dimanche, mai 10, 2026
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C’est mon histoire d’été : « L’île paradisiaque s’est transformée en enfer »


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« Quatre jours sans lui, tu vas survivre, non ? » Ma mère n’était pas la seule à perdre patience face à la relation fusionnelle que j’entretenais avec mon fils. Depuis sa naissance, deux ans plus tôt, Félix était « un bébé difficile », pour reprendre leurs termes. D’après moi, ce n’était pas lui qui était difficile, mais ce qu’il traversait.

Une maternité sous tension

Né prématuré, il avait des troubles digestifs qui tordaient son petit visage de douleur. La seule chose qui le calmait, c’était d’être dans mes bras. Personne d’autre ne pouvait l’approcher. Mon mari, Mathieu, avait très vite lâché l’affaire. Depuis deux ans, je ne dormais plus que par intermittence. J’étais à bout. Et le pire, c’était que tout le monde avait l’air de suggérer que c’était de ma faute. « Il faut que tu coupes le cordon. » « Fais attention, c’est pas bien de négliger ton couple comme ça. »

L’escapade rêvée… sur le papier

C’est donc pleine d’espoir, mais avec une pointe de réticence, que j’avais accueilli le cadeau d’anniversaire de ma mère : elle nous proposait de garder Félix le temps d’un séjour en amoureux sur les îles Éoliennes, « pour se retrouver », avait-elle écrit sur le bon qu’elle nous avait remis. Le voyage était prévu pour l’automne, histoire de profiter du calme de l’arrière-saison.

Une boule au ventre…

Jusqu’au départ, je passai mes nuits à bercer Félix, tout en faisant défiler sur mon téléphone les photos de l’hôtel qu’on avait choisi. Le projet était clair : ne rien faire. Panarea était l’une des plus petites îles de l’archipel, connue pour être la reine du farniente. En guise de chambre, une grotte blanchie à la chaux ouvrant sur une immense terrasse, avec douche et cuisine extérieures, piscine privative, hamacs et même Jacuzzi. Le tout perdu dans le calme des lauriers-roses. Un mirage.

Le jour J est arrivé enfin. Et c’est avec la boule au ventre et une liste de recommandations longue comme une encyclopédie que je laissai mon petit à sa grand-mère. À l’aéroport, je n’en menais pas large. Mathieu essayait de me rassurer, mais je sentais bien que je l’exaspérais avec mes états d’âme.

Deux heures d’avion et autant de bateau plus tard, la beauté des paysages avait un peu calmé mes angoisses. On a posé nos valises et filé faire le tour de l’île. Un chemin côtier longeant de luxueuses villas, toutes fermées dans l’attente du prochain été. En quinze minutes, la boucle était bouclée. On n’avait plus aucune raison de sortir de nos transats. Mais aussi plus grand chose à se dire.

J’avais bassiné Mathieu pendant tout le trajet avec mes questions : « Et tu crois que maman va penser au doudou ? » « Il ne va pas trouver ça bizarre de dormir chez elle ? C’est une aventure pour lui aussi, non ? » Mathieu avait fini par me faire taire d’un baiser à pleine bouche. Ça faisait si longtemps qu’on ne s’était pas embrassés avec la langue. « Je te propose un jeu. On s’autorise trente minutes de conversation quotidienne sur Féfé. Pas plus. Cap ? » Ce n’était pas si simple de se retrouver après tout ce temps. La première nuit, notre étreinte avait un petit quelque chose de scolaire, d’un peu forcé.

Un réveil brutal, des regrets

Le lendemain a commencé par deux mauvaises surprises.

1. : à 6 heures, j’étais debout. Comme si mon corps avait imprimé pour toujours l’heure de réveil de mon fils.

2. : il pleuvait comme vache qui pisse. Sur la terrasse impraticable, les palmiers ployaient piteusement. J’ai vite refermé la porte pour me retrouver coincée dans l’air vicié de nos 12 mètres carrés. Une minuscule lucarne peinait à jeter un peu de jour sur le lit. Idéale pour se protéger de la chaleur. Moins quand on est coincé à l’intérieur… Nous avions dix minutes de marche pour rejoindre l’hôtel. Et, bien évidemment, pas de parapluie.

