dimanche, juin 14, 2026
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Peut-on vraiment réduire la protection policière des anciens ministres ?


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L’heure est aux économies. Sitôt nommé, Sébastien Lecornu a décidé de s’attaquer aux « avantages » octroyés notamment à ses prédécesseurs à Matignon. Une protection policière sera toujours accordée aux anciens Premiers ministres et ministres de l’Intérieur, mais elle ne le sera « que pour une durée limitée » et non plus « à vie », a écrit lundi le nouveau chef du gouvernement sur le réseau social X. Cette mesure pourra être « reconduite en fonction de la réalité du risque », a écrit le nouveau chef du gouvernement sur le réseau social X. « C’est quelque chose que je réclamais à cor et à cri à l’époque », explique à 20 Minutes Gilles Furigo*, un policier, aujourd’hui retraité, qui a passé 23 ans au sein du Service de protection des hautes personnalités (SPHP), un service qu’il a même dirigé jusqu’en 2012.

Aujourd’hui, 1.471 agents sont affectés au SDLP, le service de la protection, indique le site de la police nationale. « J’ai eu jusqu’à 70 fonctionnaires qui assuraient ces missions de protection d’anciens ministres de toutes sortes. C’est important », souligne-t-il. Les économies réalisées grâce à la mesure prise par Sébastien Lecornu ne sont pas énormes au regard du déficit abyssal de la dette de Française.

Mais Gilles Furigo juge l’idée pertinente « dans le cadre d’une bonne gestion administrative », car, dit-il, « les petits ruisseaux font les grandes rivières ». En 2019, le coût de la protection des anciens Premiers ministres s’est élevé, pour le SDLP à 2.802.903 euros, indiquait en juin 2020 la place Beauvau à la députée Aude Bono-Vandorme, alors élue LREM de l’Aisne. Cette somme intègre « la masse salariale, les heures supplémentaires, les frais de mission […] et les véhicules ».

Un avantage « très confortable »

« Toute personnalité n’est pas obligatoirement menacée. Vous en avez certaines qui ont peut-être pris des mesures ou fait passer des lois un peu spécifiques. Effectivement, celles-ci peuvent garder une protection pendant deux ans ou trois ans », poursuit l’ancien patron du SPHP. En décembre dernier, Elisabeth Born, qui a été Première ministre de mai 2022 à janvier 2024, estimait sur France 3 qu’une « protection et une sécurité lui paraissent adaptées » en raison des réformes « pas toutes populaires » qu’elle a portées, dont la réforme des retraites.

Gilles Furigo remarque en revanche que d’autres personnalités passées il y a trèèèèèès longtemps à Matignon, bénéficient toujours d’une protection policière, comme Édith Cresson, 91 ans, ou Édouard Balladur, 96 ans. « Sont-ils menacés ? La réponse est évidemment non. » Jean Castex, lui, a renoncé à bénéficier d’une sécurité son départ de Matignon.

Pourquoi ces ministres s’accrochent-ils à cet avantage s’ils n’en ont plus besoin ? « Parce que c’est très confortable », observe Gilles Furigo. « Vous bénéficiez d’un véhicule, d’un chauffeur, d’un officier de sécurité. Si vous prenez l’avion, il prendra contact avec la police aux frontières et vous n’aurez pas besoin d’arriver deux heures avant à l’aéroport. Pour des raisons de sécurité, il faut éviter que la personnalité protégée soit trop longtemps dans la foule. Donc vous arrivez juste à temps pour monter dans l’avion. Quand un service de police demande qu’on enlève ça à quelqu’un, cette personne contacte l’Intérieur ou le président pour tenter de conserver cet avantage. »

« La pointe de l’iceberg »

Linda Kebbab, secrétaire nationale du syndicat de police Un1té, juge également positivement cette annonce. « Cela va donner de l’air à nos collègues employés pour ce type de mission », estime-t-elle auprès de 20 Minutes. « Il y a eu une augmentation, depuis environ dix ans et la vague d’attentats terroristes, des demandes de sécurisation de personnalités. Or, le SDLP n’a pas été renforcé significativement. Conséquences : on a des collègues qui ont cumulé plus de 10.000 heures supplémentaires ! »

Mais les anciens Premiers ministres et ministres de l’Intérieur qui bénéficient de ce service ne sont « en réalité que la pointe de l’iceberg », remarque Linda Kebbab. Et la syndicaliste de conclure : « Il y a beaucoup d’autres personnalités qui ne sont pas à risque qui en profitent. C’est très chronophage et cela mobilise beaucoup d’effectifs. Des policiers qui travaillent jusqu’à pas d’heure alors que ce n’est pas justifié. Et qui ne sont pas toujours bien traités par ces personnalités qui oublient parfois qu’il s’agit dès d’un service public payé par le contribuable. »

* « Les Gorilles de la République », une histoire du service de protection des hautes personnalités, de Gilles Furigo, éditions Mareuil, 18 euros



2025-09-16 16:20:13

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