mercredi, juin 24, 2026
AccueilActualités« Ça respire foot à tous les coins de rue »… Et si on...

« Ça respire foot à tous les coins de rue »… Et si on donnait la suite de la Coupe du monde aux Mexicains ?


#Ça #respire #foot #tous #les #coins #rue #donnait #suite #Coupe #monde #aux #Mexicains


De notre envoyé spécial au pays où le foot est roi,

Il y a une chose qu’on doit aujourd’hui vous confesser car ça nous pèse sur le cœur. Depuis le début de ce road-trip autour de la Coupe du monde 2026, on s’est très vite adapté au modèle américain, son rythme de vie, ses habitudes et sa culture. La clim partout à fond pour faire oublier les températures caniculaires ? Ooooook baby. Prendre la voiture pour le moindre déplacement à cause de leurs villes-états étendues sur des kms et des kms ? For sure !

Et en débarquant à Mexico l’autre jour, on en avait presque fini par vivre le Mondial à leur manière, au mieux détachée, au pire parfaitement indifférente. Mais en sillonnant cette fourmilière de 20 millions d’habitants qu’est Mexico, le naturel est revenu au galop : c’est donc ça de vivre une Coupe du monde dans un vrai pays de foot ! Tandis qu’à L.A, Kansas City ou Dallas, il faut se rendre autour des stades les jours de match pour sentir qu’il se passe quelque chose, à Mexico, la fiesta de la pelota est partout.

A Mexico, la police aussi tient des stands pour accueillir les fans de foot et offrir des cadeaux aux enfants.
A Mexico, la police aussi tient des stands pour accueillir les fans de foot et offrir des cadeaux aux enfants.  - Aymeric LE GALL

Ici, le maillot vert de la Tri est sur toutes les épaules et les bars sont blindés du matin au soir pour vivre les matchs avec fureur, passion et démesure.

Mexico, la ville qui respire football 24/24

Dans les rues, impossible de faire un pas sans tomber sur ces petites échoppes faites de bric et de broc, où l’on vend à peu près tout ce qui touche au ballon rond et à la Coupe du monde. Et on ne parle pas des magasins Fifa aseptisés qu’on peut apercevoir ci et là aux Etats-Unis et où le moindre tee-shirt coûte un rein. Ici, c’est toute une économie locale – que d’aucuns nomment « parallèle » mais qui est aussi perpendiculaire, circulaire et circonflexe – qui vit par et pour le Mondial. Des marchands ambulants qui vendent des répliques grandeur nature de la coupe, des poupées de footballeurs au cas où il nous viendrait l’idée de jeter un sort à ce diablotin de Leo Messi, des figurines, des cartes de collection, des ballons et bien sûr des maillots, des maillots et encore des maillots.

Les maillots d'« El Tri » s'arrachent come des tacos partout dans Mexico.
Les maillots d’« El Tri » s’arrachent come des tacos partout dans Mexico.  - Aymeric LE GALL

Se balader une matinée dans le quartier populaire de Tepito, au sud-est du centre-ville historique, c’est entrer dans le paradis des fans de foot. Entre deux tacos préparés avec amour par une mamie vêtue de vert de la tête aux pieds, et une petite Corona sel-citron pour faire passer le tout, on déambule dans des rues bondées de vie où les maillots des sélections valent moins cher qu’une pinte dans un bar de Paris.

Des Mexicains mordus (mais aussi un peu exclus)

Croisé au détour d’une rue, un jeune vendeur, la vingtaine, a les yeux fixés sur son téléphone bien calé au milieu de son stand de jouets, pour regarder Messi inscrire son quatrième et cinquième but du Mondial contre l’Autriche. « Il va battre Mbappé cette année, il sera meilleur buteur. Il est en mission », nous prévient Fernando, qui a dû avaler son sombrero quelques heures plus tard après le nouveau doublé de celui que tout le monde ici appelle « Kyky ».

S’il nous confie que la tenue du Mondial dans sa ville gonfle un peu le chiffre d’affaires qu’il fait avec sa mère, il regrette d’être tenu éloigné des matchs à cause du prix des billets. « C’est impossible pour les gens d’ici d’aller à l’Azteca. Un billet c’est environ 70-80.000 pesos… Que des voleurs à la Fifa ! C’est une Coupe du monde au Mexique mais sans la majorité des Mexicains ».

