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Chloé, 14 ans, a été poignardée mercredi 6 mai alors qu’elle se rendait au collège de Fère-en-Tardenois, dans l’Aisne. Un homme de 23 ans, présenté comme son ex-petit ami, a été interpellé et a reconnu les faits. Ce meurtre met en lumière une réalité largement sous-estimée : les violences conjugales frappent massivement les adolescentes.
Chloé, 14 ans, est morte mercredi 6 mai tuée de plusieurs coups de couteau alors qu’elle se rendait au collège de Fère-en-Tardenois, une commune de 2 800 habitants située à une cinquantaine de kilomètres de Reims dans l’Aisne. D’après les informations recueillies par plusieurs médias, un suspect de 23 ans a été arrêté mercredi en fin de journée à 25 kilomètres du lieu du crime. Selon le procureur de la République d’Amiens, il pourrait s’agir d’un ex-petit ami de la victime. Il a été placé en garde à vue. Une enquête pour assassinat a été ouverte.
Il a reconnu les faits, a appris franceinfo de sources concordantes. D’après le parquet, l’homme de 23 ans est un majeur sans profession vivant chez ses parents. Selon plusieurs témoignages recueillis par « L’Union », le suspect entretenait une relation avec l’adolescente. Cette dernière l’aurait, selon le journal, récemment quitté. « Il lui avait envoyé des messages en lui disant « Si je te croise, je te tue » », a ainsi confié un collégien, ami d’enfance de la victime. Un témoignage corroboré par d’autres riverains.
Parler de « relation » entre un homme de 23 ans et une adolescente de 14 ans ne saurait masquer ce que le droit qualifie déjà. Depuis la loi du 21 avril 2021, un seuil de non-consentement est fixé à 15 ans : tout acte de pénétration sexuelle commis par un adulte sur un mineur en deçà de cet âge est automatiquement constitutif de viol, sans qu’il soit nécessaire d’établir la contrainte, la menace ou la surprise. En d’autres termes, aux yeux de la loi, cette « relation » ne pouvait en être une.
90 % des filles de 12 à 24 ans ont déjà été victimes de violences conjugales
Reste que le féminicide de Chloé projette une lumière crue sur les violences conjugales faites aux adolescentes. En 2021, la newsletter féministe « Les petites Glo » publiait une enquête réalisée avec l’association En avant toute(s) dont les résultats donnent la mesure du phénomène : plus de 90 % des filles de 12 à 24 ans ont déjà été victimes de violences conjugales.
Les meurtres conjugaux de jeunes filles « font toujours écho à cette notion de possession, de jalousie, ce « tu es à moi, tu ne sors qu’avec moi, tu ne danses qu’avec moi », très présent chez les adolescents », analyse Ernestine Ronai, pionnière de la lutte contre les féminicides et responsable de l’Observatoire départemental des violences envers les femmes de Seine-Saint-Denis, auprès de Mediapart en 2022 – cinq adolescentes avaient été tuées par leurs petits amis cette année-là en France.
Si les victimes de meurtres au sein du couple restent majoritairement âgées de 30 à 49 ans, les jeunes filles et femmes se déclarent toutefois davantage victimes de violences de la part de leur conjoint. La violence est d’abord psychologique pour la plupart d’entre elles, selon l’enquête des Petites Glo : 47 % des répondantes ont déjà été traitées de « pute », de « conne » ou de toute autre insulte au cours d’une relation ; et 46 % se sont déjà senties rabaissées par des attitudes ou des phrases méprisantes. 39 % des jeunes femmes hétérosexuelles affirment que leur partenaire a déjà obtenu d’elles des comportements qui ne leur ressemblaient pas (changer de style vestimentaire, consommer de la drogue, de l’alcool, couper les ponts avec leurs proches…).
Les jeunes filles sont les premières victimes, mais sont peu détectées
Plus grave encore : plus d’une fille sur deux s’est déjà sentie obligée d’avoir des relations sexuelles ou d’effectuer certaines pratiques par peur que son partenaire ne la quitte ou qu’il ne l’aime plus, soit 59 %. Ces violences sexuelles touchent aussi les LGBT : 38 % des filles s’identifiant comme homosexuelles et 64 % des bisexuelles ou pansexuelles ont répondu positivement à cette question. « […] Lors d’une soirée arrosée, on a commencé à faire l’amour, puis il est devenu incontrôlable, il m’a fait très mal, je me tordais de douleur, je pleurais… cela ne l’a pas empêché de continuer. Je me souviens avoir dit « non », lui avoir tapé sur l’épaule pour qu’il arrête…. Puis plus rien », témoigne par exemple Chloé, assistante d’éducation de 23 ans.
Car c’est là tout l’angle mort : les jeunes filles sont les premières victimes de tous types de violences sexistes et sexuelles, mais elles sont peu détectées. Le repérage de ces victimes est d’autant plus difficile que les jeunes n’identifient pas toujours les violences dont elles sont victimes, constate Ernestine Ronai. « On ne peut que progresser sur cette prévention des violences faites aux jeunes filles, mais on se heurte aux images de la société : la pornographie, l’idée de possession de l’autre véhiculée par les films où les jeunes filles n’ont plus de vie autonome… On n’en a pas fini », déplore Ernestine Ronai auprès de Mediapart.
2026-05-07 10:28:00
