lundi, mars 23, 2026
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Le sexe d’entretien, une « autre façon de nommer le devoir conjugal » pour la sexologue Céline Causse


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« Vous ne pouvez pas dire “Je suis fatiguée” ou “J’ai mal à la tête”, non. Faites un effort pour l’équipe, cela représente cinq à dix minutes de votre vie. » En 2021, Caprice Bourret s’exprimait sur le succès de son mariage dans les colonnes du magazine « Ok ! », faisant auprès des femmes la promotion de ce que certains appellent le « sexe d’entretien ». Selon l’actrice et mannequin américaine, cet « effort » serait la clé d’une relation hétérosexuelle durable : « Les hommes sont des créatures simples – vous les nourrissez, leur faites des compliments et leur offrez du sexe, et ils sont heureux. »

L’idée de maintenir une activité sexuelle régulière pour préserver son couple est répandue. Dans un article publié cet été dans le hors-série de « Les Inrockuptibles », Hannah, 41 ans, confie à la journaliste et écrivaine Camille Emmanuelle en avoir fait un objectif : « En 2024, j’ai pris une seule résolution : faire plus l’amour avec mon mari. Cela m’a demandé un peu d’efforts, mais je m’y suis tenue. C’est mieux. Je suis moins paresseuse. »

Cette forme d’hygiène sexuelle est même parfois encouragée par des thérapeutes comme la conseillère conjugale Laura How qui, sur YouTube, donne sa définition du « maintenance sex » : « C’est le fait d’avoir des relations sexuelles avec un partenaire monogame de longue date que l’on aime, dans le but de renforcer la relation et d’améliorer l’intimité, même lorsque vous n’êtes pas d’humeur. »

Alors que les plaies ouvertes par les viols de Mazan n’ont pas encore cicatrisé, peut-on réellement faire de la sexualité un secret de longévité conjugale ? Où se situe la limite entre devoir et investissement ? Nous avons posé la question au médecin sexologue Céline Causse, auteure de « La sexualité féminine/masculine dans tous ses ébats » (Fayard).

ELLE. En tant que sexologue, que pensez-vous du « sexe d’entretien » ?

Céline Causse. Il est à l’opposé de ce que représente la sexualité, c’est-à-dire qu’elle devient non plus un plaisir mais une obligation. Or, toutes les études le montrent, la qualité de la vie sexuelle n’est pas liée à la fréquence, mais à la satisfaction. Et personne ne se satisfait de cinq minutes de sexe quotidien, les hommes comme les femmes. La majorité des femmes ne peuvent pas avoir d’orgasme aussi rapidement lors d’un rapport pénétratif. Les hommes n’en tirent pas de plaisir non plus. D’ailleurs, aujourd’hui, beaucoup préfèrent se masturber devant de la pornographie plutôt que d’avoir ce type de rapport expéditif.

ELLE. Certains soutiennent que s’obliger à avoir des rapports sexuels réguliers permettrait de relancer la libido…

C. C. La libido dépend de nombreux facteurs et ne peut pas se contrôler en jouant sur un seul d’entre eux. Il ne s’agit pas d’une question de volonté. En revanche, il est essentiel de bien se connaître et de savoir ce qui peut provoquer le désir chez soi. On distingue deux types de désir : spontané et réactif. Chez les femmes, il est le plus souvent réactif : il se déclenche à partir du toucher, de gestes de tendresse, d’un sentiment de connexion émotionnelle… Il faut donc parfois accepter un premier rapprochement des corps pour que le désir apparaisse. Mais il y a une différence fondamentale entre créer un contexte favorable et se forcer à avoir des rapports quand on n’en a pas envie. Cette distinction exige que les deux partenaires soient sensibilisés à la notion de consentement. Si le désir ne monte pas et que la femme s’oblige malgré tout à aller au bout de l’acte sexuel pour ne pas frustrer son compagnon, cela peut entraîner une perte totale de libido sur le long terme. Ce qui est normal, puisque le désir naît du plaisir.

Lire aussi >  Libido dans le couple : une sexologue décrypte les préjugés les plus courants

ELLE. Un autre argument en faveur du « sexe d’entretien » repose sur l’idée d’hygiène.

C.C. Certains peuvent en effet penser que la sexualité permettrait d’entretenir « la machine », de vérifier que tout fonctionne correctement. Il faut savoir que l’entretien du pénis se fait naturellement grâce aux érections nocturnes, qui permettent notamment une bonne oxygénation de l’organe. Les femmes, quant à elles, n’ont pas besoin de « sexe hygiénique », puisque leur vagin est autonettoyant. Il est bon de rappeler qu’il ne nécessite d’ailleurs ni douches vaginales, ni aucune autre pratique similaire.

ELLE. L’absence de sexualité peut-elle nuire au couple ?

C. C. C’est une idée reçue. Il existe des tas de couples qui se portent très bien sans avoir de rapports sexuels, et d’autres avec une sexualité débordante qui sont pourtant dans le conflit permanent. Ce stéréotype est nourri par notre société de la performance, où quantité et qualité sont devenues synonymes. La valeur d’une personne se mesure à ses réalisations : il faut sans cesse être plus actif, consommer plus… Parler de « sexe d’entretien » revient à simplifier la sexualité pour en faire un bien de consommation. En réalité, les êtres humains ont surtout besoin de connexion émotionnelle. Elle peut effectivement passer par la sexualité, mais pas seulement. Ce que j’observe, c’est que les hommes affirmant avoir besoin de sexualité dans leur couple cherchent souvent, avant tout, de la tendresse. Leur demande est plus affective que sexuelle. Mais comme ils ont généralement du mal à exprimer leurs émotions, ce besoin se manifeste spontanément par le sexe, car c’est ce qu’ils connaissent et ce qu’ils valorisent.

ELLE. Le « sexe d’entretien » est-il un concept patriarcal ?

C.C. Il peut être une manière de rassurer les hommes sur leur valeur, qui se mesure à leur activité sexuelle. On le voit avec la notion de «  bodycount » : plus un homme a de relations sexuelles, plus il est perçu comme viril. Ce type d’expression s’inscrit dans ce que Manon Garcia, en reprenant les propos de la psychologue néo-zélandaise Nicola Gavey, appelle l’échafaudage de la culture du viol. Il repose sur trois mythes principaux : que les hommes veulent du sexe et non de l’amour, que les femmes recherchent des relations monogames stables et non des rapports sexuels – sauf pour obtenir ces relations – et que le sexe se définit uniquement par la pénétration d’un vagin par un pénis. Le concept de « sexe d’entretien » regroupe ces trois éléments. C’est une autre manière de nommer le devoir conjugal.

ELLE. Quel serait alors le véritable ciment du couple ?

C. C. Les couples satisfaits sont d’abord des couples qui communiquent très bien. Il ne s’agit pas seulement du temps passé à avoir des rapports sexuels, mais surtout de la capacité à en parler librement. Cela implique de pouvoir exprimer ses insatisfactions, ses blocages, ses inhibitions, ses envies, et surtout d’être entendu sans faire face à une attitude défensive. Il me semble également essentiel de ralentir le rythme. Le plus grand ennemi du couple, aujourd’hui, c’est le manque de temps partagé et d’investissement dans sa relation. Comment voulez-vous que votre couple aille bien si vous ne lui consacrez que quelques minutes par semaine ? En résumé, il ne s’agit pas de faire l’amour plus souvent, mais mieux.



2025-08-21 18:02:00

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