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Jafar Panahi filme la banalité du mal


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Pardonner ? Oublier ? Se venger ? Condamner ? Se faire justice soi-même ? Les dilemmes vertigineux qui surgissent au beau milieu de la tyrannie traversent Un simple accident. Comment dépasser la haine accumulée, traiter le traumatisme, sans répondre à la violence par la violence ? Ce sont des questions que Jafar Panahi met en scène avec un humour aussi subtil que corrosif, fidèle à son souci d’injecter de la drôlerie là où tout semble interdire de sourire.

Un pitch en apparence simple ouvre à un large questionnement : Iran, aujourd’hui, un homme croit croiser son ancien tortionnaire, mais cet homme n’est plus qu’un père de famille ordinaire — on songe évidemment au concept développé par la philosophe Hannah Arendt, de la banalité du mal. Il nie avec véhémence avoir jamais été un bourreau. Le doute s’installe : est-ce bien lui ? Comment le confondre ? Voilà le film en route pour le savoir, qui va tenter d’emprunter la trajectoire vers la vérité, essayer de tirer cela au clair, par le détour de bifurcations imprévisibles, entre tension et absurdité.

« Je montre ce qui se passe »

Comme les autres œuvres (Taxi Téhéran, Aucun Ours…) du cinéaste insoumis, considéré par le régime des mollahs comme un contestataire à l’art trop libre, Un simple accident a été tourné clandestinement en Iran, malgré l’interdiction de filmer posée à Jafar Panahi, après qu’il a été emprisonné plusieurs mois et condamné. Le film porte ses cicatrices psychologiques, mais aussi la résilience qui en découle.

Chaque personnage du film propose une réponse différente à la question du sort du bourreau : le condamner, le pardonner, tourner la page ? « Ce film ne parle pas de vengeance », explique Jafar Panahi. « La vengeance, c’est la partie visible, le dessus du film. Mais l’important, c’est ce point d’interrogation : l’engrenage de la violence doit-il perdurer ? Ou faudra-t-il un jour l’arrêter ? »

Loin d’un manifeste politique frontal, car tout y est en creux, l’œuvre se présente comme d’abord social. « Je montre ce qui se passe. Je ne dis pas ce qui est bien ou mal. Personne n’est vraiment bon et personne n’est vraiment mauvais. Même le tortionnaire doit pouvoir prendre la parole et dire ce qu’il a à dire. » Cette égalité de regard, l’humaniste Panahi la revendique comme une exigence de cinéma. Car s’il critique le régime iranien comme citoyen, il refuse de confondre ses films avec ses colères : « Quand je deviens réalisateur, je laisse de côté mes propres idées. Mon rôle est de refléter une réalité crédible, pas de faire parler mes personnages pour moi. » Cette distance n’efface pas le fond politique : Un simple accident est bien une œuvre née « au cœur d’un régime, mais pour un futur dans lequel ce régime n’existerait plus ».

L’amour, arme décisive

Et puis, il y a l’humour. Comme une arme discrète, mais décisive. « Les Iraniens ont la plaisanterie facile, c’est dans notre culture. Le régime a tenté de faire disparaître nos fêtes joyeuses, de les remplacer par des fêtes religieuses. Mais il a échoué. Ces contradictions culturelles entrent forcément dans mes films. » Avec cet humour obstiné, mordant, le cinéaste iranien peut tenir en même temps à l’écart le ressentiment. Comme il refuse tout manichéisme et laisse chacun face à sa conscience. Ni oubli, ni vengeance, mais une tentative obstinée de lucidité, où l’humour même le plus noir tient lieu de respiration vitale et d’expression de rage et de contestation.

Un simple accident de Jafar Panahi, en salles dès ce mercredi 1er octobre. Durée : 1 h 42.



2025-10-01 05:30:00

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