#TÉMOIGNAGE #Effondrement #pont #Morandi #Gênes #Melissa #avait #toujours #envie #partir #huit #ans #après #drame #père #victime #lotoise #raconte #fille
Le 14 août 2018, Melissa Bastit, originaire du Lot, perdait la vie à 22 ans dans l’effondrement du pont Morandi, à Gênes. Huit ans après les faits et le verdict rendu par la justice italienne ce jeudi 16 juillet, son père revient sur le parcours de sa fille, marqué par les blessures de l’enfance et un profond goût de la liberté.
Il n’oubliera jamais. Le 14 août 2018, Gilles Bastit perdait sa fille Melissa, 22 ans, dans l’effondrement du pont Morandi à Gênes, en Italie. En quelques secondes, près de 200 mètres du viaduc autoroutier A10 se sont écroulés, précipitant une trentaine de véhicules dans le vide et entraînant la mort de 43 personnes, dont quatre Français.
Huit ans après le drame, la justice italienne a condamné, ce jeudi 16 juillet, une trentaine d’anciens dirigeants et responsables chargés de l’entretien du viaduc. Un verdict que ce père de famille juge à la hauteur du drame.

Ce matin du 14 août 2018, Melissa traversait le pont avec son compagnon Nathan Gusman, 20 ans, Axelle Place, une Tarnaise âgée de 19 ans, et William Pouzadoux, 22 ans, originaire de Lyon. Les quatre amis devaient embarquer sur un ferry à destination de la Sardaigne pour se rendre au Teknival, un festival de musique techno très apprécié de la jeune femme et de ses amis.
Le goût du voyage et de la découverte
« Melissa avait toujours envie de partir, de voyager, c’était quelqu’un de très enjoué », raconte son père. Mais à 11h56, ce jour-là, alors qu’un violent orage s’abat sur Gênes, le pont Morandi s’effondre soudainement. Les quatre amis figurent parmi les victimes de cette catastrophe qui bouleverse l’Italie et dont les images font le tour du monde.
À lire aussi :
Effondrement du pont Morandi à Gênes : jusqu’à 12 ans de prison pour les ex-dirigeants de la société d’autoroutes
À plus de mille kilomètres de là, à Souillac (Lot), Gilles Bastit, à l’époque médecin généraliste, ignore tout de l’itinéraire emprunté par sa fille. « Je ne savais même pas qu’elle prenait le bateau à Gênes, et encore moins qu’il y avait des chances qu’elle passe par ce pont-là », explique-t-il. Ce n’est que le lendemain, le 19 août, qu’il apprend la terrible nouvelle. Contacté par sa fille aînée, Emma, qui était en vacances au moment du drame, la petite famille découvre l’impensable.
« Par la suite, le consulat nous a appelés et nous nous sommes rendus sur place en Italie. Il y avait beaucoup de journalistes qui voulaient nous parler, j’ai dû me fâcher pour qu’on nous laisse tranquilles. C’était un moment hors du temps », se souvient-il. Après deux jours sur place, les proches de Melissa regagnent la France avec la confirmation qu’elle est décédée après une chute de 50 mètres dans le précipice.
Abandonnée quand elle était bébé
Adoptée à l’âge de six mois après avoir été placée par l’Aide sociale à l’enfance, la petite fille grandit aux côtés de trois enfants au sein de sa nouvelle famille, mais les blessures de l’abandon lui laisseront des traces à vie. « Avoir une nouvelle famille ne suffit pas toujours, Melissa avait des carences affectives et des difficultés à se valoriser », explique son père. À cette époque, la jeune femme peine à trouver sa place. Après avoir interrompu ses études, elle rencontre des difficultés à trouver un travail et consomme de temps à autre de la drogue.
À lire aussi :
Pont de Mirepoix-sur-Tarn: sept ans après le drame, la population connaîtra bientôt quand et comment le nouvel ouvrage sera reconstruit
« Elle se cherchait et manquait de confiance en elle. Elle s’était rasé les cheveux et avait une crête, mais c’était une manière de montrer sa révolte. Melissa se sentait surtout proche des gens de la rue, des personnes abandonnées, parce qu’elle les comprenait », analyse aujourd’hui son père.

Au moment de la médiatisation de l’affaire, l’apparence de Melissa lui vaut aussi de nombreuses critiques sur les réseaux sociaux, une épreuve supplémentaire pour sa famille. « Certains disaient que c’était une ‘punk à chien’. Les gens écrivent leurs bêtises sans se mettre à la place des familles et ça n’aide pas à faire son deuil », regrette son père.
Une succession d’épreuves
Deux ans avant le drame, cette famille lotoise avait déjà été meurtrie par le suicide de leur fils. Cette seconde perte a été une étape très difficile. « Chacun vit ces drames différemment. Moi, je pense avoir fait mon deuil, mais ce n’est pas le cas de la maman de Melissa. » Si le chemin vers la reconstruction est un long parcours, l’ancien médecin a choisi de devenir addictologue auprès de jeunes en difficulté. Un travail qui aujourd’hui « fait beaucoup plus sens » pour ce père de famille dont les deux enfants décédés ont connu des difficultés.
Si Gilles Bastit reconnaît ne « pas avoir attendu grand-chose » de la justice italienne au cours de ces dernières années, il estime néanmoins que les condamnations « démontrent qu’il y avait beaucoup de personnes qui savaient » et qu’on « ne peut s’exonérer de ses responsabilités ». Au-delà du volet judiciaire, c’est l’image d’une Melissa joyeuse qu’il souhaite laisser : « C’était quelqu’un qui voulait croquer la vie à pleines dents. »
2026-07-19 06:31:03
