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Justice et applications de rencontre s’entrechoquent dans une affaire de guet-apens sur une application de rencontre homosexuelle. Six hommes, agressés par une « ligue anti-pédophiles », se retrouvent pourtant poursuivis pour proposition sexuelle à un mineur. Les avocats de la défense dénoncent. Le jugement est attendu fin juillet.
Comment des hommes qui ont été physiquement agressés peuvent-ils se retrouver à leur tour jugés devant un tribunal correctionnel ?
Ce curieux renversement s’enracine au début de l’été 2024. Plusieurs individus sont approchés sur une application de rencontre pour homosexuels par des adolescents ou des jeunes adultes pour des rencontres libertines. En réalité, ce motif de rencontre est tout à fait dilatoire et ceux qui se font passer pour des jeunes séducteurs sont en réalité des membres de l’autoproclamée « ligue anti-pédophiles ». Ils ont tenté de tendre un guet-apens à des homosexuels qu’ils considèrent comme pédophiles pour mieux les tabasser.
Dans leurs stratagèmes, les « piégeurs » se montrent peu farouches. À l’audience, ce jeudi 25 juin, la présidente du tribunal correctionnel de Toulouse, Nadège Pujo-Menjouet, fait la lecture de certains de leurs messages : « Je veux que tu sois mon professeur. » Certains sont même allés jusqu’à envoyer des clichés de leur sexe en érection.
« J’ai accepté sous leur insistance »
Six utilisateurs du site sont tombés dans le piège et se sont rendus dans divers points de rencontre situés entre Muret et Seysses. Ils ont alors été victimes d’agressions par des individus encagoulés et gantés, pouvant aller jusqu’au tir à l’airsoft, des balles en plastique. Pour ces agressions, les piégeurs ont été jugés et condamnés.
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Ce jeudi, c’est au tour des piégés d’être jugés pour le délit de proposition sexuelle à un mineur de moins de quinze ans. Les six hommes d’âges et de situations différents, bien qu’embarrassés de la situation, nient leur culpabilité. « Ce n’est pas moi qui ai proposé, j’ai fini par accepter du fait de leur insistance », explique l’un d’eux.
Lorsque la présidente Pujo-Menjouet leur demande s’ils connaissaient l’âge prétendu des faux amants, les réponses varient. « J’y suis allé par curiosité mais je ne voulais rien de sexuel », promet l’un. « Je savais qu’il était jeune mais d’un autre côté, il me faisait part d’une telle expérience sexuelle », renchérit un deuxième. « J’ai commencé à y aller mais j’ai fait demi-tour avant d’arriver par remords. Ils m’ont quand même frappé », relate un dernier.
Pour la procureure, toutefois, ces faits sont trop graves : « Ces hommes sont des délinquants sexuels ayant en commun leur attirance pédophile », assène la magistrate d’un ton martial. Après avoir recoupé les échanges téléphoniques, elle requiert des peines allant de deux ans de prison avec sursis à deux ans de prison dont une année ferme et une avec sursis probatoire.
Infraction « provoquée » et des mineurs « qui n’en sont pas »
En défense, Mes Julien Aubry, Justine Dalloz, Laurent de Caunes, Florance Grand, Solen Rebeyrol, Antoine Tugas se succèdent et convergent dans le même objectif : la relaxe. « J’ai bondi en entendant les réquisitions ! On invente des discussions », s’étrangle Me Dalloz avant de conclure : « L’infraction n’est pas caractérisée car il n’y a eu aucune proposition mais une acceptation. »
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« Ce dossier est parodique de ce que doit être la justice car l’accusation est bâtie sur des conditions viciées moralement », se navre Me Aubry. Son confrère, Me Laurent de Caunes, va plus loin. « Tout cela est une imposture dont la justice emboîte le pas », cingle l’avocat avant de développer son argumentaire avec ironie et vivacité : « Ces messieurs sont supposés être les auteurs d’une infraction provoquée et qui n’a pas existé vis-à-vis de mineurs qui n’en sont pas. »
Des plaidoiries qui poussent le tribunal à se donner le temps de la réflexion. Le jugement est placé en délibéré au mardi 28 juillet.
2026-06-25 21:21:38
