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« Tu mérites mieux », « regarde dans quel état tu te trouves », « tu devrais rompre »… Combien de fois avez-vous prononcé ces phrases face aux larmes de votre amie malheureuse dans son couple ? Peut-être est-ce même à vous que l’on a prodigué ces conseils, alors que vous racontiez votre dernière dispute avec votre partenaire ?
Pourtant, malgré la souffrance, il reste parfois difficile de franchir le pas de la séparation. Pourquoi restons-nous dans des relations dysfonctionnelles ? Quels mécanismes nous poussent à nous accrocher à des histoires toxiques ? Comment se libérer de ces chaînes invisibles ? Sabrina Leroy, sexologue clinicienne, psychopraticienne et thérapeute de couple, nous éclaire.
La réponse de l’experte
« Dans ma pratique, j’accompagne régulièrement des patients qui se reprochent de ne pas réussir à partir. Mais rester dans une relation insatisfaisante n’est ni une faute, ni un signe de faiblesse : des pièges neurologiques et psychologiques complexes sont à l’œuvre. Comprendre ces schémas inconscients est essentiel pour avancer.
L’intermittence affective
Le premier phénomène qui nous maintient dans des relations douloureuses est ce que je nomme “l’intermittence affective”. Il s’agit d’un conditionnement psychologique qui conduit les individus à préférer recevoir des récompenses imprévisibles et irrégulières plutôt que constantes. Ce piège neurologique crée peu à peu une addiction puissante.
On l’observe par exemple pour les jeux d’argent. Prenons la loterie : on achète des tickets en rêvant du gros lot, et même si les gains sont rares, la simple possibilité d’une victoire nous persuade de persévérer. Le jour où l’on gagne, la décharge de dopamine est si intense qu’elle justifie, à nos yeux, toutes les pertes précédentes. Ce moment de joie imprévisible efface temporairement la frustration accumulée.
En amour, le même mécanisme peut se produire. Après des disputes, des trahisons ou des déceptions à répétition, on peut connaître un véritable épuisement émotionnel. Mais il suffit d’un geste tendre, d’un bouquet de fleurs ou d’un moment complice pour que le cerveau déclenche une euphorie qui gomme la douleur passée. Peu à peu, on devient dépendant de ces montagnes russes émotionnelles, au point, parfois, de trouver les relations stables ennuyeuses.
Les peurs et les croyances limitantes
Les peurs et les croyances limitantes jouent également un rôle majeur. Ces croyances, souvent héritées de l’enfance, s’expriment à travers des pensées telles que : “je ne mérite pas mieux” ou “je ne retrouverai jamais quelqu’un qui m’aimera autant.”
Les peurs les plus courantes sont celles du rejet et de l’abandon. Mais derrière elles se cache souvent une peur plus profonde : celle de l’incertitude. Elle réveille une insécurité qui nous pousse à tout faire pour ne pas perdre notre objet d’amour, par crainte de ne pas savoir être heureux seuls. On préfère alors un malheur familier à un bonheur incertain.
Cette peur est souvent nourrie par une faible estime de soi et par des projections qui bloquent le passage à l’acte : la solitude, le vide émotionnel, le manque… Pourtant, lorsque l’on prend un peu de recul, on réalise que les scénarios catastrophes redoutés, comme ne pas se remettre de la rupture, ont peu de chances de se réaliser.
Les conflits de loyauté et les inversions psychologiques
Il arrive que l’on s’accroche à une relation toxique par conflit de loyauté, qui se traduit par des justifications telles que “je ne peux pas le quitter, il a besoin de moi”. On peut rapprocher ce mécanisme du “ syndrome de l’infirmière”, c’est-à-dire le besoin de sauver l’autre. Certaines personnes, notamment celles à haut potentiel intellectuel qui aiment régler les problèmes, peuvent également ressentir ce désir d’aider ou de changer l’autre. De manière générale, l’espoir de réparation conduit à rester dans des relations compliquées.
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Les inversions psychologiques, quant à elles, reposent sur des loyautés invisibles ou des scripts de vie. C’est, par exemple, le cas lorsque nos parents sont toujours ensemble malgré les conflits et la souffrance. On pense alors : “Je ne peux pas partir de ma relation, sinon je serai indigne du modèle dont j’ai hérité.” Même chose dans le cas de violences conjugales : “Si ma mère l’a supporté, alors moi aussi j’en suis capable.” Ces inversions psychologiques sont très puissantes parce qu’elles sont inconscientes. Pour s’en libérer, un travail thérapeutique est nécessaire.
Les styles d’attachement
Ces croyances et ces peurs découlent, en partie, de notre style d’attachement, et plus particulièrement des attachements insécures. Les anxieux restent dans des relations insatisfaisantes parce qu’ils placent leur sentiment de sécurité à l’extérieur d’eux-mêmes, c’est-à-dire dans l’autre, et craignent la solitude. Ils l’ont généralement connu avec des parents imprévisibles, alternant la fusion et le rejet. Cette inconsistance les conduit à rechercher sans cesse la validation de l’autre et à s’accrocher par peur de l’abandon.
Les évitants mettent en place un bouclier émotionnel qui les déconnecte de leurs émotions. Ils vont avoir tendance à rationaliser car ils peinent à se montrer vulnérable et à accepter leur mal-être. Ils peuvent ainsi mettre du temps à réaliser que leur relation n’est pas bonne pour eux.
Les personnes au style d’attachement désorganisé alternent souvent entre amour et haine. Elles reproduisent des schémas familiaux hérités de l’enfance : ayant grandi avec des parents abusifs qu’elles aimaient malgré tout, elles en viennent à intérioriser que l’amour peut être source de souffrance. Par conséquent, elles ont du mal à développer une stratégie d’attachement cohérente. En psychologie, on qualifie ces relations de chaotiques.
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Sortir d’une relation toxique
Pour réussir à quitter une relation qui fait souffrir, il est essentiel de comprendre les mécanismes qui nous retiennent. Est-ce la peur de la solitude ? L’impression que l’autre ne pourra pas s’en sortir sans nous ? Ce n’est qu’en identifiant ces motivations inconscientes que l’on peut entamer un véritable travail sur soi. L’accompagnement d’un thérapeute est recommandé, car il peut proposer des outils adaptés : hypnose, EMDR, TCC…
Agissez avant d’atteindre ce qu’on appelle le burn-out relationnel. Ce type d’épuisement ne laisse personne indemne : il marque profondément et peut rendre difficile toute nouvelle projection relationnelle, parfois pendant très longtemps. Protégez-vous, prêtez attention aux signaux d’alerte : l’amour n’est pas censé faire mal. »
2025-10-11 15:32:00
