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Les violences dans le périscolaire n’en finissent plus d’émailler les écoles parisiennes. Depuis la fin du mois de janvier, neuf agents du périscolaire ont été suspendus pour suspicions de violences physiques et sexuelles dans une école maternelle du 7e arrondissement à Paris, à la suite de la diffusion d’une enquête de « Cash Investigation » sur France 2. Cette suspension s’ajoute à la vingtaine d’animateurs suspendus en 2025 pour des suspicions de violences sexuelles.
Dans ce contexte, le collectif SOS périscolaire recueille les témoignages de parents affolés face aux violences que leurs enfants subissent lors des temps périscolaires à l’école (cantine, goûter, mercredi et vacances scolaires). Dans le viseur : des animateurs, la plupart du temps sans formation, employés par des municipalités qui peinent à recruter, et un système à la dérive qui n’assure pas la sécurité des écoliers. Alors que Paris est secouée par une cascade d’affaires, Elisabeth Guthmann et Anne T., co-fondatrices du collectif, dressent un état des lieux alarmant. Interview.
ELLE : Paris est le théâtre de nombreuses affaires de violences mettant en cause des animateurs. Est-ce un problème qui touche toute la France ?
Nous recevons effectivement des témoignages de tout le territoire, de la Guyane à Toulon, des grandes villes aux petits patelins, aussi bien les écoles publiques que privées. Quelle que soit la taille de la municipalité, nous retrouvons partout la même mécanique de silenciation des parents et des enfants.
ELLE : Quel type de violence décrivent les témoignages que vous recevez ?
Il y a beaucoup de violences psychologiques et éducatives sur le temps de la cantine : des enfants qu’on force à manger jusqu’à en vomir, des tout-petits de maternelle qui, à la fin du repas, doivent mettre la tête entre leurs bras croisés sur la table parfois pendant 20 longues minutes, un garçon de six ans qui s’est retrouvé à manger seul pendant trois semaines parce qu’il avait parlé lors du repas. On nous décrit des méthodes de terreur pour gérer les groupes d’enfants. Des animateurs, qui sont souvent assez peu formés, ont recourt à la menace, prennent les écoliers par le poignet, le col, la capuche, les oreilles. Il y a beaucoup de contraintes physiques, parfois des coups.
« Certains enfants se retrouvent avec des bleus sur les bras ou les poignets »
La sieste est aussi un moment problématique avec des enfants bloqués dans leurs lits pour les forcer à dormir, certains se retrouvent avec des bleus sur les bras ou les poignets. Il y a aussi les menaces : « on va t’enfermer dans la cave », « je vais mettre ton doudou à la poubelle » ou « tes parents ne vont plus venir te chercher ».
Et puis, il y a les hurlements, les cris, les insultes, les remarques grossophobes, racistes, les moqueries, les humiliations collectives. La liste est terrifiante ; nous avons reçu plus de 400 témoignages depuis 2019.
ELLE : Comment expliquer de telles dérives ?
Il y a plusieurs problèmes notamment le profil des animateurs et la difficulté de recrutement dans un métier très précaire. Aujourd’hui, personne ne fait ce job par vocation. Les conditions de travail sont très difficiles, les équipes sont souvent en sous-effectif, parfois un animateur pour 30 ou 40 enfants, ce qui est contraire au règlement. La situation s’est particulièrement dégradée pendant le COVID. Parmi ces animateurs recrutés très peu ont des diplômes petite enfance, beaucoup ont simplement le BAFA mais ce brevet n’a jamais été un diplôme prévu pour un emploi mais pour de l’encadrement occasionnel dans des colonies de vacances. Animateur n’est tout simplement pas considéré comme un métier. Dans un village, on a eu l’exemple d’un maire qui avait engagé le jardinier municipal au sein du périscolaire.
ELLE : Quelles sont les pistes pour améliorer la situation ?
Il faudrait absolument revaloriser cette profession, exiger des diplômes de la petite enfance, comprendre qu’entre entre les enfants de maternelle et de primaire, ce n’est pas les mêmes besoins. L’autre souci, c’est que le périscolaire ne dépend pas de l’Éducation Nationale mais des mairies, ce qui n’est pas toujours clair pour les parents.
ELLE : En quoi consiste votre mission aujourd’hui ?
En plus d’alerter les médias, nous accompagnons les parents. Nous avons produit un document sur les procédures à suivre, on les aide à rédiger des mails, on les coache. Les parents sont souvent très isolés car ils pensent être les seuls dans cette situation. Ils se retrouve face à un mur administratif ou à une volonté d’étouffer les critiques. C’est parfois encore plus difficile dans les villages : Tout le monde se connaît et si le maire vous prend en grippe, il peut vous embêter sur d’autres sujets comme des permis de construire ou l’accession à un logement social. Il peut même retirer votre enfant du périscolaire. On a des familles qui se sont ainsi retrouvées contraintes de déménager ou de changer de travail. Pire encore, on a des témoignages de familles à qui la gendarmerie a refusé un dépôt de plainte ou qui ont été signalées aux services sociaux pour les faire taire.
ELLE : Croyez-vous à une prise de conscience sur ce sujet suite aux affaires qui secouent Paris en ce moment ?
C’est très laborieux. Il y a quelques années l’affaire de l’école Paul Dubois à Paris (un animateur a été accusé de pédocriminalité) avait déjà fait beaucoup de bruit, mais il y a eu encore de nouveaux loupés ensuite comme lors de l’affaire de l’école Émeriau à Paris également. Avec les cas qui sortent aujourd’hui, on se rend compte qu’on n’a rien appris. Il n’y a toujours pas de cellules psychologiques dignes de ce nom pour les enfants, aucune recherche de victime, les conditions le travail des animateurs n’ont pas changé. Concernant le reste du pays, nous avons tenté de rencontrer l’Association des maires de France qui a refusé de nous recevoir. Cela ne donne pas beaucoup d’espoir.
2026-02-17 10:31:00
