vendredi, juillet 3, 2026
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Suspendre la réforme des retraites constituerait-il un « suicide économique » pour la France ?


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Au tribunal des flagrants délires économiques,

Tiens, tiens, voilà un vieux dossier qui revient sur le devant de la scène en cette période politique de grand n’importe quoi. La Macronie s’apprête peut-être à casser son dernier jouet sur l’autel du compromis mercredi soir, Élisabeth Borne a ouvert la porte à une suspension de la réforme des retraites de 2023, pourtant l’ultime tabou du « socle commun ». Selon le Parisien, Sébastien Lecornu, Premier ministre qui ne l’est plus vraiment mais en fait si, a demandé à Bercy d’étudier l’impact d’une suspension de la réforme tant décriée.

De quoi diviser. La gauche salue une ouverture sur ce dossier, tandis que nombreux cris de paniques émergent à droite, ou dans le socle commun, sur les conséquences économiques d’un tel recul. Selon de nombreux partisans du maintien, revenir sur l’âge de départ ruinerait encore plus la France. Suspendre la réforme des retraites, une tentative de meurtre économique du pays ? Voici comment ça pourrait se passer si on devait juger de cette affaire. Avec d’abord, la parole est à l’accusation.

Oui, la France va finir ruiner si elle renonce à la réforme des retraites

Soyons beaux joueurs messieurs et mesdames les jurés, et oublions le coût purement factuel de mettre la réforme aux oubliettes, même si celui-ci se chiffre en milliards. Simple logique mathématique : plus les actifs partent tôt à la retraite, plus il y a de retraités, plus il y a de cotisations à payer, et moins il y a d’actifs pour le faire. Qui, dans ce tribunal, niera cette évidence ? Permettons de rappeler tout de même qu’avant de démissionner, Sébastien Lecornu chiffrait déjà les retraites à 403 milliards. Prêt à payer encore plus ?

Mais comme dit, oublions cela, ce ne sont que quelques milliards de plus ou de moins, oserait une défense un peu frivole. J’appelle à la barre Marc Touati, macro-économiste, pour qui le problème est moins le coût que le coup porté à la crédibilité de la France. « Un coup incommensurable, dramatique. Comment voulez-vous que la France soit crédible si elle prend cette décision ?, demande l’expert. Déjà que notre spectacle politique offre une vision ridicule du pays, on ne peut pas en plus montrer qu’on va encore augmenter les dépenses publiques, et travailler moins. »

Certes, pour le moment, les différentes agences de notation font preuve d’une patience de moine avec notre pays. Mais est-ce une raison de sans cesse les provoquer et de tirer sur la corde ? « Le risque, c’est que dès l’année prochaine, les notes se dégradent, avertit Marc Touati. Ça peut aller très vite. »

Avec, en effet boule de neige, une conséquence sur les marchés. « Les taux d’intérêt vont augmenter, la dette va devenir encore plus irremboursable, les intérêts vont nous coûter de plus en plus cher, laissant toujours moins d’argent pour l’entretien de nos services publics, poursuit Marc Touati. Ce serait une France suicidaire. »

L’option semble si incongrue et contre son camp pour notre expert économique qu’il en est persuadé : « Si un gouvernement suspendait la réforme des retraites, il reviendrait très, très vite sur sa décision. Il n’y a pas le choix. » Un débat dans le vent donc, mais soyons beaux joueurs jusqu’au bout, et laissons la défense contre-argumenter.

Faire sauter cette réforme va sauver la France, pas la tuer

A choisir entre deux poisons, autant prendre le moins pire. C’est l’avis de Stéphanie Villers, macro-économiste à PwC. Bien sûr, la réforme des retraites aurait un coût. Entre 500 millions et un milliard pour 2026, plus de deux milliards pour 2027. Cette année-là, l’élection présidentielle devrait remettre le sujet sur la table, et peut-être repousser à nouveau l’âge de départ. « Ce ne serait donc qu’une mise en pause de deux ans », plaide notre économiste, de quoi faire relativiser l’apocalypse.

Mais surtout, l’autre initiative, c’est quoi ? « Vu la situation actuelle politique, c’est dans notre intérêt d’avoir un consensus pour qu’un budget soit validé. Entre suspendre deux ans la réforme des retraites, obtenir un consensus et faire un budget ou maintenir la réforme coûte que coûte, la première option est nettement moins préjudiciable. »

Selon l’article 37, alinéa 8 du Code civil, « dans la vie, rien n’est pire que l’incertitude et le flou ». Or, c’est justement avec cette incertitude qu’on navigue depuis des mois en économie, Les effets délétères se voient déjà. Le CAC40 a plongé lundi après la démission de Sébastien Lecornu, et « l’incertitude reste délétère pour les entreprises. Elles mettent en pause leur investissement. Or, en attendant que la France retrouve un cap clair, elles ne vont pas ne pas investir, elles vont investir ailleurs. Plus on attend, plus il sera tard pour les récupérer. »

Certes, on prend le risque d’envoyer un mauvais signal, et de se faire sanctionner sur les marchés financiers. Mais « par chance, les investisseurs étrangers et les créditeurs ont déjà des problèmes internes. La situation économique en Allemagne, aux Etats-Unis, en Chine n’est pas bonne non plus. A priori, on peut penser que le contexte géopolitique est si mauvais que les marchés ne chercheront pas à attaquer. »

Mesdames et messieurs les jurés, à vous de vous faire votre avis.



2025-10-08 14:15:45

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