mardi, août 25, 2026
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Afghanistan : « Le récit glaçant des fillettes à vendre »


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Khatirah, 11 ans, ne connaît pas son prix. À sa mère, elle répète inlassablement la même question : « Pourquoi vous m’avez vendue ? » Sa famille dit ne pas avoir eu d’autre choix. Elle a marié sa fille à un homme de 20 ans, moyennant 4 270 €. Depuis, l’époux de Khatirah vient lui rendre visite régulièrement, ne lui laissant aucune échappatoire. Interdite d’école, elle concasse chaque jour des pistaches au marteau, recroquevillée sur elle-même, pour 40 centimes les 8 kilos. Malgré son visage d’enfant, elle a déjà l’air d’une vieille femme. 

La photojournaliste Élise Blanchard, 34 ans, documente l’Afghanistan depuis 2019, notamment les conséquences des coupes budgétaires de l’aide internationale en matière de santé. La lauréate du World Press Photo 2026 témoigne d’un ennemi de plus : le changement climatique. Entre 2023 et 2026, elle s’est rendue à Badghis, province du nord-ouest exsangue après des années de guerre, où 95 % des habitants vivent de l’agriculture et de l’élevage. Tous ont subi de plein fouet la sécheresse historique de 2018 et l’absence de pluies depuis 2021, qui ont ruiné les récoltes de blé et affamé le bétail. 

Vendre les petites filles est devenu un moyen de rembourser les dettes

« Sur ce reportage, être une femme n’a pas été un obstacle, explique Élise Blanchard. La plus grande difficulté, c’était de travailler dans un pays qui interdit toute diffusion d’images d’êtres vivants. Et même en ayant obtenu les autorisations des talibans, j’ai été empêchée de sortir mon boîtier pendant plusieurs jours. » Dans les camps de déplacés climatiques, Élise entend parler de ces mariages de mineures. « Les pères que j’interrogeais invoquaient tous la même raison : la sécheresse. Plus d’herbe pour le bétail, pas d’eau pour le blé », raconte-t-elle. Vendre les petites filles est devenu un moyen de rembourser les dettes, de payer la dot d’une nouvelle femme et de nourrir le reste de la famille lorsque les repas se résument à du thé et du pain sec. Les montants varient, de quelques centaines à quelques milliers d’euros, versés sur plusieurs années, selon un échéancier prévu parfois dès la naissance. 

Exposées au festival international de photojournalisme Visa pour l’image, qui s’ouvre le 29 août à Perpignan, ces images racontent le mariage de Bibi Samia, 14 ans. On y voit des fillettes jouant à la poupée, riant, se maquillant avant la cérémonie. La tradition afghane veut que la mariée pleure. Bibi Samia n’a pas eu à feindre. Gul Bobo, mère de deux filles de 2 et 5 ans déjà fiancées, exprime sa désillusion : « Je m’attends à ce qu’elles soient battues, mais je ne peux rien y faire. Et à 14 ans, elles seront enceintes. » Une situation sans issue : la sécheresse s’installe durablement et les filles continuent de payer le prix fort. De plus en plus jeunes. 



2026-08-23 18:00:00

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