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Devant des élus conquis à Toulouse, Jean-Louis Borloo a joué les esprits libres. Officiellement venu parler gouvernance locale, l’ancien ministre s’est mué, l’air de rien, en Premier ministrable qui ne dit pas son nom.
La question surgit dès que le micro circule. Dans l’auditorium du MEETT de Toulouse, comble pour la 35e convention des Intercommunalités de France, un élu demande : « Monsieur Borloo, dans cinq minutes, votre téléphone sonne. Vous décrochez : ‘Jean-Louis, c’est Emmanuel, je te propose le poste de Premier ministre. Tu as trois jours pour former un gouvernement’. Que faites-vous ? » Éclats de rire dans la salle. Jean-Louis Borloo esquisse un sourire : « J’appelle ma femme ! »
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L’échange résume à lui seul l’ambiance du moment. Depuis hier, le nom de l’ancien ministre revient dans toutes les conversations, à Paris comme à Toulouse. Le Parti socialiste a beau rappeler qu’il souhaite « un Premier ministre issu de la gauche et des écologistes », la « boutade » de Patrick Kanner, lançant un « chiche ! » sur franceinfo à l’idée d’un pari Borloo à Matignon, a mis le feu aux spéculations.
« Un esprit libre » qui avance masqué
À 74 ans, l’ancien maire de Valenciennes, ministre de Jacques Chirac puis de Nicolas Sarkozy, attire encore les regards. Costume bleu marine, baskets beiges, il s’avance sur scène, salué par Sébastien Martin, député et président d’Intercommunalités de France, qui salue « un esprit libre ».
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Le thème du jour — « trouver la voie du compromis » — colle à la situation politique nationale. Les élus intercommunaux ont adopté la veille une motion appelant les responsables politiques à « se mettre autour de la table » pour sortir de l’instabilité parlementaire. Devant eux, Jean-Louis Borloo se veut rassembleur : « Je n’ai jamais été aussi heureux que lorsque j’étais au service de la République », affirme-t-il avant de lancer : « Vous êtes l’armature de la République. »
Plus tard, le ton se fait plus grave : « Le drame, dans lequel nous voyons le pays glisser doucement, ce n’est pas la difficulté de former un gouvernement ou un budget. » Il cite les travailleurs précaires, les enseignants, les agriculteurs, l’hôpital, le logement, les prisons… et dénonce « notre désintégration républicaine ». Sur les finances, il évoque « une boule de neige qui accélère », avant de plaider pour « revenir à un État fédéral à la française ».
« Épargnez-moi le petit jeu du coup de fil »
Jean-Louis Borloo parle sans notes. Depuis « sa tanière », dit-il, il observe la vie publique depuis treize ans, inquiet mais convaincu qu’il faut « tout redynamiser ». La jeunesse, selon lui, doit redevenir une priorité : « La jeunesse de France est en péril, en grand danger, alors que c’est le plus grand trésor du pays. » Sa conclusion se veut imagée : « La dérive, en marine, ce n’est pas une direction. C’est le cap, la direction. »
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À la sortie, micros et caméras se pressent autour de lui. On lui reparle de Matignon. « Épargnez-moi le petit jeu du coup de fil », élude-t-il face aux journalistes, avant d’ajouter, toujours évasif : « Je suis quelqu’un de responsable. Si quelqu’un m’appelle, je répondrai de manière responsable. »
Reste que l’ancien député du Nord tient là un discours de Premier ministrable. Ses appels à « une gouvernance claire », à « un gouvernement qui redresse » et à « agir dès maintenant, pas dans dix-huit mois » sonnent comme un programme. Dans les rangs, un participant résume : « Là, il s’est mis tout le monde dans la poche. »
2025-10-10 14:00:29
