mercredi, septembre 30, 2026
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L’argent dans le couple : Julia (28 ans) et Walid (29 ans), « On garde 1 000 € de salaire chacun »

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Identités :

Julia*, 28 ans, chargée de marketing, 2 100 € net/mois.

Walid*, 29 ans, chercheur dans le privé, 6 500 € net/mois.

Toutes les deux semaines, retrouvez-vous dans le porte-monnaie d’un couple, analysé par une experte. Aujourd’hui, l’histoire de Julia et Walid, vue par Morgane Dion, coach en carrière et finances.

Chez eux, parler d’argent n’a jamais été tabou. « On en a parlé très tôt dans la relation. On n’a pas peur de faire des calculs », pose Walid. Pas par obsession, mais plutôt par souci de justice. Le couple pourrait fonctionner « au prorata » classique, mais le chercheur n’en est pas fan : « Le prorata, c’est pas toujours très juste. Si je gagne deux fois plus, ça ne veut pas dire que j’ai un train de vie deux fois plus élevé. » Derrière la formule, une intuition : il existe des coûts fixes (se loger, manger, vivre) qui pèsent davantage sur celui ou celle qui gagne moins. Et si le but est de construire quelque chose à deux, l’équité ne se résume pas à une règle de trois.

Système « plancher » 

Alors ils ont bricolé un système « plancher » : « On s’est dit : chacun se garde 1 000 €. Ce qui dépasse, on pratique le prorata dessus », raconte Walid. L’idée lui est venue en thèse, quand il bénéficiait d’une bourse confortable mais voulait éviter qu’une différence de revenus dicte leur relation. Ce modèle a un effet immédiat : Julia conserve une marge respirable, sans que tout son salaire parte dans des dépenses communes, et peut, elle aussi, épargner. Concrètement, sur le loyer, ils ont traduit cette logique en pourcentages : 75 % pour Walid, 25 % pour Julia. « Julia paye 300 € du loyer, moi le reste. 1 200 € au total », détaille-t-il. Pas de compte joint : « C’est sur la table depuis un moment… petite flemme administrative », sourit-il. 

Pour le reste, c’est plus organique. « On fait au feeling, mais c’est quand même Walid qui paye plus », observe Julia. Lui l’assume : « Je suis plus fainéant. On va au resto, c’est moi qui paye. » Les petites courses ? Parfois Julia, souvent lui. Spotify ? « Julia paye la moitié. » Ils ne sont pas ultra-pointilleux sur les dépenses du quotidien, parce que, dit Walid, « je dépense au quotidien ». Et parce qu’en ce moment, ils ont le luxe de ne pas compter chaque euro, tout en sachant que ce confort peut anesthésier. Le point de friction, ce ne sont pas les pâtes ou les cafés : ce sont les voyages. « C’est galère. J’ai du mal à m’organiser et à planifier, et souvent on se retrouve dans des trucs chers parce qu’on fait tout last minute… c’est souvent de ma faute. J’accepte de payer », reconnaît Walid. 

« Les dépenses exceptionnelles ne sont plus si exceptionnelles »

Dans leur couple, le vrai décalage n’est pas tant le salaire que le passé financier. Walid  s’est mis à épargner récemment : « Ça ne fait pas si longtemps que je gagne de l’argent. » Il vise 600 € par mois, mais une succession de “dépenses exceptionnelles” (soutenance de thèse, chat, véto, coaching pro) l’a déséquilibré : « En ce moment, je dépense plus que je gagne », dit-il, tout en gardant environ 150 000 € de côté. Julia, elle, a un matelas… et des doutes. Elle met 400 € par mois quand elle y arrive. Surtout, elle dispose d’environ 400 000 € (héritage et vente de la maison de ses grands-parents). « Je n’ai pas l’impression de bien gérer. Comme j’ai de l’argent de côté, si je dépense plus que mon salaire un moment, ce n’est pas très grave. » Reste que, entre restos, verres et vacances, elle le voit : « Les dépenses exceptionnelles ne sont plus si exceptionnelles. »

Julia et Walid pensent déjà patrimoine « Le projet, c’est d’acheter notre appartement à deux, en ayant le moins possible recours à un prêt », dit Julia. Et pas question de faire 50/50 : « On ferait plutôt en fonction de l’apport de chacun », pose Walid.