Sous sa tente un peu plus loin, rap latino à fond la caisse, Wilki, un coiffeur de rue vénézuélien de 24 ans, nous raconte la même chose entre deux coups de tondeuses : « On a l’impression qu’on est tenu à l’écart, que ce n’est pas pour nous mais pour les riches et les étrangers. Après, l’ambiance est géniale malgré tout, au Mexique tout le monde est fan de foot ». C’est aussi le sentiment de deux Françaises croisées à la terrasse d’un restaurant du quartier de Roma-Norte, un peu plus huppé que Tepito, alors que le match des Bleus vient de commencer.

Fernando ne lâche pas Argentine-Autriche des yeux depuis son petit stand de jouets qu'il tient avec sa mère.
Fernando ne lâche pas Argentine-Autriche des yeux depuis son petit stand de jouets qu’il tient avec sa mère.  - Aymeric LE GALL

Si l’une d’elles, Anaïs, 25 ans, aime le foot, elle ne se doutait pas qu’ici les gens en avaient fait leur religion numéro 1 devant Jésus et la tequila. « Du coup j’ai laissé mon maillot des Bleus à Paris, je suis dégoûtée ! On était à Cancun avant d’arriver à Mexico et pour le premier match des Bleus, c’était de la folie. Dès le coup d’envoi il n’y avait plus un serveur qui bossait », se marre-t-elle.

Sa copine Manon embraye : « Si, t’avais juste le gars qui ratissait le sable sur la plage mais tu voyais bien que c’était pour faire illusion. Je trouve ça génial. On sent vraiment qu’il se passe un truc dans le pays. Quand on va dans la fan zone dans le centre historique, c’est fou le monde qu’il y a devant les écrans géants. »

Aurora, publicité vivante pour le Mondial au Mexique

Si l’on s’était jusqu’alors refusé de mettre ne serait-ce qu’un doigt de pied dans une fan zone estampillée « Fifa », ces deux amies nous ont donné envie de faire une petite entorse au règlement. Et on n’a pas été déçu, le mot est faible. Parmi les dizaines de milliers (!!!) de personnes venues assister sur la place Zocalo au match entre la Colombie et la RDC, à la veille du dernier match de poule du Mexique au stade Azteca, nous sommes tombés sur Aurora, 67 ans, la passion mexicaine personnifiée.

Drapeau d’El Tri offert par Coca Cola sur le dos (« je ne bois pas de Coca mais je leur ai quand même pris le drapeau (rires) ! »), elle vibre à chaque action en soufflant dans son pouet-pouet à paillettes. « Je suis venue me chauffer (sic) avant le match de demain et soutenir nos amis Colombiens. L’ambiance est formidable. C’est ici qu’ils auraient dû organiser toute la Coupe du monde et pas chez les gringos ! Mais vous connaissez la Fifa et son amour des puissants », souffle cette fan du club de Chivas.

« Et de l’argent !, ajoute son amie Leticia, quelques années de moins au compteur. Ils ont fait le choix de l’argent, comme toujours, et non le choix du cœur et de la passion. Ça aurait été mille fois plus fou de le faire ici, on le méritait ce Mondial… »

Aurora (à droite) et Laeticia (à gauche) sont venues se chauffer la voix devant Colombie-RDC avant le match du Mexique le lendemain.
Aurora (à droite) et Laeticia (à gauche) sont venues se chauffer la voix devant Colombie-RDC avant le match du Mexique le lendemain.  - Aymeric LE GALL

En voyant ces deux retraitées s’ambiancer comme deux ados, on est nous aussi pris d’un regret. Pire, d’une colère. Comment a-t-on pu, quatre ans après un mondial qatari déjà bien loin de l’idée qu’on se fait d’une fête populaire, refiler la Coupe du monde à des Américains qui s’en cognent comme du réchauffement climatique ? Dans un monde idéal, c’est ici et nulle part ailleurs qu’aurait dû avoir lieu la fiesta.

A tel point que l’idée de repasser à nouveau la frontière nous fait froid dans le dos. Mais il est trop tôt pour y penser, ce soir le Mexique joue à l’Azteca et on en frissonne par avance. Et Aurora de nous prévenir, très sérieuse : « Nous, on ne peut pas aller au stade, c’est beaucoup trop cher. J’espère que vous mesurez la chance que vous avez, c’est un privilège de vivre ça. » On ne le sait que trop bien et on ne manquera pas de lui envoyer des photos, le coeur lourd de laisser ce pays de fou et de foot derrière nous.



2026-06-24 08:02:36

RELATED ARTICLES

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Advertisment -

Most Popular

Recent Comments