Pas le choix, sans mon café, je me transformais en monstre ! Quand Mathieu a fini par me rejoindre deux heures plus tard, j’étais d’une humeur de chien. J’ai proposé d’aller visiter la petite chapelle du village, seule attraction touristique à notre disposition. Dans la pénombre des lieux, chaque angelot me faisait penser à Félix.

Mais qu’est-ce que je foutais là ? Et Mathieu qui me regardait comme si j’étais folle. Pas d’autre choix que de rentrer à la chambre. Midi et soir – la cuisine extérieure étant inutilisable –, nous dînions au restaurant de l’hôtel, le seul encore ouvert à cette saison.

Deux jours, dix galipettes maladroites, cinq plats de pâtes et deux romans plus tard, le jour béni du retour sonna enfin. Je n’avais jamais préparé ma valise avec autant d’entrain. Surtout que ma mère m’avait prévenue que Félix avait une otite. Le savoir fiévreux et loin de moi m’était insupportable.

Bloqués par la tempête

Une fois sur le ponton, ce fut la désillusion. Le vent soufflait si fort qu’aucun bateau ne circulait. Notre avion devait décoller de Palerme le lendemain. L’idée de manger encore des pâtes me soulevait l’estomac. Et la tempête perturbait le réseau : aucune nouvelle de Félix.

Tous les soirs au restaurant, on s’était retrouvés avec les six mêmes couples de retraités. Saison oblige. Jacques et Madeleine avaient pris l’habitude de s’installer près de notre table. Ils noircissaient grilles de mots fléchés après grilles de mots fléchés sans cesser de se taquiner tendrement. À côté, notre silence semblait d’autant plus sinistre.

« Et dire que c’est nous les petits vieux… » Madeleine avait glissé ça à voix basse dans l’oreille de Jacques. Enfin à voix basse… Avec son Sonotone, on n’avait pas la même conception du volume. Mathieu avait piqué un fard.

Prête à prendre un hélicoptère

Le lendemain, on a refait nos valises, on est redescendus jusqu’au ponton, pour guetter le bateau. Rien de rien. Et le réseau ne s’était rétabli que pour capter un message à moitié inaudible : « Féfé est monté à 40. » À l’hôtel, j’ai crié sur la réceptionniste. « Euh, si, il y a toujours la possibilité de faire venir un hélicoptère, mais ça vous coûtera 1 000 euros. » Mathieu n’en revenait pas que je considère cette proposition. J’étais comme une lionne en cage. Et notre avion retour venait de décoller sans nous. Au restaurant, faute d’approvisionnement, il ne restait plus que des pâtes à la tomate.

Jour 3, jour 4, jour 5. Toujours pas de bateau. Heureusement, la connexion refonctionnait. Félix allait mieux. Et j’avais pu télécharger la trilogie d’Elena Ferrante. Ce n’est que le sixième jour qu’on a enfin vu une tache noire à l’horizon. Le soulagement !

Le retour, enfin

À Paris, j’ai plongé mon nez dans le cou de Félix. Cette odeur ! C’était si bon de le retrouver. Malgré tout, j’étais plus reposée. Donc plus patiente. Et lui, comme une petite éponge, a dû le sentir, car pour la première fois il a fait une nuit complète. « Il s’en sort très bien sans toi, ton Féfé », m’avait glissé ma mère. Et c’était vrai. Quand on s’est séparés, Mathieu et moi, quelques mois plus tard, j’ai même suggéré une garde alternée. En revanche, les pâtes à la tomate, c’est plus jamais !

Vous avez envie de raconter votre histoire ? Nos journalistes peuvent recueillir votre témoignage. Écrivez-nous à cmh@cmimedia.fr



2025-08-04 16:30:00

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