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À un an de l’élection présidentielle, les candidatures et les prises de position se multiplient. Qui pourra bien incarner la force d’opposition au RN, qui reste le parti en tête de tous les sondages ? Luc Rouban, politologue, directeur de recherche au CNRS et chercheur au Cevipof, décrypte le paysage politique du moment.
À un an de l’élection présidentielle de 2027, le paysage politique français apparaît plus éclaté que jamais. Entre une gauche divisée, une droite en quête de ligne claire et un macronisme en voie d’effacement, les équilibres traditionnels semblent durablement bouleversés. Dans ce contexte marqué par les tensions institutionnelles, la poussée des extrêmes et la défiance croissante des Français envers leurs représentants, les grandes figures politiques tentent déjà de se positionner. Analyse avec Luc Rouban, politologue.
À un an de la présidentielle de 2027, comment décririez-vous l’état du paysage politique français ?
Luc Rouban : Il est très fragmenté, pour plusieurs raisons. Vous avez le fait qu’il y a maintenant deux gauches, une radicale et une socialiste modérée. Mais il y a aussi deux droites. Sans compter l’extrême droite, vous avez la droite LR et les centristes UDI qui ont toujours été les compagnons de route de la droite. Cette fragmentation est alimentée par la décomposition de l’électorat macroniste.
Cette fragmentation va-t-elle logiquement causer la multiplication des candidats ?
Oui et elle est directement liée à la faiblesse des partis qui sont incapables de produire et de définir en leur sein une réelle mobilisation autour d’une personnalité. Donc, vous avez toutes sortes de mouvements centrifuges. On le voit notamment à gauche avec Cazeneuve, Hollande, Glucksmann… La liste est longue.
Le morcellement de la gauche n’est pourtant pas une chose nouvelle…
Cela a commencé en 2022, avec une primaire complètement ratée à gauche. Et je dirais même que ça a débuté en 2002, quand Taubira a concurrencé Jospin, ce qui a permis à Jean-Marie Le Pen d’arriver au second tour. Mais, globalement, il y a une perte de contrôle générale des partis.
Le constat est-il le même à droite ?
C’est encore plus visible chez Les Républicains. Cela part un peu dans tous les sens, avec ceux qui sont pour le rapprochement avec le RN, ceux qui sont contre. Mais au fond, ce n’est pas lié aux partis, c’est plutôt lié à la pratique des institutions pendant l’ère du macronisme. Elle crée une profonde crise de la Ve République, pas en tant que Constitution, mais dans la pratique. Là, on est dans un blocage institutionnel : Sébastien Lecornu s’en sort parce qu’il est pratiquement « sous le contrôle » des socialistes.
Pourtant on parle du macronisme comme d’un courant en voie de disparition…
Le macronisme disparaît en tant que tel mais le blocage politique reste. Et les marges de manœuvre sont très faibles, quel que soit le candidat et quelles que soient les options politiques.
Édouard Philippe et Gabriel Attal ne sont-ils pas des produits du macronisme ?
Déjà, ils n’ont pas les mêmes personnalités et pas les mêmes orientations politiques. Attal, lui, se revendique comme l’héritier de Macron tout en le critiquant. C’est plus compliqué pour Philippe : il joue la carte d’association avec la droite. Il veut attirer les centristes et la droite pour ne pas être piégé par le RN.
Philippe entend mener une politique de droite notamment en assumant de couper les dépenses. C’est pour ça que ce n’est pas le successeur de Macron.
Les résultats d’un sondage Odoxa-La Dépêche-Public Sénat ont permis de constater un recul d’Édouard Philippe et une remontée de Jean-Luc Mélenchon, qu’en pensez-vous ?
Un facteur déterminant de nos jours est la très grosse demande chez les Français pour une moralisation réelle de la vie politique. C’est vraiment un point essentiel. Et le fait que Philippe se retrouve lui-même embarqué dans une histoire judiciaire, cela peut jouer. Sans réévoquer l’affaire Fillon en 2017, car ce n’est pas la même chose, ça jette quand même une ombre. Je pense que ça a pu jouer aussi dans cette remontée provisoire de Mélenchon.
Justement, Jean-Luc Mélenchon et LFI pourraient-ils tirer leur épingle du jeu ?
Il y a un paradoxe Mélenchon. On le répète souvent, il reste un très bon orateur, il est très cultivé et brillant. Mais depuis un certain temps, LFI est devenu le parti le plus détesté en France. Il a pris la place de l’ancien Front national. Il est considéré comme un danger pour la démocratie par certains mais en même temps, c’est le seul parti qui peut jouer sur le vote utile à gauche. Parce qu’au fond, c’est le seul parti qui puisse porter la gauche au pouvoir.
Mélenchon a une force politique derrière lui, tout en étant très contesté. Il a une cohérence dans son discours, qui est certes un peu radicale, mais il a une certaine logique et un vrai projet.
Et la place d’Emmanuel Macron dans tout ça, comment va-t-il aborder sa fin de « règne » ?
Je pense qu’il va laisser Attal se débrouiller. Puis il va sûrement se reconvertir dans les affaires… Il ne s’en cache presque pas d’ailleurs. On n’imagine pas Chirac ou Mitterrand faire ça mais au fond la philosophie profonde de Macron, c’est de considérer que la politique est un job comme un autre.
2026-06-01 04:37:42
