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« Même au sein de la communauté LGBTQIA+, la bisexualité est encore taboue », Suzy, 55 ans
« Je suis la petite dernière d’une famille nombreuse, composée de quatre garçons et cinq filles. Nous avons grandi dans le Tarn-et-Garonne, dans les années 1970. Dès l’âge de 15 ans, je me suis sentie différente des autres. J’aimais regarder les femmes, leurs corps de bas en haut, et les hommes me plaisaient aussi. J’ai très vite compris que j’aimais les deux.
L’un de mes grands-frères, Jean-Pierre, était homosexuel. C’est lui qui m’a dit que j’étais bisexuelle, quand je lui ai parlé de mon attirance pour les femmes et les hommes. Je me souviens avoir cherché plusieurs fois ce mot dans le dictionnaire, et sa définition me convenait très bien. Cependant, je savais qu’il fallait éviter d’en parler en ces termes, car la bisexualité demeurait très taboue. D’ailleurs, aborder ce sujet avec le reste de ma fratrie m’était impossible.
À 19 ans, je n’avais plus aucun doute sur mon orientation sexuelle. Je n’étais ni hétérosexuelle, ni homosexuelle, j’étais donc bisexuelle. Cela ne m’a jamais quitté l’esprit, tout au long de mon adolescence. Je savais que ce n’était pas passager. J’ai ressenti le besoin de faire mon coming out, mais je savais que cela ne serait pas facile. Dans les années 1990, on n’en parlait pas. Mis à part mon frère, à qui je pouvais me confier, une seule personne était au courant. J’ai gardé ce secret pour moi jusqu’à l’âge de 21 ans. Si mes fréquentations amoureuses et mes amis ont plutôt bien accueilli ce coming out, une partie de ma famille, très croyante, a eu du mal à l’accepter.
Aujourd’hui, je dis facilement que je suis bisexuelle. Néanmoins, je me sens souvent incomprise. J’ai été confrontée à plusieurs stéréotypes : les personnes bisexuelles seraient infidèles et auraient tendance à aller voir ailleurs pour satisfaire leur attirance pour les deux sexes. Mon ex-compagne me disait que non, je ne pouvais pas être bi. D’après elle, je refoulais mon homosexualité. Cette façon de remettre en question la bisexualité m’agace. En 2025, on entend encore ce genre de remarques. Même au sein de la communauté LGBTQIA+, elle est encore taboue. Pourtant, la bisexualité est bel et bien une orientation sexuelle distincte. »
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« On a essayé de me faire rentrer dans une communauté qui n’était pas la mienne », Katy, 46 ans
« Ma vie de jeune étudiante a connu un bouleversement. Je rêvais d’une vie plutôt simple, malgré un important handicap moteur de naissance que j’ai toujours accepté. La vie me réservait une autre surprise et bien plus complexe à assumer. Jusqu’à mes 21 ans, ma vie sentimentale était exclusivement hétérosexuelle avec de jolies histoires plus ou moins longues. Au début des années 2000, j’ai fait une rencontre qui m’a déstabilisée. J’ai vite compris que j’étais tombée amoureuse. Pourtant, rien ne me laissait présager de tels sentiments pour une femme. Je ne comprenais plus rien, et ma première solution a été de fuir la réalité.
Puis, j’ai décidé de me reprendre en main, en fréquentant des discothèques gays et lesbiennes. Dans mon coin, j’observais. Je me suis également rendue sur des tchats Internet pour échanger avec des femmes qui aimaient les femmes. À aucun moment, je n’ai entendu parler de bisexualité. Dans mon esprit, on était soit hétérosexuelle, soit homosexuelle.
Au fil des années, ma vie sentimentale a fini par se stabiliser, avec un homme qui est devenu mon mari et le père de mes enfants, ainsi qu’avec la femme qui avait toujours manqué à ma vie. J’avais deux amours en même temps, lui et elle. Cela fait référence aux amours pluriels… Il me fallait donc aussi accepter cet aspect de la bisexualité. Ce fut le plus dur à assumer, dans une société où les amours se vivent de façon monogame.
J’ai mis de longues années à m’accepter, en me battant contre ceux qui tenaient à ce que je me définisse comme lesbienne. Il m’a fallu beaucoup de ressources intérieures pour résister à tous ceux qui voulaient me faire rentrer dans une communauté qui n’était pas la mienne. J’ai subi de la violence verbale, avec des phrases que je ne pourrai jamais oublier : “Tu es handicapée, ça ne te suffit pas, il faut que tu en rajoutes. Quelle honte !”, “Va voir un psy”, “La bisexualité n’existe pas, c’est un leurre !”, “Arrête de te mentir et accepte ton homosexualité”… Une grande communication avec mon mari nous a permis de relever bien des obstacles. Cette ouverture d’esprit et cet amour de la vie, nous essaierons de le transmettre à nos enfants car il n’est pas de plus bel héritage que celui-là. »
Suzy et Katy sont co-fondatrices de l’association To Bi or Not To Bi à Toulouse, en partenariat avec Bi’Cause à Paris.
Katy Du’Gwenn est autrice du livre « Quand les coeurs chavirent ».
2025-09-23 12:30:00
