dimanche, avril 5, 2026
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Circulation. Les six raisons pour lesquelles vous restez scotchés dans des bouchons en Savoie


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1. Parce que nos autoroutes datent de Danse avec les loups

C’est sans aucun doute le principal nœud du problème : lorsque le réseau routier actuel de la Savoie a été finalisé, Danse avec les loups cartonnait au cinéma et les tubes qui passaient à la radio étaient Wind of change de Scorpions, Saga Africa de Yannick Noah ou encore Ice Ice baby de Vanilla Ice. Toute une époque, capillaire notamment. Ici, on préparait surtout les Jeux olympiques de 1992. Gros coup de boost pour l’infrastructure de transport, avec l’objectif de pouvoir absorber un flux de 20 000 véhicules dans chaque sens. Une dinguerie, dans le contexte d’alors.

Sauf que voilà, cette ambition a aussi mal vieilli que Vanilla Ice. Le trafic a continué à croître, encore et encore. Même hors vacances scolaires, on dépasse aujourd’hui régulièrement les 30 000 véhicules. Ce samedi, ce sera 35 000 à la montée. Les gros chassés-croisés de février, on est au-delà des 50 000 le samedi dans chaque sens en Savoie (record à 42 215 à la montée rien que dans la vallée de la Tarentaise en 2020). Bref, la thrombose est chronique et incurable. La société a aussi changé, car même avec la perspective des JO 2030, personne n’ose parler d’une mise à niveau du réseau. Pour vous consoler, considérez qu’avant l’époque des Bronzés font du ski, il fallait affronter des routes nationales à partir de Bourgoin-Jallieu. De Paris et au-delà, un voyage en un seul jour était inenvisageable.

2. Parce que vous voulez le top du top

Pour faire des bouchons, il faut aussi beaucoup de gens qui vont au même endroit parce que c’est cool. Sachez que la Savoie compte 52 à 58 stations, ça dépend comment on compte, et que selon des sources officielles, près de 50 % de sa richesse produite chaque année  vient de l’industrie de la neige. Directement ou par ruissellement, comme dirait l’autre. Le département compte plus de 750 000 lits touristiques, soit juste un peu moins que la population de la ville de Marseille. Et si vous voyez autant de plaques étrangères autour de vous, c’est parce qu’au moins trois méga-domaines de Tarentaise bataillent dans le top 10, voire le top 5 mondial, avec une neige encore quasi-garantie.

La Plagne, par exemple, est considérée comme l’espace de sports d’hiver le plus fréquenté au monde avec quelque 2,5 millions de journées-skieurs chaque hiver. Sachant qu’en Maurienne, dans les Bauges, en Chartreuse et dans le Beaufortain, on trouve aussi une belle offre de stations plus familiales. Toutes ces clientèles se retrouvant joyeusement sur les mêmes autoroutes.

3. Parce qu’il y a des tunnels dans la montagne

Et si on vous disait qu’en plus, on crée volontairement des bouchons rien que pour vous ? On vous entend déjà râler à l’approche du tunnel de l’Épine, du Siaix ou de Dullin. “Mais pourquoi ils ferment les barrières ces idiots ?” “Mais pourquoi on doit rouler sur une voie et pas sur deux, ça fluidifierait tout bon sang !” Arrêtez de brasser de l’air, c’est pour votre sécurité et ça ne changera jamais.

Au fin fond de votre mémoire, vous connaissez même l’origine de ces procédés. L’incendie du tunnel du Mont-Blanc, mars 1999, 39 morts brûlés vifs dans des conditions atroces, 53 heures de brasier à 1 000 °C, des secours totalement impuissants. Depuis, en Savoie comme ailleurs en France, on ne laisse sous aucun prétexte un bouchon se former dans un tunnel. Le système est aussi conçu pour éviter de se prendre un rocher de 30 tonnes sur le coin de la figure, comme l’an dernier sur la RN90. Et si vous mettez trois heures à traverser le massif de la Chartreuse, faites coucou à la grosse boîte vitrée avant l’Épine et au bâtiment genre Rubix’cube à la sortie d’Albertville : ce sont les PC César et Osiris, où sont gérées toutes ces régulations.

4. Parce que samedi, c’est pas dimanche, ni vendredi

L’autre héritage de l’époque héroïque des stations, c’est l’habitude de proposer des réservations du samedi au samedi. Toute l’organisation des séjours aux sports d’hiver était calée sur cette norme, avec pour conséquence de voir tout le monde arriver ou repartir le même jour. Aujourd’hui, le séjour du dimanche au dimanche n’est plus un tabou : des hébergeurs aux écoles de ski, le “dimanchisme” gagne des points. Mais pas encore assez. Sur le dernier week-end de janvier par exemple, déjà teinté de rouge et de noir sur les prévisions, le samedi représentait encore 44 % des trajets, le dimanche 27 % et le vendredi 29 %. L’effet “vacances scolaires” ne faisant en général qu’accentuer le trafic du samedi.

5. Parce que l’offre de trains reste toute pourrie

D’après l’Association nationale des maires des stations de montagne, en près de 10 ans, c’est une centaine de trains vers les stations qui ont été supprimés. Les personnes transportées en train dans les grandes destinations ski ne représentaient l’an passé que 0,6 % des vacanciers. Des liaisons directes depuis l’étranger ont été supprimées, puis rétablies, ou pas, mais quoi qu’il en soit, l’offre reste ténue. Ou ridicule, selon les points de vue.

Alors oui, suite à la mobilisation des acteurs locaux, les choses commencent à bouger un peu. Mais pas de quoi soulager réellement les routes. Notons aussi que personne ne s’est vraiment attaqué aux principaux problèmes du train pour aller à la neige, à savoir la gestion du volume de bagages et l’intermodalité sur le dernier tronçon, entre la gare de destination et les stations.

6. Parce que s’il neige, une voiture sur trois va se mettre en travers

Marrant, le coup de la loi qui existe mais qui ne sert strictement à rien ? La plaisanterie dure et finit par agacer vraiment beaucoup en Savoie. Les équipements spéciaux (pneus hiver, chaînes, chaussettes) sont obligatoires du 1er novembre au 31 mars sur toutes les routes de Savoie depuis 2021, mais en théorie seulement. Suite à l’épisode des gilets jaunes, les ministères concernés ont une monstre trouille (expression chamoniarde sous copyright) à l’idée de faire réellement appliquer la loi à coups de contraventions et d’immobilisation de véhicules. Résultat, le 10 janvier dernier, la circulation a encore viré au cauchemar sur les axes menant à la vallée des Belleville (Les Menuires, Val Thorens) et 800 naufragés de la route ont été accueillis. 

Notamment en raison d’un nombre conséquent d’automobilistes non-équipés, plantés ans la neige comme des otaries en plein désert. Fâché, le maire des Belleville a donc décidé de faire appliquer la loi via un arrêté municipal qui ne concerne pour l’heure que sa commune (avec les petites stations des Menuires et de Val Thorens dessus, tout de même). Pour que les choses bougent, il faudra donc attendre un nouvel Armageddon de la circulation, tel celui du 27 décembre 2014 où 15 000 personnes avaient dû être prises en charge dans toute la Savoie suite à un chassé-croisé généreusement arrosé de neige. Ce qui n’est, concrètement, qu’une question de temps.



2026-02-14 08:12:00

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