Enfin, la troisième raison est plus personnelle : j’aime bien Jean-Luc, c’est un ami de longue date. En tant que maire du Havre, je me sens proche de lui, notamment sur la gestion des équilibres politiques locaux.

Quand comptez-vous présenter votre programme « massif » pour la présidentielle ?

L’élection est dans un an. J’ai déjà annoncé plusieurs mesures d’ampleur : la dénonciation des accords de 1968 avec l’Algérie, l’effacement de 50 milliards d’impôts de production compensé par la suppression de 50 milliards d’aides aux entreprises, ou encore la création d’un état d’urgence lié au narcotrafic. J’ai aussi fait des propositions sur la natalité. J’observe d’ailleurs que certains, comme Bruno Retailleau, s’inscrivent désormais dans ces mêmes thématiques. Sortir un programme complet un an à l’avance ne me semble pas opportun.

Le financement des retraites sera un thème central. Faudra-t-il travailler au-delà de 64 ans ?

Si nous voulons conserver notre modèle social, nous ne pouvons pas ignorer le vieillissement démographique. Notre système est largement financé par la dette, c’est-à-dire sur les épaules de nos enfants. Il faut regarder la réalité en face : pour préserver notre niveau de protection, il faudra probablement travailler plus. Cela passe par un meilleur taux d’emploi des jeunes et, oui, par un allongement de la durée de travail. Tous nos voisins européens le font, qu’ils soient à droite ou à gauche. En Espagne, l’âge de départ est à 67 ans. Il faut dire la vérité aux Français : la prospérité demande cet effort collectif.

Ça pourrait donc être 67 ans ?

Vous savez, il y a déjà beaucoup de gens qui travaillent jusqu’à 67 ans, souvent ceux qui ont des carrières hachées et qui veulent éviter la décote. Mon objectif n’est pas de prôner « le sang et les larmes », mais de garantir la puissance et la prospérité de la France. La baisse de la natalité va avoir des impacts rudes dans les vingt ans à venir.

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Face à la hausse du coût des carburants, l’État doit-il bloquer les prix ou baisser les taxes ?

Les prix sont élevés pour deux raisons : le coût de la matière première, sur lequel nous n’avons pas de prise, et le niveau des taxes. Si on baisse les taxes alors que nous avons déjà 5 % de déficit, on creuse encore le trou. Si l’État était en excédent budgétaire, comme au Portugal, ce geste serait envisageable. Aujourd’hui, je préfère une stratégie d’accompagnement ciblé pour les secteurs économiques les plus touchés plutôt que des « chèques généraux » qui coûtent très cher collectivement pour un impact individuel minime.

La dette française est abyssale. Le prochain quinquennat sera-t-il forcément douloureux ?

Non, mais il sera exigeant. Réduire les déficits ne rend pas populaire, mais c’est indispensable pour rester libre. Je ne suis pas un comptable, je veux que la France soit puissante. Sans finances en ordre, on ne maîtrise plus son destin.

Le patron d’Horizons a entamé un tour de France depuis trois ans.
Le patron d’Horizons a entamé un tour de France depuis trois ans.
MAXPPP – Celine Niel

Quel bilan dressez-vous des deux quinquennats d’Emmanuel Macron ? Vous sentez-vous comme son héritier ?

Le bilan complet sera fait l’année prochaine. Entre 2017 et 2020, avec le président, nous avons mené une politique de baisse du chômage, d’attractivité et de réforme, comme celle de l’apprentissage qui porte ses fruits. Tout n’a pas été parfait, mais seuls ceux qui ne font rien ne se trompent pas. Quant à l’héritage, je me sens surtout comme Édouard Philippe, maire du Havre, qui réfléchit aux défis d’une période délicate pour l’Europe. Mes relations avec le chef de l’État sont lointaines et respectueuses. Quand je suis en désaccord, je le dis avec mesure, mais je le dis.

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Le Rassemblement national semble favori pour 2027. Comment éviter sa victoire ?

Je ne pense pas que la meilleure façon d’aborder une élection soit d’être « contre » tel ou tel candidat. Mon objectif est de présenter un programme solide et crédible. Au Havre, j’avais tout le monde contre moi, de la gauche unie à l’extrême droite, et j’ai gagné en disant simplement ce que je voulais faire.

Jean-Luc Mélenchon a annoncé sa 4e candidature ? Qu’en pensez-vous ?

J’ai des désaccords radicaux avec M. Mélenchon. Et les choix politiques qu’il a formulés au cours des dernières années me paraissent désastreux. C’est la quatrième fois qu’il est candidat, ça veut dire qu’il a de l’expérience. Et j’ai appris dans ma vie politique qu’il ne fallait jamais sous-estimer ses adversaires.

Sans primaire à droite et au centre, comment éviter la multiplication des candidatures ?

En faisant campagne et en créant une dynamique. On se parle avec Gabriel Attal, Bruno Retailleau et les autres. La question sera de savoir qui, au fil des mois, sera le mieux à même d’incarner une solution aux problèmes des Français. Si chacun reste fidèle à ses principes, cela se passera bien.

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Certains de vos concurrents mettent en scène leur vie privée. Allez-vous céder à cette tendance de « peopolisation » ?

Chacun place le curseur où il le souhaite. En vingt-cinq ans de vie publique, je n’ai jamais exposé ma femme ni mes enfants. C’est un choix raisonné. Il est naturel de dire qui l’on est et ce que l’on croit, mais il est plus important de dire ce que l’on veut faire pour le pays que de montrer de jolies photos de famille.

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2026-05-06 07:21:49

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