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«Il faut séparer l’homme du politique… » C’est ce qu’on du se dire les électeurs qui ont réélu Edgard Moulin, à Saint-Ellier-les-Bois dans l’Orne le dimanche 15 mars malgré sa mise en examen pour viol, recours habituel à la prostitution de mineurs et détention d’images pédopornographiques. Comme lui, beaucoup de candidats qui ont affaire à la justice pour des affaires de mœurs ont réalisé de beaux scores au premier tour des élections municipales ce dimanche 15 mars.
C’est le cas de Laurent Brosse, maire sortant de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) qui est arrivé en tête au premier tour (33,18 %) malgré une condamnation à une peine de dix mois de prison avec sursis, assortie de deux ans de sursis probatoire, pour tentative d’agression sexuelle, violences et harcèlement sur son ex-conjointe par la Cour d’appel de Versailles en décembre dernier.
« Sur ma table, sur 200 enveloppes, 50 étaient des bulletins Brosse… J’étais sans voix »
Dans cette ville de plus de 36.000 habitants située à 25 kilomètres au nord-ouest de Paris, la candidature du maire divers droite (il a perdu le soutien du parti Horizons pour cette élection) divise les habitants. Assis devant le marché de la Fonderie ce mercredi, Alain, 71 printemps, dont 65 passés dans la « capitale de la batellerie », s’indigne : « Ce n’est pas normal, oui les gens disent que la vie privée est différente de la politique. Mais il n’a pas grillé un feu rouge là. Il doit montrer l’exemple. »
Il fait référence ici à une première condamnation de l’élu de 40 ans en octobre 2022 pour refus d’obtempérer et rébellion après un contrôle routier. « J’ai participé au dépouillement du bureau de Jules-Ferry. Sur ma table, sur 200 enveloppes, 50 étaient des bulletins Brosse… J’étais sans voix. » D’autant plus « scié » que tous les gens qu’il croise se disent choqués par leur maire. « Il semblerait que dans le secret de l’isoloir, la nature des gens se révèle » souffle-t-il.
Pendant qu’il nous parle, un autre homme s’approche. Lui aussi s’appelle Alain et salue chaleureusement son homonyme en lui tendant un flyer du comité de quartier Romagné-Renouveau dont il est membre. Lui aussi se dit scandalisé : « On ne peut pas ignorer de tels faits. Le maire est quand même officier de la police judiciaire. C’est même plus qu’un devoir d’exemple. Je ne comprends pas qu’on puisse se représenter après ça alors que plein de métiers requièrent un casier vierge. »
Une pétition pour demander son retrait
C’est la position de l’association Mouv’Enfants qui a lancé une pétition en ligne pour demander le retrait de Laurent Brosse et 15 autres pour des cas similaires qui ont déjà récolté plus de 150.000 signatures. « On ne peut que demander de l’exemplarité sur ces sujets de la part d’un élu quand on sait que près de 300.000 femmes sont victimes de violences chaque année », explique à 20 minutes Arnaud Gallais président de l’association. S’il a tenté de joindre par Laurent Brosse pour lui proposer de se saisir du sujet, comme un acte de repentance, il n’a eu pour seule réponse « qu’un blocage total sur les réseaux sociaux ».
« Son rôle est de protéger ses administrés. Comment lui faire confiance alors même qu’il a agressé sa propre compagne ! » Joséphine se balade avec une amie et ses enfants au parc municipal de la ville. Alors que nous lui parlons devant le club de tennis, un homme lui lance : « Il ne faut pas tout mélanger. C’est sa vie privée, il n’a pas d’inéligibilité », sans vouloir nous en dire plus. Joséphine rétorque sans attendre : « On ne parle pas d’un artisan, là. Il s’est engagé dans la vie publique, pour l’intérêt de tous. Il a l’obligation d’être irréprochable sur certaines questions. Si demain, il y a des affaires similaires dans la ville à gérer. Il va compatir peut-être ? Je ne comprends même pas comment les femmes de sa liste font pour se regarder dans une glace. »
Si les colistiers de Laurent Brosse n’ont pas souhaité nous répondre à ce sujet, l’une d’entre elles, sous anonymat, avait répondu à l’AFP après la condamnation du maire : « Pour les femmes de la liste spécifiquement, si nous avons choisi de le soutenir, c’est que nous avons complètement confiance. »
« Je n’ai plus l’impression d’être à ma place ici »
Une position qui indigne Manon Coléou, candidate LFI à la mairie de Conflans-Sainte-Honorine (7,81 %) à l’origine d’une opération « coup de poing » en janvier au cours d’un conseil municipal pour dénoncer le maire condamné : « Il parle de sécurité en permanence et veut mettre des caméras de vidéosurveillance partout. Mais à quel moment on se dit qu’une personne inscrite au Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes (Fijais) peut assurer la sécurité de ses administrés si ce n’est la culture du viol ? De plus, il nuit à l’image de la ville. »
C’est aussi l’avis de Mireille, 79 ans, qui revient de ses courses avec son caddie. Elle nous confie sa « honte » dans un sourire gêné : « Quand je vois ça. Je n’ai pas l’impression d’être représentée. Je ne comprends pas tous ceux qui votent pour lui. Après l’affaire de l’instituteur (Samuel Paty tué à Conflans-Sainte-Honorine en 2020) on devrait être vigilant sur la violence. Je n’ai plus l’impression d’être à ma place ici. »
Pour ses soutiens, la politique de la ville prime sur la vie privée
Bertrand fait partie des soutiens de Laurent Brosse. Attablé à une terrasse devant la Seine avec un ami, les deux compères encore en casques et cyclistes reviennent d’une sortie vélo. « Il a eu un moment de faiblesse, il paie sa dette à la société et basta. Le reste ça ne me regarde pas, je ne suis pas dans sa chambre à coucher et je ne veux pas y être. » Pour lui, la politique de la ville prime sur « la vie privée du maire ». « Moi je suis content de ce qu’il fait, c’est tout ce qui compte », ajoute-t-il en jetant un regard provocateur à son ami qui ne peut retenir une moue.
« On n’est pas d’accord » lui répond l’ami. Il s’explique : « J’ai voté pour lui en 2020. J’ai les mêmes idées politiques mais il y a des limites. J’ai des principes. J’ai voté blanc et je le referai dimanche. »
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Ce dimanche, Laurent Brosse sera opposé à deux candidats : L’écologiste Raphaël Prats (16,22 %), qui a fusionné sa liste avec les socialistes (13,33 %) et les macronistes (12,34 %), et la candidate du Rassemblement national, Emmanuelle Fortin (11,73 %).
Contacté par 20 Minutes, Laurent Brosse n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations.
*Les prénoms ont été modifiés
2026-03-19 14:14:21
