dimanche, mai 10, 2026
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Portrait. Les parachutistes Karine Joly et Greg Crozier, des amoureux du ciel qui enchaînent les records mondiaux


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« On n’est pas du tout des têtes brûlées. » Karine Joly et Greg Crozier, champions du monde de parachutisme freefly en 2018 et détenteurs de 24 records mondiaux, en ont assez de cette image qui leur colle à la peau et à celle de cette discipline. Avec déjà plus de 10 000 sauts pour Greg et 7 600 pour Karine, les deux athlètes de 44 ans originaires de Lyon et Saint-Étienne font tout sauf preuve d’imprudence.

Leur dernier exploit en date, cet été, dans le ciel de Chicago, atteste de leur maîtrise parfaite en ayant rejoint 172 autres parachutistes en plein vol (lire l’encadré en fin d’article). Leurs vidéos de chorégraphies célestes impressionnent. Depuis 10 ans, le couple au physique athlétique vit au rythme du monde du parachutisme, de compétitions en records groupés, d’invitations aux quatre coins du monde, de vols insolites au-dessus des pyramides d’Égypte, d’Ayers Rock en Australie ou de l’Everest… « C’est un grand privilège de pouvoir vivre tout ça », reconnaissent-ils. Un destin qu’ils ont provoqué.

« Notre couple est une force »

Sans surprise, Karine et Greg se sont rencontrés lors d’un vol, sur le site de Lyon Corbas, en 2004, avec déjà plusieurs dizaines de sauts à leur actif. « Je rentrais du Brésil et je voulais travailler à Monaco », relate Karine, toujours un sourire sur le visage. « Greg était déjà installé à Nice, et vu les prix des loyers, on a fait une colocation et beaucoup de parachutisme. À force de tout partager, on a fini par se mettre ensemble et faire des compétitions. » Pourtant, la vie les avait fait se louper de peu quelques années auparavant, quand Karine avait quitté Lyon à 18 ans pour étudier l’architecture d’intérieur à Paris alors que Greg venait se former à l’éducation sportive puis au secourisme en mer dans la Ville des Lumières.

En 2008, à 27 ans, ils forment donc un duo dans la vie et dans les airs, et créent leur équipe “Airwax”, multipliant les trajets jusqu’à la drop zone de Gap ou d’Avignon, avant de commencer à prendre part à des compétitions dès l’année suivante. « On a appris à gérer notre stress tous seuls, on n’avait pas d’accompagnement. Les premières années c’était difficile car on ramenait les problèmes à la maison, mais aujourd’hui notre couple est une force car on a cette complicité qui sert en l’air », confie Greg, l’œil pétillant. En tout cas, à part être parfois « un peu grognons » l’un avec l’autre, ils assurent qu’ils ne se sont jamais disputés avant ou lors d’un vol.

Une démission conjointe en 2015

C’était devenu une évidence, en 2015, de démissionner de leurs métiers plus “terre à terre” pour se consacrer à leur passion. « Il fallait être à temps plein pour pouvoir prétendre à des podiums internationaux, même si on s’y retrouvait moins financièrement. Quand on a un rêve, il faut le laisser passer au-dessus du confort de vie », lance le Stéphanois, qui renonce à une carrière de capitaine dans la marine marchande britannique pendant que Karine quitte son travail d’architecte designeuse. Elle fait alors ce choix pour cette « liberté » qu’elle ne retrouve nulle part ailleurs que dans les airs depuis ce vol en tandem qu’elle avait reçu en cadeau à 18 ans et qui a « bouleversé » son « monde entier ». Greg pour « la sensation d’avoir des superpouvoirs de voler dans le ciel avec son corps », la même qu’il entrevoyait toute son adolescence en visionnant en boucle les cascades des héros de Hollywood.

