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Éducation. Comment les profs utilisent déjà l’intelligence artificielle dans leurs cours


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Ils n’ont pas attendu les annonces d’Élisabeth Borne pour s’en emparer. Alors que la ministre de l’Éducation nationale a promis le lancement, pour la rentrée 2026-2027, d’une intelligence artificielle à destination des enseignants, nombreux sont ceux qui ont déjà recours à l’IA.

« Je lui demande de corriger mes fautes »

Mais pour quoi faire ? Certainement pas, en tout cas, pour préparer leurs cours. « Quand j’entends que l’IA va nous servir à débroussailler nos cours, ça me fait sauter au plafond. Une IA générative va peut-être réussir à faire un cours, mais ce sera avec 80 % de choses justes. Il va aussi y avoir 20 % de choses fausses, et on va devoir vérifie tout ce qu’elle a écrit. C’est complètement idiot, il vaut mieux faire son cours soi-même, en étant sûr à 100 % du contenu », analyse Grégoire (*).

Professeur de physique dans un lycée du Grand Est, il utilise pourtant l’IA sur une base presque quotidienne. Mais plutôt comme un assistant, qu’il ne faut surtout pas hésiter à cadrer. « Par exemple, je suis dyslexique et j’ai des faiblesses en orthographe, alors je lui demande de corriger mes fautes – mais sans toucher au texte. Il faut être très vigilant, parce que l’IA est capable de changer sans qu’on lui demande le contenu du cours », reprend l’enseignant. Il l’utilise également pour formater des tableaux, un travail de codage fastidieux à accomplir à la main, ou comme moteur de recherche

Débrouille en salle des profs

Professeur de collège en Alsace, Manon (*) est aussi une utilisatrice régulière de l’IA. « Je me suis rendue compte qu’en anglais, notamment en grammaire, c’est assez pertinent. Le gros de mon utilisation, c’est de générer des exercices où il faut conjuguer, ou transformer des adjectifs en comparatif. Ça me fait gagner du temps », explique l’enseignante, qui plaide pour un « usage raisonné » de la technologie. Pas question de demander à ChatGPT de faire un cours à sa place, mais elle a pu demander à l’intelligence artificielle de faire un plan de leçon, et s’inspirer de ses propositions.

En parcourant le forum Reddit, où les discussions sur le sujet entre profs sont fréquentes, on rencontre d’autres cas d’usage. Pour travailler le vocabulaire anglais, une enseignante a généré des images avec Midjourney, en lui demandant d’y intégrer un certain nombre d’éléments. Un professeur de philosophie raconte s’être appuyé sur ChatGPT pour élaborer un jeu de rôle, en lui demandant d’imaginer pour chaque élève un personnage différent: « Je gagne un temps fou pour concevoir des activités qui, sans IA, m’auraient pris des heures », témoigne-t-il. D’autres se servent de l’IA pour rédiger les appréciations sur les bulletins scolaires (en prenant soin de les anonymiser au préalable), générer des questionnaires, ou trouver des idées originales pour animer leurs cours.

Entre scepticisme et indignation

La profession a aussi son lot de réfractaires. « Les collègues qui ne jurent que par ça n’ont aucune morale et aucun respect pour le futur de notre planète », tempête un professeur de langue sur Reddit. La génération et la matière enseignée ont probablement aussi leur importance. « Pour certains de mes collègues qui s’approchent de la retraite, c’est vrai que tout ce qui est informatique, c’est plutôt laborieux », analyse Manon.

La plupart ne semblent en revanche pas attendre grand-chose de l’IA promise par Élisabeth Borne, accueillie avec un mélange de scepticisme et d’indignation. Pour certains professeurs confrontés au quotidien au manque de moyens, voir l’État consacrer 20 millions d’euros à un tel projet ne passe pas. « C’est de la communication. Ils vont bricoler un truc, nous faire suivre quelques formations en vidéo pour pouvoir faire les gros titres en disant qu’ils nous ont formés à l’IA », pronostique Grégoire. Et ce n’est pas le “précédent” Lucie, fin janvier, qui va rassurer les enseignants : présentée comme la première IA destinée à l’enseignement, elle avait rapidement montré ses limites, au point d’être débranchée en catastrophe.

(*) Les prénoms ont été changés



2025-09-06 06:00:00

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