#geste #lanesthésiste #qui #laissé #collègue #choquée
Elle s’est dite « choquée ». Une ex-collègue du docteur Frédéric Péchier, jugé pour empoisonnements devant les assises du Doubs, s’est exprimée mercredi sur une intervention pratiquée le 11 janvier 2017 par l’anesthésiste.
L’anesthésiste Anne-Sophie Balon a décrit la journée où sa patiente, Sandra Simard, 36 ans, a été empoisonnée avec du potassium, injecté dans une poche de soluté de réhydratation. La patiente était endormie pour une opération lorsqu’elle a fait un arrêt cardiaque. La Dr Balon a alors été appelée en urgence, entamant un massage cardiaque.
« On avait identifié que ça pouvait être lui »
Le Dr Péchier est alors entré dans la salle, « avant même le cardiologue de garde ». Il a injecté « du gluconate de calcium » sans concertation. « Il ne m’en parle pas. Et il repart », se souvient-elle. Le gluconate de calcium n’est pas un antidote à un excès de potassium (hyperkaliémie), mais aide le cœur à le supporter. « J’ai été choquée par le timing » de cette arrivée, par « l’administration précoce » du gluconate de calcium et par « le fait qu’une hyperkaliémie » était envisagée alors qu’il n’y avait « pas le contexte pour ».
Pour la défense, Randall Schwerdorffer note alors que « quand il y a de l’agitation dans un bloc, il est courant qu’on vienne prêter main-forte ». « C’est vrai », admet l’anesthésiste. Mais « il n’est pas usuel d’administrer quelque chose à un patient sans même s’adresser à son médecin » ni échanger des informations capitales pour « comprendre ce qui se passe ».
Une dose de potassium 100 fois supérieure à la normale
Sandra Simard a survécu. Anne-Sophie Balon de son côté avait fait saisir et analyser les poches de perfusion utilisées pour l’anesthésie, dans lesquelles une dose de potassium 100 fois supérieure à la normale avait été retrouvée. Au sein de la clinique, « on avait identifié que ça pouvait être lui », Frédéric Péchier, l’auteur de l’empoisonnement, confie devant la cour la médecin, qui dit avoir « été grandement soulagée » lors de son interpellation. La praticienne n’a « jamais » été confrontée à d’autres arrêts cardiaques, ni avant ni après celui de Sandra Simard.
L’avocate générale, Christine de Curraize, a relevé comme possible mobile que le Dr Péchier, qui avait « le statut de leader » au sein de la clinique, était « déstabilisé » par l’arrivée d’une nouvelle génération de jeunes anesthésistes. Lors de l’instruction, Frédéric Péchier avait mis en cause sa collègue en prétendant qu’elle aurait pu injecter le potassium a posteriori pour couvrir une erreur médicale. « Et Mme Simard, il est dû à quoi son arrêt cardiaque ? On n’a rien trouvé. C’est rocambolesque, ça ne tient pas ! », rétorque Anne-Sophie Balon.
L’accusé, qui a toujours clamé son innocence, comparaît libre, mais risque la réclusion criminelle à perpétuité. Il est jugé par la cour d’assises du Doubs pour 30 empoisonnements de patients, dont 12 sont morts, entre 2008 et 2017 dans deux cliniques de Besançon. Le verdict est attendu le 19 décembre.
2025-09-17 18:46:14
