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Quarante ans après, le procès de la martyre de l’A10 annoncé : la véritable histoire d’une enfant sacrifiée


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Quarante ans après, le procès de la martyre de l’A10 annoncé : la véritable histoire d'une enfant sacrifiée
Quarante ans après, le procès de la martyre de l’A10 annoncé : la véritable histoire d’une enfant sacrifiée – © ROMAIN BEAUMONT/SIPA

Quelle est la véritable histoire de la « martyre de l’A10 » ? Retrouvée morte en 1987 au bord de l’autoroute, cette fillette de quatre ans est longtemps restée sans nom, victime d’un crime sans coupables. En réalité, elle s’appelait Inass Touloub. Inculpés pour son meurtre, ses parents devront prochainement répondre devant la justice des faits. Récit de l’un des plus anciens cold cases français, sur le point d’aboutir.

Une enfant restée sans nom pendant près de quatre décennies. Pour toute une génération de Français, elle n’était connue que sous un surnom glaçant : « la petite martyre de l’A10 ». En 1987, le visage tuméfié de cette fillette de quatre ans avait marqué les esprits, après la découverte de son corps au bord de l’autoroute A10. Pendant des années, l’enquête a erré, buté sur le silence et l’absence de réponses. Mais les magistrats, qui n’ont jamais renoncé, ont fini par redonner une identité à l’enfant. Elle s’appelait Inass Touloub. En novembre prochain, ses bourreaux, retrouvés des décennies après les faits, devront répondre de leurs actes devant la cour d’assises du Loir-et-Cher, à Blois. Et derrière ce crime odieux, se cachent des parents accusés d’avoir fait subir à leur propre enfant un véritable martyre. La mère d’Inass devra répondre de faits qualifiés de « torture et actes de barbarie ayant entraîné la mort ». Le père sera jugé pour « complicité ». Aujourd’hui âgés de 71 et 74 ans, ils comparaîtront dans l’un des plus anciens cold cases jamais jugés en France. Le procès est prévu du 9 au 27 novembre et s’étalera sur trois semaines. Pour l’heure, le couple reste présumé innocent.

Un corps suplicié et sans identité

Le 11 août 1987, deux agents d’autoroute font une découverte effroyable. À hauteur de Suèvres, petit village du Loir-et-Cher situé entre Orléans et Tours, gît le corps mutilé d’une fillette de quatre ans, abandonné sur le bas-côté. Un jeune gendarme, en fin de patrouille, est appelé sur place par les témoins. Il rejoint les deux agents qui viennent de découvrir le corps. En charge de l’enquête, le juge d’instruction Georges Domergue, âgé de 30 ans à l’époque, se souvient encore de la scène : une enfant « jetée comme un sac ». « Un paquet ensanglanté », même. « En soulevant la couverture, j’ai découvert l’horreur », racontera plus tard le gendarme dans le documentaire « Inass, la petite martyre de l’A10 ». Traces de morsures, ecchymoses, brûlures, fractures… Les marques de violences couvrent l’ensemble du petit corps. Certaines brûlures sont dues à un fer à repasser, d’autres cicatrices correspondent à des morsures humaines. Très vite, une certitude s’impose : l’enfant a été torturée. Le rapport des médecins légistes est formel : les morsures sont d’origine humaine. Plus précisément, elles proviennent d’une femme.

Quarante ans après les faits, voir une affaire de cette nature trouver une issue reste exceptionnel. Le dossier est jalonné de rebondissements. Très tôt, l’absence de signalement convainc le procureur d’une chose : un membre de la famille est forcément impliqué dans ce crime… Le 9 septembre 1987, « la petiote » est inhumée au cimetière de Suèvres, dans un village profondément marqué par le drame. Sur la plaque, une inscription : « Ici repose un ange ». Pendant ce temps, le juge Domergue multiplie les commissions rogatoires. Quatre mille personnes sont interrogées, six mille médecins contactés, soixante-six mille écoles visitées. Les gendarmes vont jusqu’à éplucher les fichiers des caisses d’allocations familiales. Sans témoins ni suspects, la gendarmerie lance alors le plus vaste appel à témoins jamais organisé en France pour identifier une victime. « Un corps sans nom : qui est-elle ? », peut-on lire sur les 120 000 affiches placardées sur tout le territoire. Le signalement est diffusé dans plus de trente pays. La photographie de la fillette est affichée dans les lieux publics. En vain. Un témoin évoque bien une voiture blanche, un homme transportant quelque chose de lourd, mais les éléments restent fragiles. En 1987, il n’y a pas de caméras aux péages, les paiements se font en espèces et l’ADN n’est pas encore exploité. Fin 1989, le juge est muté. Son successeur clôt l’information judiciaire le 12 février 1991. L’opinion publique reste sidérée.

La nouvelle de l’ADN

Trente ans plus tard, l’ADN change la donne. Et le destin de l’enquête bascule à la suite d’un fait divers aussi banal qu’inattendu. Le 21 octobre 2016, à Villers-Cotterêts, dans l’Aisne, un client mécontent de son tiramisu dans un bistrot. Interpellé après une bagarre avec le gérat du bistrot, l’ADN de l’individu est prélevé et versé au FNAEG. Le 27 avril 2017, l’alerte tombe : le profil génétique correspond à plus de 99,9 % à celui de la fillette de l’A10. En 1987, il avait trois. Et il s’agit du frère de la petite victime. Dans la foulée, une cellule de six gendarmes reconstitue l’arbre généalogique de la famille. Les parents, désormais séparés, sont surveillés. Le couple a eu sept enfants : six sont en vie. La septième, c’est Inass Touloub. Née le 3 juillet 1983 à Casablanca, au Maroc. La petite martyre de Suèvres a enfin un nom. Le 12 juin 2018, ils sont interpellés, mis en examen et écroués, avant d’être placés sous contrôle judiciaire. En raison de multiples recours déposés, la tenue du procès est retardée. En septembre 2024, la Cour de cassation ouvre finalement la voie à un jugement. Une première étape, tardive mais essentielle, pour rendre dignité et identité à une enfant sacrifiée.



2026-02-10 18:32:27

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