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Javier Milei pourrait-il être élu en France ? On ne le saura jamais. Mais l’homme à la tronçonneuse semble trouver ses adeptes dans l’Hexagone. Après Éric Ciotti, nouveau maire de Nice, qui avait confié vouloir s’inspirer de sa politique (tronçonneuse à proximité), plus récemment, ce sont David Lisnard, maire de Cannes et candidat à la présidentielle, et Guillaume Kasbarian, ancien ministre macroniste qui se revendique, plus ou moins directement, de la même ligne politique.
Une ligne qui reste assez floue pour beaucoup de Français. Javier Milei fait du bruit, il est considéré comme un « Trump de la Pampa », ses premiers résultats font débat. Mais un équivalent existe-t-il en France et aurait-il une chance à la présidentielle de 2027 ?
Supprimer l’Etat sauf pour la justice, la police et l’armée
Pour Romain Dominati, c’est tout à fait possible. Ce Français qui a vécu sept ans en Argentine, jusqu’à toujours y détenir un hôtel, a cofondé « Les Miléistes français », un groupe qui tente de diffuser la politique du président argentin dans nos contrées. « Je pense qu’il y a de plus en plus de gens qui en ont marre et qui sont sensibles à nos idées », estime-t-il.
Des idées qu’il faut définir. « C’est un anarcho-capitaliste, ou un libertarien. Il n’est pas de ceux qui s’enterrent dans des bouquins et qui restent toujours dans la théorie. Il veut essayer de réduire la sphère d’action de l’État à son strict minimum, souligne Romain Dominati. Pour résumer, c’est seulement garantir la sécurité intérieure et extérieure. Entendez : la justice, la police et l’armée. » Sur le plan économique, il défend « la liberté totale pour chacun », de même que « pour les mœurs », le tout dans une grande radicalité, dans le fond comme dans la forme.
Un courant ultralibéral… et ultraconservateur
Une dernière donnée contredite par David Copello, maître de conférences en science politique à l’Institut catholique de Paris et spécialiste de l’Amérique latine et de l’Argentine contacté par 20 Minutes : « Javier Milei se revendique ouvertement du paléo-libertarianisme qui est un courant ultraconservateur sur le plan social. » Pour résumer, toutes les questions liées au genre, à la sexualité, à l’avortement ou à l’immigration sont totalement rejetées. « Sur les valeurs morales, Javier Milei se place très clairement à l’extrême droite », précise David Copello.
Sur le plan économique, « c’est de l’ultralibéralisme ». Le spécialiste sépare toutefois le programme de gouvernement du président argentin de la pratique : « Dans la réalité, c’est un peu plus compliqué. La pratique du pouvoir par Milei, c’est un gouvernement qui s’appuie sur l’État, sur les outils classiques de la politique, au service d’une cause ultralibérale. Mais il n’a pas supprimé la banque centrale ou dollarisé l’économie comme il le promettait par exemple. » Selon Romain Dominati, cela s’explique par un certain « pragmatisme » : « Il sait bien qu’il ne va pas sombrer dans l’utopie du jour au lendemain. »
« Un mode de gouvernement qui a des tendances très autoritaires »
Surtout, Javier Milei ne dispose pas d’un appareil politique de grandes envergures, ce qui l’oblige à nouer et dénouer des alliances de circonstances avec les partis de centre et de droite argentins. Un positionnement qu’il partage avec Emmanuel Macron. Ce n’est pas le seul d’ailleurs. Le président argentin ne gouverne qu’avec cercle très restreint autour de lui et ses fidèles, à l’exception de sa sœur Karina et de son conseiller Santiago Caputo, peuvent se trouver répudiés très rapidement. Il pratique également le « darwinisme institutionnel » qui consiste à laisser ses proches se déchirer sans intervenir pour voir qui en sortira vainqueur.
« C’est quand même un mode de gouvernement qui a des tendances très autoritaires », commente David Copello qui cite en exemple les restrictions au droit de manifester, les coupes dans le droit du travail ou les traitements réservés aux opposants et aux journalistes. Dans le classement de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse, l’Argentine a dégringolé de la 40e à la 66e place en un an de gouvernance Milei.
Sarah Knafo ou Éric Zemmour en Milei français ?
Des paramètres qui n’empêcheraient pas la ligne politique de Milei d’émerger en France selon Romain Dominati. « L’Argentine était un pays totalement sclérosé par la bureaucratie et les normes. Nous sommes le pays le plus collectiviste du monde. Et il y a de plus en plus de gens qui bossent notamment, mais aussi des jeunes retraités, qui en ont ras le bol de payer pour tout et tout le monde dans un système qui ne fonctionne plus comme il devrait. Donc oui, je pense que ces idées peuvent être transposées en France. »
Si personne en France ne peut se comparer à Javier Milei selon Romain Dominati, il voit tout de même certains s’en approcher « sur le plan économique et la radicalité : David Lisnard, Guillaume Kasbarian ou même Christelle Morançais ». « Mais celle qui s’en rapprocherait le plus serait sans doute Sarah Knafo », explique-t-il.
Dans un style sans doute plus sobre que Javier Milei. La brutalité montrée par le président argentin dans le fond comme dans la forme ne serait peut-être pas acceptée de la même manière en France. « Le discours moyen en Argentine est quand même plus vulgaire, plus chargé d’émotions, plus dans le spectacle aussi. Son côté rockeur ne passerait pas de la même manière ici », concède le miléiste français. Une donne qui pourrait changer tant la fenêtre d’Overton semble s’ouvrir toujours plus en France.
Toutefois, il s’agit d’un style qu’essaient de s’approprier les politiques français, analyse David Copello : « Ils tendent à tenter la provocation pour sortir du lot. Lisnard avec sa déchiqueteuse à papier, Ciotti avait repris l’image de la tronçonneuse, je crois que même Valérie Pécresse avait parlé de couper dans les budgets à la hache. On reste tout de même sur des profils beaucoup moins « outsiders » que Milei. »
« Pas sûr que les Français accepteraient cela »
De plus, ils se distinguent de l’Argentin, relativement novice et méconnu avant son élection en tant que député en 2021, deux ans avant d’accéder à la présidence, par un parcours politique déjà riche. « C’est donc difficile de jouer la carte de l’anti-système, commente David Copello, si je devais citer nom tout de même, je pense qu’en termes de radicalité et de programme politique, le plus proche est Éric Zemmour. »
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« Appliquer le programme de Milei en France aurait des conséquences encore plus drastiques qu’en Argentine. Les Français ne connaissent sans doute pas la réalité d’un Milei au pouvoir. Les coupes dans les retraites, le chômage, la Sécurité sociale, l’enseignement, ce serait un raz-de-marée en termes de transformation économique et sociale. Pas sûr que les Français accepteraient cela. La société argentine est très différente. Le taux d’emploi informel [travail au noir] y atteint les 40 %, il y a un système de retraite mais il est tout de même fréquent de travailler jusqu’à 80 ans et plus. L’impact est donc perçu différemment qu’il pourrait être dans un Etat-providence comme la France. »
2026-04-19 07:02:36