Julia et Walid ont mis le doigt sur quelque chose d’essentiel : l’égalité n’est pas de faire 50/50, c’est de tenir compte des réalités de chacun. Leur système de “plancher” à 1 000€ me paraît à la fois protecteur et très moderne dans la façon de penser l’équité.

J’aime beaucoup le fait qu’ils aient parlé d’argent très tôt, sans tabou, et qu’ils n’aient pas peur de « sortir la calculette ». C’est exactement ce qui manque à tant de couples qui se retrouvent à gérer des déséquilibres énormes… sans jamais avoir posé les chiffres.

Leur intuition sur le prorata est fine. Comprendre qu’il existe des coûts fixes qui pèsent proportionnellement plus sur le plus petit revenu, c’est déjà avoir une vraie culture financière. En se gardant chacun 1 000€, ils sécurisent une chose fondamentale : que Julia puisse, elle aussi, respirer, consommer et épargner, sans être « aspirée » par les dépenses communes.

J’aime aussi que l’objectif soit clair : construire du patrimoine à deux, et que la question de la répartition (pour le futur achat) soit pensée en fonction des apports réels, et pas d’un imaginaire romantique du 50/50 qui ne protège personne. C’est exactement ce que je défends : des règles explicites, discutées, et alignées sur la réalité.

Derrière ce bel équilibre, je vois quand même deux fragilités. D’abord, le « on fait au feeling » sur les dépenses courantes, alors que les gros principes sont parfaitement cadrés. Ce flou sur le quotidien, avec un partenaire qui « paye plus parce que c’est plus simple », finit souvent par créer des angles morts : on ne voit plus vraiment qui porte quoi, ni comment cela impacte l’épargne de chacun.

Ensuite, la phrase qui m’alerte le plus, c’est « Les dépenses exceptionnelles ne sont plus si exceptionnelles. » C’est typiquement ce qui, sur la durée, grignote l’épargne et donne l’illusion d’un éternel « on est à l’abri » parce qu’on a un bon matelas de côté au départ. Le problème n’est pas qu’ils dépensent, c’est qu’ils n’ont pas vraiment mis de cadre à ces dépenses « bonus » ni transformé leurs moyens financiers en projet structuré.

Le vrai sujet de fond me semble pas tant être l’écart de revenus actuel que l’écart de patrimoine : 150 000€ pour lui, 400 000€ pour elle. Là, on n’est plus du tout dans une petite différence. Quand un couple avance avec de tels écarts, il est indispensable de se poser calmement les questions patrimoniales :

  • Comment on protège celui / celle qui a moins, si on achète à deux ?
  • Comment on évite que l’un ou l’une investisse beaucoup et que l’autre profite de l’effet de levier sans prendre autant de risque ?

Je leur conseillerais de cadrer davantage ce qui est aujourd’hui très « au feeling ». Par exemple (mais pas que), définir un budget annuel ou mensuel pour les « dépenses exceptionnelles », formaliser noir sur blanc leur règle des 1 000€ (ce qui relève du commun, du perso, des projets à deux) ou encore faire un vrai point patrimoine avec un pré‑scénario d’achat (qui met quoi, quelle quote-part au notaire, ce qui reste propre à chacun, notamment pour l’héritage de Julia).

Au fond, ils ont déjà fait le plus difficile : parler d’argent simplement, accepter que leurs situations ne soient pas symétriques, et chercher une solution qui ne sacrifie pas l’un pour l’autre. Maintenant, l’enjeu, c’est de transformer cette belle équité « artisanale » en véritable sécurité à la fois ensemble et séparément.

* les prénoms ont été modifiés 

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2026-02-15 18:30:00

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