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Records de températures moyennes la nuit puis le jour, valeurs mesurées en France pour la première fois… La canicule qui écrase le pays depuis une semaine bat tous les records, dont un qui ne passe pas inaperçu : le nombre de départements placés en vigilance rouge par Météo-France. Ils sont 72 ce jeudi, du jamais vu en France.
Alors que les épisodes caniculaires devraient devenir plus intenses et plus fréquents dans les années et décennies à venir, le système d’alerte actuel, qui a intégré les canicules en 2004, pourrait-il se retrouver dépassé et nécessiter des adaptations ? On a posé la question à Sébastien Léas, prévisionniste chez Météo-France.
Les critères de vigilance sont-ils adaptés à la situation actuelle ?
Ils sont totalement adaptés. Pour nous, les couleurs sont assez parlantes pour le grand public. Mais la vigilance est un produit relativement récent qui a vingt-cinq ans et on peut toujours s’améliorer, ce qui a d’ailleurs été fait. Depuis sa mise en place à l’automne 2001 [mais la canicule n’a été intégrée qu’en 2004], on a rajouté des critères et des paramètres.
Il faut aussi savoir que sur certains paramètres, ce n’est pas uniquement le critère météorologique qui est pris en compte. Pour la canicule, on prend aussi en considération le volet sanitaire, avec la Direction générale de la santé, Santé publique France, pour voir la situation dans les hôpitaux, aux urgences, etc. Donc quand on bascule en rouge, ce n’est pas exclusivement que du paramètre météorologique.
Les évolutions à venir sont sur l’infradépartemental. On est en train de le mettre en développement pour permettre, notamment sur des épisodes pluvieux méditerranéens, de cerner vraiment les zones qui sont touchées vers l’intérieur des terres, alors que le littoral est souvent « affranchi », je pense notamment dans le Languedoc.
Rajouter un niveau de vigilance est-il envisagé avec l’intensification et la multiplication annoncées des épisodes caniculaires ?
On sait que certains pays ont des niveaux en plus. On peut penser à l’Allemagne, par exemple, qui a un niveau violet qui est encore un cran au-dessus. En France, on a des crans qui sont un peu différents dans les outre-mer, avec notamment l’alerte cyclonique, où on a des phases de sauvegarde, des phases actives, etc. Maintenant, savoir si nous, on va réfléchir à rajouter des couleurs, honnêtement, je ne pense pas.
À partir du moment où il y a du rouge, je ne pense pas qu’il y ait une sorte d’hypovigilance chez les gens, même si ces alertes se multiplient. Ce n’est pas décent d’avoir ces chaleurs en France, ce sont des données hallucinantes qui sortent complètement du cadre. L’épisode de 2003 reste encore la référence pour sa longévité, alors que c’était il y a vingt-trois ans. La référence en intensité, ça va être cette année. Mais ça risque peut-être de rester une référence pendant encore vingt ans. C’est difficile de se prononcer sur ce qu’il va se passer sur cette période, même si on s’attend à voir des chaleurs de plus en plus intenses.
Les conditions de déclenchement des différents niveaux de vigilance pourraient-elles être adaptées pour y faire face ?
On va peut-être adapter ou affiner les critères de déclenchement dans le futur, mais ce n’est pas maintenant qu’on va le décider. Et quand on réadapte les critères, notamment pour les déclenchements climatologiques de vagues de chaleur, malheureusement, ça efface de l’histoire certains épisodes qui étaient légèrement au-dessus des seuils et qui d’un coup passent en dessous des nouveaux seuils. C’est pour ça qu’on hésite toujours à changer nos critères.
Ce qui est sûr, c’est qu’il y aura un retour d’expérience qui sera fait à l’issue de cet été, comme après chaque été. On fera le point sur ce qui a été bien fait, ce qui n’a pas été bien fait et comment on peut s’améliorer, notamment dans les procédures.
En quoi la vigilance déclenchée en ce moment est si exceptionnelle ?
La vigilance canicule est née après la canicule de 2003, ce n’était pas un des paramètres qu’on prenait en compte avant. La première vigilance rouge pour ce critère intervient en 2019. On l’a sortie deux fois, une en juin pour le Languedoc et une en juillet pour une zone allant des Hauts-de-France au bassin parisien. On l’a ensuite déclenchée à l’été 2022, puis à l’été 2025.
L’épisode de cette année est exceptionnel, notamment car tout le monde est concerné par la vague de chaleur. Il y a des intensités moindres, sur le pourtour méditerranéen et notamment dans le Languedoc, où ils ne sont qu’en vigilance jaune, mais ils sont quand même en jaune, ce qui veut dire qu’ils dépassent les critères de déclenchement de seuil de canicule dans leur secteur. Donc tout le monde est concerné.
Si on rejoue la situation de 2003 avec une carte fictive, puisque le paramètre canicule n’était pas pris en compte par le système de vigilance, on se rend compte qu’on avait gardé des pôles de fraîcheur, notamment la Bretagne, la Basse-Normandie, la Haute-Savoie à la marge et la Corse-du-Sud. Il y avait moins de départements qui auraient été balisés en vigilance rouge, donc il y en aurait eu plus en orange, mais il y avait quand même des zones affranchies de cette forte chaleur, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
2026-06-25 16:03:45