« On devient plus alerte et performant en sautant, on augmente ses capacités », appuie l’athlète, qui s’est lancé corps et âme dans cette discipline, contre l’avis de son père, pilote de montgolfière. « Il ne comprenait pas », regrette-t-il, le cœur serré. La famille de Karine a davantage soutenu sa passion naissante. Et puis, il y a le goût du sport, de l’effort physique. « J’étais un hyperactif total », lâche Greg, qui cumulait les ceintures de karaté et les flèches de ski alpin dans sa jeunesse stéphanoise. La Lyonnaise n’était pas en reste, excellant curieusement dans les mêmes sports. Le parapente ? « C’est bien, mais quand on sera vieux », taquine-t-elle. Dans leurs familles, ce sont les seuls à pratiquer un sport extrême, même si le frère de Karine commence à s’y mettre après qu’elle l’a emmené sur plusieurs tandems.

Le combat de la reconnaissance

Aujourd’hui, les Niçois d’adoption, adeptes des contrées au climat chaud, rayonnent de leur complicité et de leur passion qu’ils vivent au quotidien. Leur parachute, c’est leur bébé, eux qui ont décidé de ne pas avoir d’enfants. Fiers d’être « des pionniers français » dans ce sport, Karine et Greg ont toutefois un dernier combat à mener pour parfaire cette carrière hors du commun : faire connaître et reconnaître leur discipline aux yeux de tous, alors qu’elle souffre encore trop selon eux de « clichés associés », comme par exemple ceux d’un sport dangereux, cher et polluant.

Plus prosaïquement, faute de sponsors et d’intérêt des entreprises, les deux champions doivent compter sur leurs ressources personnelles et donner des cours en soufflerie pour financer leurs déplacements. « On a plein de projets en stand-by qui coûtent trop cher », constate Karine, qui a pris le temps d’écrire un livre en 2020 sur son parcours (*) pour encourager, à son échelle, « à aller au bout de ses rêves ». « Au moins, on est très riches humainement », s’amuse-t-elle, plus légère.

Un record groupé à 174 parachutistes, la cible de 200 dans le viseur

C’est un art bien particulier qui s’est déroulé dans le ciel de Chicago le 22 août. Le temps d’une seconde, 174 parachutistes du monde entier, tête en bas, se sont tenu les mains pour former une sorte de galaxie, le tout à une vitesse de 280 km/h. Lâchés par neuf avions à 6 000 mètres d’altitude, avec des tuyaux d’oxygène, ces athlètes confirmés avaient 50 secondes pour réaliser la plus grande formation de chute libre de tous les temps. « C’est un record magnifique qui unit 25 nations avec un message porteur d’espoir dans un contexte géopolitique qui n’est pas super », s’enthousiasme la Française Karine Joly, qui avait déjà participé au précédent record de 2015 avec son compagnon Greg Crozier.

Une nouvelle prouesse dans le parachutisme qui a nécessité plusieurs semaines d’entraînements aux États-Unis, en Europe et en Australie. « Chacun a une place précise dans la figure », raconte Greg Crozier, qui était en plein centre du motif avec Karine. « Il faut maîtriser parfaitement son corps dans les trois dimensions pour éviter les collisions. C’est très technique. » Les parachutistes ont réalisé plusieurs essais au sol et dans le ciel de Chicago avant de valider l’exploit.

Prochain objectif mondial : faire une figure à 200 athlètes. Deux tentatives ont déjà échoué depuis 2015. Pourtant, le couple y croit pour le prochain essai en 2028 : « Le niveau mondial permettrait de faire une formation à 200 sans problème, mais il faut qu’il y ait les 200 meilleurs parachutistes qui viennent », explique Greg. « Mais comme on n’a pas de sponsor, chaque personne doit payer ce record-là de sa poche. Donc il n’y a pas que des parachutistes professionnels. » Et Karine d’ajouter : « La nouvelle figure que l’on a trouvée, en galaxie, est moins exigeante qu’en fleur et ça pardonne un peu plus les petites erreurs de niveau. » En attendant, ils ont rendez-vous en 2027 pour un record européen.

(*) L’Horizon des possibles, oser rêver, osez agir (City), de Karine Joly.



2025-08-30 07:30:00

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