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« Les six premiers mois de ma vie sont un trou noir », glisse Armelle de Thé, née sous X en 1967, avant d’être adoptée. « Ma mère biologique, abandonnée par ses parents, a été placée à neuf ans dans un foyer, démunie, séparée de ses deux sœurs. Elle me dira des années plus tard qu’elle a été violée quand elle avait 14 ans », raconte la quinquagénaire, pointant du doigt une politique de « non-protection de l’enfant ». « Complètement désœuvrée, elle a fui le foyer et elle m’a attendue dans un hôtel maternel, toute seule, parce qu’elle était à la rue, avant d’accoucher à l’Hôtel-Dieu. Elle a eu comme seule solution de me confier à la Famille adoptive française [FAF, organisme fermé depuis 2025, par ailleurs soupçonné de trafic d’enfants dans les années 60, selon une enquête de Libération, NDLR], espérant me récupérer », explique celle qui retrace sa quête identitaire dans un ouvrage intitulé Merveilleux abandon, publié le 11 juin.
Selon le rapport du Conseil national pour l’accès aux origines personnelles (CNAOP), publié ce mercredi, 389 accouchements dans le secret ont été recensés en France en 2025. La même année, 565 nouvelles demandes d’accès aux origines ont été transmises à l’organisme, contre 614 en 2024. Parmi les dossiers du CNAOP aussi, 70 levées de secret et déclarations d’identité spontanées ont été enregistrées en 2025. Depuis la création du CNAOP en 2002, plus de 4 000 personnes ont obtenu l’identité d’au moins un de leurs parents biologiques. En 2019, le Conseil d’État a rappelé que lorsque la mère de naissance maintient son souhait de conserver le secret, le CNAOP ne peut pas communiquer son identité à l’enfant devenu adulte. L’identité ne peut alors être communiquée qu’en cas de levée du secret par la mère ou du décès de celle-ci.
« J’avais besoin de comprendre pourquoi cette femme n’avait pas pu me garder »
Armelle de Thé a la trentaine lorsqu’elle « brave les interdits » pour trouver l’identité de sa mère biologique, Juanita, une aide cantinière qui habite alors à moins de 10 kilomètres de chez elle en région parisienne. « Connaître mes origines était pour moi viscéral. J’avais besoin de savoir d’où je venais pour être une maman debout. J’avais besoin de comprendre pourquoi cette femme n’avait pas pu me garder. Où est-ce que j’avais été pendant six mois ? Qui s’occupait de moi ? », énumère l’autrice, qui milite aujourd’hui pour l’accouchement dans la discrétion, et non sous X. « L’adoption est une porte de sortie comme une autre qui peut être merveilleuse, si c’est bien encadré. J’ai été accueillie par une famille absolument extraordinaire et ça m’a sauvé », affirme la quinquagénaire.
L’accouchement sous X en France permet à une femme de donner naissance sans que son identité ne soit révélée. Une procédure qui ne donne pas accès à l’enfant à ses origines, qui peut obtenir l’identité de sa mère biologique seulement si cette dernière y consent. Le 4 mai, le Conseil national de l’adoption (CNA) et le Conseil national pour l’accès aux origines personnelles (CNAOP) ont remis au gouvernement un rapport qui relance le débat. Vingt-quatre ans après l’adoption de la loi du 22 janvier 2002, les deux instances plaident pour « rééquilibrer la loi dans l’intérêt supérieur de l’enfant » et ainsi « lui donner un droit à connaître son histoire », tout en sécurisant le choix des mères qui ne veulent pas avoir de contact avec l’enfant.
La question des tests ADN
Le texte penche vers un “accouchement confidentiel”. Concrètement, l’avis, qui s’inspire du modèle allemand, propose de permettre à un enfant, dès l’âge de 13 ans, de demander à connaître ses origines, avec l’accord des détenteurs de l’autorité parentale, et après un rendez-vous avec un psychologue. Si la mère biologique souhaite maintenir le secret de son identité, elle devra se manifester avant les 12 ans de l’enfant. L’avis insiste également sur la nécessité de renforcer l’accompagnement médical, social et psychologique des mères de naissance, enfants, mineur et majeur, et parents adoptifs.
Au même moment, une proposition de loi déposée en décembre 2025, visant à légaliser les tests ADN à visée généalogique, a été débattue le 11 mai à l’Assemblée nationale. Elle part du constat que ces tests répondent à « un besoin psychologique et à une quête identitaire légitime », notamment pour les personnes nées sous X. La France et la Pologne sont les seuls pays européens qui les interdisent. Le Collectif des nés sous X d’ici et d’ailleurs, qui compte plus de 2 500 membres, plaide également pour leur légalisation. La France est aujourd’hui l’un des derniers pays européens, avec le Luxembourg, à maintenir un dispositif permettant à une femme d’accoucher dans le secret de son identité. Selon ses défenseurs, comme l’Académie de médecine, il permettrait notamment de limiter les accouchements dans la clandestinité.
2026-06-24 05:05:00
