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« Ce couple de tueurs relève de l’exceptionnel »… Pourquoi Marc Dutroux et Michelle Martin ont traumatisé la Belgique


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Deux visages continuent de hanter, trente ans après leurs crimes, la Belgique et au-delà. Marc Dutroux et Michelle Martin sont à l’origine d’une série d’enlèvements, séquestrations, viols et meurtres de jeunes filles commis entre 1995 et 1996. Les conditions et la perversité des violences ont suscité un immense émoi dans le royaume, avant de devenir une affaire d’Etat. Plusieurs réformes institutionnelles ont été adoptées à la suite de l’affaire. « Marc Dutroux et Michelle Martin ont traumatisé la Belgique, mais aussi une grande partie de la France, notamment les régions transfrontalières », se souvient l’ancien procureur général de Charleville-Mézières Francis Nachbar. Les crimes de ce couple de tueurs en série, avec des jeunes filles séquestrées pour abuser d’elles, sont impossibles à oublier ». « Cette affaire et ce couple relèvent de l’exceptionnel car il s’agit de l’une des premières séquestrations longues en Europe pour des motifs sexuels, avec une bande organisée et des caches », abonde relève Jacques Dallest, ancien procureur général*.

Mais remontons l’histoire. Quand ils se rencontrent à la patinoire en 1981, Michelle Martin a 21 ans et Marc Dutroux 24 ans. Aîné d’un couple extrêmement rigide avant qu’il ne divorce, Marc Dutroux, s’est marié pour fuir le foyer de sa mère, a deux enfants, et vit petits boulots non déclarés et de vols. Marquée par la mort de son père quand elle avait 6 ans, étouffée par une mère possessive, Michelle Martin étudie pour devenir institutrice. Des experts décriront plus tard Marc Dutroux comme un pervers narcissique et un psychopathe qui a su repérer les failles de Michelle Martin dès leur rencontre. Les deux emménagent avant que le divorce de Dutroux ne soit prononcé en 1983, et ont un premier enfant. D’anciennes connaissances de la jeune femme rapportent son soudain changement de comportement, soumise et négligente.

Un « pacte criminel noué en connaissance de cause »

Le « pacte criminel noué en connaissance de cause », selon Jean-Luc Ployé, les crimes les plus graves interviennent en 1995 et 1996. Six fillettes et adolescentes belges vont être séquestrées, violées, et quatre d’entre elles tuées. Julie Lejeune et Mélissa Russo, 8 ans, disparaissent le 24 juin 1995, avant An Marchal (17 ans) et Eefje Lambrecks (19 ans), le 22 août. Sabine Dardenne, 12 ans, disparaît le 28 mai 1996, puis Laëtitia Delhez (14 ans) le 9 août. L’enquête sur la disparition de cette dernière mène, le 13 août, à l’arrestation du couple et d’un complice, Michel Lelièvre. Les indications et aveux partiels du mari permettent de découvrir Sabine et Laëtitia, vivantes, dans la cache de la maison dont Dutroux est propriétaire à Marcinelle, puis de trouver les corps des autres victimes. Julie et Mélissa, mortes de faim, ont été ensevelies dans le jardin de la maison de Sars-la-Buissière où vit Michelle Martin. L’épouse savait la captivité des fillettes, mais n’a rien fait pour les aider alors que Marc Dutroux était en détention pour une autre affaire de séquestration. « Les victimes ne sont pas considérées comme des sujets, mais des objets pour lesquels ils n’ont aucune empathie, ni aucune culpabilité réelle a posteriori », évalue Jean-Luc Ployé. Comble de l’horreur : Lors d’une perquisition au domicile de Marc Dutroux à Marcinelle, et alors que Julie et Melissa étaient vivantes, enfermées dans une cache aménagée dans la cave, les gendarmes, qui avaient pourtant entendu des voix d’enfants, ont manqué le réduit. Les ossements d’An et Eefje sont retrouvés à Jumet, sous le hangar du comparse français Bernard Weinstein, tué par Dutroux de crainte d’être trahi.

Exaspérée par les ratés de la police et de la justice, notamment après le dessaisissement d’un juge accusé d’impartialité après avoir partagé un pour un repas de bienfaisance au profit des familles des victimes, la société belge se lève et demande des comptes. Le 20 octobre 1996, plus de 350.000 personnes défilent à Bruxelles lors de la Marche Blanche, paralysant le pays pour réclamer une refonte des institutions. Plusieurs réformes sont peu après adoptées, dont la réorganisation des forces de police et la modernisation des procédures judiciaires belges. « Il y a eu incontestablement des ratés, et comme dans toutes les grandes affaires, cela a eu le mérite de moderniser les procédures », relève l’ancien magistrat Francis Nachbar.

La rupture durant le « procès du siècle »

Marc Dutroux et Michelle Martin sont, eux, en détention. Pour des raisons judiciaires et administratives, le couple divorce en 2003, quelques mois avant le procès d’Arlon, l’un des plus médiatisés de Belgique. En plus des crimes commis sur les enfants belges, le couple est jugé pour les violences sexuelles exercées entre 1994 et 1996 sur trois ressortissantes slovaques, Eva Mackova, 16 ans, sa sœur Yanka Mackova, 15 ans, et Henrieta Palusova, 21 ans. Attirées par la ruse, soumises chimiquement, les trois ont été violées par Marc Dutroux avec parfois avec l’aide de Michelle Martin, des actes filmés par le bourreau.

Durant ce procès aux assises, qualifié de « procès du siècle », la rupture du couple est totale. La stratégie de défense de Michelle Martin fonde sa défense sur la dénonciation de l’emprise psychologique et de la terreur que Marc Dutroux aurait exercé sur elle. Les rapports des experts psychiatres révèlent, eux, une dynamique de couple perverse plus complexe. « Ce type de couple fonctionne en synergie, l’un alimentant l’autre, dans une dépendance et un effet de toute puissance », analyse Jean-Luc Ployé, qui a étudié le couple Michel Fourniret et Monique Olivier. Bien que Michelle Martin tente de se présenter comme une victime passive, la complicité criminelle est absolue. Marc Dutroux est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, Michelle Martin à 30 ans de prison et le complice Michel Lelièvre, qui a collaboré à l’enlèvement et la captivité de quatre adolescentes, à 25 ans.

En 2026, trente ans après ces crimes, Marc Dutroux continue de purger sa peine à la prison de Nivelles, et est visé par une enquête pour détention d’images pédopornographiques dans sa cellule à l’isolement. Michelle Martin, elle, est sortie de prison en 2012, et Michel Lelièvre en 2019. Si la justice interdit à Marc Dutroux et Michelle Martin d’avoir tout contact, Jean-Luc Ployé estime que « ce type de couple de tueurs, qui reste très rare dans la société, est immortel dans le sens où la relation vécue entre eux a été tellement intense et inhumaine qu’ils sont scellés à vie ».

*Jacques Dallest, magistrat honoraire, consultant judiciaire, publiera Mémoire criminelle, les confidences d’un magistrat aux éditions Mareuil le 27 août prochain.



2026-08-16 07:02:37

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