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« J’ai mis beaucoup de temps à ranger définitivement les vêtements de mon petit dernier, Gaspard, qui vient d’avoir huit ans. Pendant plusieurs années, j’ai conservé presque religieusement quelques-uns de ses vêtements de naissance dans ma penderie. Ces bouts de tissus sont précieux : ils ont été portés par Gaspard et avant lui par Sarah (15 ans) et Mathieu (17 ans). J’avais besoin de les garder près de moi, parce que je savais que c’étaient les “derniers”. Après la naissance de Gaspard, avec mon mari nous avions décidé – un peu malgré nous – de ne plus avoir d’enfants.
Au bout d’un moment, face à l’incompréhension de mon mari qui n’en pouvait plus de voir ces fringues prendre la poussière sur une étagère, je me suis résolue à les remiser au grenier. Mais hors de question pour moi de donner les vestiges de ma dernière maternité. Encore moins, de les jeter. J’ai conservé précieusement ces vêtements dans une belle boîte, même les plus abîmés. Les habits de mes bébés, mais aussi les premiers jouets. Et le berceau aussi, dans lequel ont dormi mes trois enfants.
« Je serais toujours la mère de mes enfants, mais je n’en aurais plus jamais d’autres »
Avoir du mal à se séparer de leurs vêtements peut paraître futile, voire ridicule. Mais derrière la matérialité, il y a la symbolique : se défaire de ces petits bodys, c’est aussi « mettre au placard » d’une certaine façon ma maternité. C’est en faire le deuil. Je serais toujours la mère de mes enfants, mais je n’en aurais plus jamais d’autres. Et ça, ça a été très difficile à accepter.
Je crois que ce sentiment vient aussi de mon histoire familiale. Je suis la petite dernière d’une fratrie de six enfants et j’ai grandi entourée de nombreux cousins et cousines. J’ai eu la chance d’évoluer dans une famille très unie et j’ai toujours eu envie de reproduire ce modèle. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu avoir des enfants. Beaucoup d’enfants. Ce qui a légèrement fait peur à mon mari quand je le lui ai annoncé après notre rencontre, il y a plus de vingt-cinq ans, que j’en voulais au moins sept – pour battre le record de ma mère (rire).
Mais la vie a fait que nous avons mis du temps à “lancer la machine”. Nous nous sommes d’abord consacrés à notre vie professionnelle pour assurer une certaine stabilité à nos enfants.
Je suis tombé enceinte de mon premier, Mathieu, à 31 ans. Puis il y a eu Sarah deux ans plus tard. J’ai mis ma carrière de directrice commerciale entre parenthèses pour m’occuper d’eux, sans regret. Quand Sarah est entrée à la crèche, j’ai repris mon travail.
Si mes deux premières grossesses ont été simples, ce fut plus compliqué pour la troisième. J’ai fait plusieurs fausses couches, dont une à six mois de grossesse. Une épreuve terrible pour notre famille. Mais nous n’avons jamais renoncé à l’idée d’avoir un troisième enfant. Je tenais toujours à ma famille nombreuse !
« J’avais encore envie de revivre ces premières fois magiques »
Gaspard est finalement né il y a huit ans. Un bébé miracle, très désiré. Deux ans environ après sa naissance, nous avons voulu mettre en route le quatrième. J’avais 38 ans à l’époque. Nouvelle fausse couche. Ma gynécologue m’avait prévenue qu’une grossesse à mon âge, dite “gériatrique”, pouvait être plus compliquée. De nouveau, cela a été difficile.
Mon mari, lui, ne voulait plus revivre ce parcours douloureux. Pour lui, nous avions déjà trois enfants formidables. C’était suffisant. Et puis, il voyait aussi le côté “pratique” : nous étions presque sortis des couches, des biberons et des bébés qui finissent par dormir dans votre lit. C’était un peu “la fin du tunnel” de la puériculture pour lui. Je pense qu’il avait aussi peur de se relancer dans tout ça à son âge.
Moi, je n’arrivais pas à renoncer. J’avais encore envie de pouponner, de revivre ces premières fois si magiques : les premiers pas, les premiers mots, l’entrée à l’école… On en a beaucoup parlé. On a aussi réfléchi à l’adoption. Et je me suis finalement résignée. Il n’y aura pas de quatrième enfant. Je ne regrette pas ce choix, mais ça a été très compliqué de l’accepter.
« J’ai traversé une dépression »
J’ai dû faire le deuil de la maternité, de la grossesse et de la famille nombreuse que je n’aurais jamais. J’ai traversé une dépression. Mon mari et mes enfants ne comprenaient pas vraiment ma peine. J’ai fini par consulter une psychologue. Elle m’a expliqué que ce ressenti était assez fréquent. Ça m’a fait du bien. J’ai compris que derrière cette souffrance, il y avait aussi la peur de vieillir. Mes enfants grandissaient. Mon mari vieillissait, et moi aussi fatalement. D’autant que cette période coïncidait avec le décès de ma mère. Ce qui renforçait d’une certaine manière cette impression de “fin de cycle”.
Aujourd’hui, ça va beaucoup mieux. Notre vie à cinq est merveilleuse, et je ne l’échangerais pour rien au monde. C’est aussi plus pratique pour faire tenir tout ce petit monde dans une voiture cinq places (rire). Mais il m’arrive encore parfois de me demander ce qu’aurait été notre vie avec un quatrième bébé.
Cette année marque un tournant. Mathieu a 17 ans et vient d’entrer en terminale. L’an prochain, il quittera le nid pour ses études, pour vivre sa propre vie. J’appréhende un peu ce moment. Je ne promets pas de ne pas grimper au grenier pour caresser du regard leurs petits vêtements soigneusement conservés. »
2025-09-07 16:30:00
