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Directrice générale de l’Obsoco (L’Observatoire Société et Consommation), Guénaëlle Gault signe avec Jean Viard Le Livre des vacances… et ce qu’elles disent de nous (éd. de L’Aube), à partir de l’enquête réalisée en collaboration avec l’Observatoire Huttopia des vacances.
Quatre-vingt-dix ans après la création des congés payés, que représentent aujourd’hui les vacances pour les Français ?
C’est tout à fait central. Elles sont rentrées dans le quotidien des Français et sont devenues déterminantes pour leur bien-être. Quelle que soit la situation financière, la catégorie socioprofessionnelle ou la catégorie sociodémographique, plus les Français s’investissent dans leurs vacances, plus ils partent. Et plus ils partent souvent, plus ils sont heureux et plus ils sont ouverts à l’autre. Les vacances sont donc devenues quelque chose de très important individuellement, mais aussi pour la société en général.
Votre enquête démontre que c’est également valable pour ceux qui restent chez eux…
Passer des vacances chez soi n’empêche pas de s’investir, d’envisager son temps autrement. Parmi les 28 % de Français qui ne sont pas partis l’année dernière, la moitié a vécu de bonnes vacances parce que c’était un arbitrage pour des travaux ou accueillir un petit enfant, par exemple. Les autres sont des casaniers, plutôt des gens âgés, qui sont très bien chez eux. Et puis il y a ceux qui ne peuvent pas partir pour des raisons financières, les catégories les plus modestes et les familles monoparentales. Ils font vacances là où ils sont, s’inventent de petites escapades autour de chez eux, font des activités avec les enfants.
« On ne peut plus faire société sans les vacances »
Justement, à quoi ressemblent les vacances des Français aujourd’hui ?
On peut les qualifier de « banalité magnifique » ou de « simplicité heureuse ». Les vacances des Français ne sont pas exotiques. 70 % des vacanciers restent d’ailleurs en France. Ils font des activités simples : se promener, se baigner, prendre l’apéro, découvrir des paysages, de la culture. Les vacances, c’est un temps libéré et choisi, qu’on passe avec les nôtres, famille ou amis.
Vous évoquez un capital vacancier. Qu’est-ce que c’est ?
C’est un ensemble de compétences que l’on accumule pour et par les vacances et qui n’ont rien à voir avec l’argent. Parce que les vacances, c’est vraiment une école buissonnière où l’on apprend plein de choses. C’est d’abord la capacité à partir en vacances : on apprend l’autonomie, à s’organiser, à choisir les bons endroits, les bons hébergements, etc. C’est aussi un capital relationnel et émotionnel, parce qu’on apprend des choses essentielles de l’ordre du lien social et qu’on se constitue des souvenirs. Ce capital, on en hérite en partie de ses parents. On voit d’ailleurs que ceux qui n’avaient pas l’habitude de partir étant enfant savent moins comment s’organiser, partent moins loin.
Partir en vacances, cela s’apprend donc ?
Oui. Et c’est important, parce qu’aujourd’hui on ne peut plus penser notre société ni faire société sans les vacances. Le reste du temps, on vit dans des couloirs de nage avec nos rythmes du quotidien qui se sont accélérés. Le reste de l’année, on est beaucoup moins maître de son temps. Les vacances et leur temps libéré et choisi sont vraiment essentiels, c’est ce qui nous permet de continuer à tenir debout et à avancer.
2026-06-20 05:20:00
