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La torréfaction artisanale s’invite à Martel avec la brûlerie Goupil. Parti du Pas-de-Calais, un couple de trentenaires y torréfie désormais cafés et thés du monde, mêlant passion, voyage et savoir-faire local.
Au cœur de la boutique, un immense torréfacteur trône fièrement. Les arômes de café mêlés aux notes délicates du thé et des épices embaument la pièce. Autour, le bois domine : meubles, comptoirs, tables… Dans la brûlerie Goupil, nichée dans le centre historique de Martel, rien n’a été laissé au hasard. À l’origine de ce commerce, un couple de trentenaires arrivés tout droit du Pas-de-Calais pour réaliser un rêve longuement mûri : sélectionner et torréfier du café pour le proposer aux habitants comme aux touristes de passage.
« Nolwenn et moi, on ne se sentait pas très bien dans le Nord… »
« Dans ma famille, on est originaire du Nord de la France depuis au moins 500 ans et avec Nolwenn, on n’a jamais trop bougé », sourit Aurélien Caux. Pour cet éducateur spécialisé de formation, l’envie de découvrir la France germe alors. « J’ai travaillé en tant que travailleur social surtout dans le secteur du handicap, mental et physique. Et puis, après le Covid, comme beaucoup de monde, je me suis posé des questions. J’ai voulu me réorienter vers un métier un peu plus léger », retrace le trentenaire.

Il revient alors vers un emploi qu’il a effectué lorsqu’il était étudiant dans une maison de café. « L’entreprise était en pleine expansion et ils avaient besoin de quelqu’un », se remémore Aurélien Caux. Il commence en tant que vendeur, effectue des formations puis, rapidement, il gravit les échelons. « On ne se lance pas dans la cuisson du café, sinon on la rate et on se fait engueuler. À la fin, j’étais chef d’équipe et torréfacteur : je faisais la sélection, l’importation et la cuisson sur place », livre-t-il, grand sourire aux lèvres.
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Pendant six ou sept ans, alors qu’il travaille à Arras, son rêve se dessine. « Nolwenn et moi, on ne se sentait pas très bien dans le Nord : on avait besoin de bouger, d’avoir accès à la nature… », reprend Aurélien Caux. À ses côtés, sa compagne le complète : « On a toujours eu ce besoin de voyager, de sortir un peu, de découvrir notre pays. » Ils se lancent alors plusieurs défis comme traverser la Bretagne à pied. « Je lui ai dit que je voulais bien l’emmener en vacances mais je n’avais pas le permis et pas d’argent », s’amuse le trentenaire. Puis, le couple voit plus grand et s’engage dans une traversée de la France, de Montpellier à Arras à pied. Jusqu’à la rencontre qui va tout changer, au cœur de la Drôme. « On a échangé avec un couple de torréfacteurs, assez âgé, qui s’apprêtait à partir à la retraite. C’est la première fois qu’on s’est dit pourquoi pas… », se souvient Aurélien Caux.
« Je me suis dit : Martel, il y a un train à vapeur, c’est stylé… »
À leur retour, ils se plongent dans le projet. Aurélien, « passionné de géographie », commence à s’intéresser aux villes de plus de 5 000 habitants, situées en Bretagne, dans le Sud-Ouest et en Bourgogne. Sur un tableau Excel, il les répertorie une à une. « On a fait un travail qu’aujourd’hui ChatGPT ferait en moins de cinq minutes », s’amuse le trentenaire. Jusqu’au jour où il choisit de troquer l’ordinateur pour se rendre directement sur place. « J’ai acheté un camion avec mes économies, que j’ai retapé le week-end. Puis je suis allé voir mon employeur et je lui ai dit que j’avais envie de partir. Il m’a alors accordé un congé sans solde », lâche Aurélien.
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Un périple de trois mois lors duquel ils contournent Martel mais ne s’y arrêtent pas. « On s’est rendu compte qu’au-delà d’une certaine taille, généralement autour de 10 000 habitants, un centre commercial arrive et phagocyte le commerce de centre-ville », analyse le torréfacteur. C’est finalement au détour de plusieurs discussions, à la fois avec leurs amis d’enfance qui résident à Crégols et avec un ancien client martelais, que le déclic arrive. « Là, c’était vraiment au pifomètre. Je me suis dit : Martel, il y a un train à vapeur, c’est stylé, on va voir. J’ai gardé cette idée-là et j’ai fait un plan économique dessus », souligne celui qui a pu bénéficier de l’aide de son père, comptable.
« Le lendemain, j’ai démissionné… »
Aurélien Caux appelle Cauvaldor Expansion pour présenter son projet et là, tout s’enchaîne. En quelques minutes, un local lui est proposé à Martel. Sans même connaître le village, celui qui n’avait plus que son rêve en tête fonce. « Le lendemain, j’ai démissionné. J’avais déjà posé mon préavis pour mon logement, parce que j’en avais marre. Je me suis dit : quoi qu’il se passe, j’en ai marre de vivre à Arras », reprend le trentenaire qui s’est rendu à Martel trois jours avant de déposer son dossier. À la découverte de ce charmant local aux poutres apparentes, le coup de cœur se confirme.

Depuis novembre 2025, lui et sa compagne Nolwenn proposent du café de Colombie ou encore d’Éthiopie, plusieurs sortes de thé mais également des épices. « Le café, c’est un peu comme le vin : quelle qualité, quel terroir, quelle géographie, quel cépage ? », résume Aurélien Caux. C’est lui qui choisit son café et qui le torréfie lui-même au cœur de la boutique, à la vue de tous. « C’est ni plus ni moins qu’un grand tambour qui tourne continuellement sur lui-même pour brasser le café, avec en dessous une ligne de brûleurs à gaz qui chauffe le tout », illustre-t-il.
La boutique a déjà séduit les Martelais qui tentent de venir acheter quelques grains, y compris lorsqu’ils sont fermés. Pour Aurélien et Nolwenn, c’est un pari réussi. Cerise sur le gâteau : ils espèrent que les parents du trentenaire pourront prochainement les rejoindre.
2026-06-14 15:02:03
