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À l’Assemblée nationale, l’air se raréfie pour les femmes. Plusieurs députées témoignent d’une atmosphère de plus en plus hostile dans l’hémicycle, selon une enquête de France Inter.
Des bancs écologistes aux travées macronistes, la parole des députées se heurterait à un mur de décibels, d’invectives et de dédain, selon une enquête de France Inter publiée ce lundi 27 avril.
« C’est l’intégralité de l’ambiance qui est devenue un peu pesante, cette espèce de sentiment qu’on essaye de vous projeter, de ne pas avoir votre place ici, qui est nouveau », confie auprès de la radio, l’écologiste Sandra Regol, députée depuis quatre ans. Le malaise dépasserait même les clivages partisans. « Quand une femme parle, il y a un brouhaha dans l’hémicycle quasiment constant, et on voit très bien que les hommes, qui sont plus nombreux, accordent moins d’importance à la parole des femmes », dénonce ainsi la députée LFI Alma Dufour auprès de la même antenne.
Les échéances électorales, accélérateur des inégalités entre députés et députées
Ce brouhaha, toutes les élues interrogées par France Inter le décrivent. Et il s’accompagne désormais d’attaques frontales. La députée macroniste Laure Miller rapporte avoir été visée lors d’un débat sur l’Algérie par un élu d’extrême droite qui avait lâché, selon le compte rendu des débats : « Cette femme ne sert à rien. » « Est-ce qu’il aurait dit ça pour un homme ? Je ne suis pas sûre », interroge-t-elle auprès de France Inter.
Derrière les comportements individuels, une mécanique structurelle. La socialiste Fatiha Keloua Hachi identifie un cycle politique : à mesure que les échéances électorales approchent, les hommes occupent le terrain. « On voit les coqs sortir de leur basse-cour, les hommes se mettent en avant parce qu’ils savent qu’il y a une échéance en 2027 et qu’il faut qu’ils existent avant 2027 », observe-t-elle auprès de France Inter. Un diagnostic que partage une députée LR, sous couvert d’anonymat, qui s’inquiète du recul de la représentativité des femmes dans les instances de gouvernance « dans ce contexte de montée du masculinisme ».
Ce phénomène d’effacement n’a rien de neuf. Dès 2022, le doctorant en sciences politiques Théo Delemazure, chercheur à l’université Paris-Dauphine, avait mesuré l’ampleur du déséquilibre. En analysant le nombre de mots prononcés par 570 député·es entre juillet et décembre 2022 – les sept président·es de séance exclu·es du calcul -, il était parvenu à un résultat édifiant : un député homme prononçait en moyenne 40 % de mots de plus qu’une députée femme.
Seule exception en 2022, le groupe écologiste où les femmes parlaient davantage que les hommes
L’argument arithmétique – les femmes ne représentaient alors que 37 % de l’hémicycle – ne suffisait pas à expliquer l’écart. Le doctorant avait rapporté le temps de parole total de chaque groupe à son nombre d’élu·es, pour obtenir une moyenne individuelle comparable. Le décrochage persistait. Et parmi les vingt député·es les plus prolixes, seules trois étaient des femmes.
Une exception émergeait toutefois : le groupe écologiste, où treize femmes siégeaient sur vingt-trois élu·es. Là, elles prononçaient en moyenne 11 369 mots, contre 7 280 pour leurs homologues masculins – un rapport inversé, alors unique dans l’hémicycle.
Les députés interrompaient près de deux fois plus que leurs collègues femmes
L’étude de Théo Delemazure éclairait aussi un mécanisme moins visible : l’interruption. Les hommes s’exprimaient sans avoir demandé la parole presque deux fois plus souvent que les femmes – 38,9 interruptions en moyenne par député, contre 18,9 pour les députées. Parmi les vingt parlementaires interrompant le plus, deux seulement étaient des femmes.
Trois ans plus tard, les témoignages recueillis par France Inter confirment que rien ne s’est inversé. Le brouhaha persistant, les remarques dégradantes, l’invisibilisation systémique des voix féminines dessinent le même tableau. Avec un paramètre aggravant : une Assemblée qui compte désormais encore moins de femmes qu’en 2022.
2026-04-27 09:48:00
