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Des années que vous prétendez débattre avec votre gros matou platon ? Que vous vous fatiguez à décrypter les grognements aigus de votre border collie au contact de la boulangère ? Peut-être allez-vous enfin savoir ce qu’ils tentent vraiment de vous dire. Alors que plus de la moitié de la population française vit aujourd’hui avec un animal de compagnie, les recherches destinées à trouver des moyens de communiquer avec nos animaux domestiques s’intensifient. Escroquerie selon certains, innovation révolutionnaire pour d’autres : où en sommes-nous réellement dans le décryptage de leur langage?
Décoder leurs sons
Des chercheurs de l’Université du Texas planchent sur un traducteur capable de décoder les aboiements. En recensant les grognements, gémissements et autres sons émis par les canidés, ils affirment avoir détecté des syllabes qui, mises bout à bout, forment l’équivalent de mots, ce qui suggérerait un vocabulaire utilisé par les chiens. «Il y a des corrélations entre les activités du chien et la prononciation d’un mot avant, pendant et après », soutient Kenny Zhu, à la tête du projet.
« En identifiant certains sons qui se répètent, les chercheurs pensent avoir isolé des termes comme « cage » ou « laisse ».»
En identifiant ainsi certains sons qui se répètent dans des contextes précis, son équipe pense avoir isolé des termes comme « cage » ou «laisse ». Mais le chercheur, spécialisé dans le langage animal, demeure toutefois prudent sur une compréhension complète de ces vocalisations. « Notre objectif est de prouver que les chiens ont un langage, peut-être pas aussi sophistiqué que celui des humains, mais avec des caractéristiques linguistiques que nous pouvons déchiffrer», explique-t-il. L’ambition ? Étendre ses découvertes à d’autres espèces comme les chats ou les animaux de la ferme.
Comprendre mieux les animaux
Le géant chinois de la tech Baidu, spécialisé dans l’intelligence artificielle, vient quant à lui de breveter une technologie innovante destinée à mieux comprendre les états émotionnels des chiens et des chats. Pas question cette fois de traduire mot à mot, mais d’analyser leurs sons, leurs gestes, leur rythme cardiaque ou encore leur température corporelle à travers des colliers connectés, par exemple, pour aboutir à des messages tels que « je veux sortir » ou « je suis anxieux » transmis au maître via une application.
L’IA comme traducteur
«Le point commun à toutes ces initiatives, c’est l’IA, qui est un accélérateur incroyable!, souligne Olivier Adam, chercheur en bioacoustique à l’Université Paris-6. On peut collecter plus de données en enregistrant les animaux non-stop, plus rapidement, et entrer dans les détails de manière très précise.» À l’oreille, les vocalisations animales peuvent en effet être trompeuses. Les nouvelles technologies d’analyse acoustique permettent ainsi d’éviter les mauvaises interprétations. Quant aux expressions faciales, aux contractions musculaires ou aux postures, elles sont désormais elles aussi déchiffrées par l’intelligence artificielle. « Pour les comprendre, on a besoin d’analyser le son mais aussi le comportement, complète Sarah Jeannin, psychologue clinicienne et docteure en éthologie (science du comportement animal). C’est le travail des éthologues, mais en tant qu’humains nous avons des failles, on ne peut pas tout voir. L’IA permet d’affiner ce décryptage.»
Si les acteurs de la Silicon Valley misent tout sur ces nouveaux outils pour enfin décoder le langage animal, la clé est néanmoins ailleurs. «C’est une innovation formidable, mais, une fois les données traitées, il faut analyser et interpréter, avertit Olivier Adam. La réponse ne viendra pas de l’informatique seule.» Pour l’instant, les experts animaliers euxmêmes n’ont pas réussi à percer les secrets du dialecte de nos précieux amis. Comprendre qu’un chat est angoissé ou qu’un hamster a peur est une chose, analyser les sons qu’ils émettent en est une autre. «On parvient à traduire des langues humaines très distinctes parce que nous partageons le même système sensoriel et perceptif, clarifie Anna Marczyk-Buklaha, linguiste et enseignante-chercheuse en sciences du langage à l’Université de Toulouse. Or les animaux ne fonctionnent pas comme nous. Il ne s’agit donc pas de traduire une langue cachée, mais de comprendre des systèmes de communication fondamentalement différents.»
Une communication à bon entendeur
Ainsi l’odorat est-il un sens indispensable dans la communication animale, alors qu’il intervient peu chez l’être humain. Votre chien renifle peut-être son congénère pour le saluer, à défaut de lui aboyer l’équivalent du mot «bonjour». Ce décalage rend la compréhension de nos animaux de compagnie difficile, voire impossible selon certains spécialistes. «On ne pourra pas savoir à quoi pense un animal ou ce qu’il souhaite avec précision, juge Sarah Jeannin. Comprendre qu’il réclame de l’attention ou de la nourriture, oui, mais ça ne sera jamais votre chat qui vous dira qu’il vous aime.»
« Les chats miaulent surtout à l’attention des humains et beaucoup moins entre eux. » Anna Marczyk-Buklaha, linguiste
Pour Anna Marczyk-Buklaha, il est donc inexact de parler de langage. «Les miaulements, aboiements ou gazouillis ne sont pas l’équivalent de nos mots, même si l’analogie est tentante, insiste l’universitaire spécialisée. Il existe des formes de communication très structurées au sein de certaines espèces, mais de manière limitée et dans des contextes précis. On ne peut pas parler de dialogue au sens humain et abstrait du terme.»
Une application en guise de communication
Tous s’accordent cependant sur un accès à la communication animale à plus ou moins court terme. Pas via un Google Translate mot à mot, donc, mais plutôt grâce à un outil qui interpréterait pour nous les comportements de nos fidèles compagnons. «Ça pourrait être une application sur laquelle les particuliers enverraient des vidéos de leurs animaux, imagine Sarah Jeannin. À partir d’une base de données fiable, l’outil analyserait en temps réel les sons et les postures de l’animal pour aboutir à une interprétation. Par exemple : votre lapin est anxieux ou votre chat ne veut pas être caressé.» Pour qu’une telle appli grandeur nature voie le jour, le chemin est encore long. «La technologie est déjà disponible, donc c’est réalisable, mais nous avons besoin de plus d’experts en communication animale pour effectuer le travail de terrain nécessaire. Moins d’informatique, moins d’IA, plus de science », résume Federico Rossano, chercheur en sciences cognitives à l’Université de Californie.
Reste à déterminer l’intérêt derrière ces technologies émergentes. À défaut de partager un même langage, les propriétaires communiquent déjà très bien au quotidien avec leur compagnon à quatre pattes, que ce soit par des gestes, le ton de la voix ou le regard. «Quant aux animaux, ils ont aussi développé des codes à notre intention. Par exemple, les chats miaulent surtout à l’attention des humains et beaucoup moins entre eux. On peut dire que c’est une communication coconstruite au fil de la cohabitation! » conclut Anna Marczyk-Buklaha. Être attentif à son animal demeure encore le meilleur moyen de le comprendre, même si ce qu’il baragouine vous rend chèvre.
2026-02-14 19:30:00
