jeudi, août 20, 2026
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comment les Français font face à la “politico-anxiété”


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Comment le climat d’instabilité politique des derniers jours affecte-t-il les Français ?

« Derrière le choix d’un Premier ministre, il y a le quotidien des Français. Ce sont les allocations, le système de santé, le travail, le chômage, l’inflation, le pouvoir d’achat… Donc chaque crise politique devient un épisode émotionnel collectif. Et les institutions, au lieu d’apaiser, viennent alimenter la panique entre les délais, la gouvernance à court terme, les annonces spectaculaires et la solennité d’Emmanuel Macron. Ça engendre une perte de confiance collective, une perte de contrôle et finalement on est dans le chaos total, dans le flou. Et quel que soit le nom annoncé par Emmanuel Macron, l’espoir d’une sortie de crise s’est largement éteint. »

Qu’est-ce que la “politico-anxiété” ?

« Il s’agit de l’angoisse face à la situation politique d’un pays, l’anxiété générée par les discours politiques tels qu’ils sont relayés dans le champ médiatique. Ça génère chez le sujet un sentiment d’impuissance à agir sur le monde, ça le déresponsabilise. La “politico-anxiété” est un phénomène collectif à la frontière entre le social et le pathologique. Quand il y a eu la dissolution en juin 2024, nous étions tous devant nos écrans, plongés dans un vertige. On l’a vécu de plein fouet et ça ne fait pas de nous des personnes ayant des troubles de santé mentale, mais des individus qui ne peuvent pas faire autrement.

D’autre part, cette anxiété d’un dispositif de contrôle de manipulation des masses, d’une stratégie politique, que j’ai appelé l’anxiopolitique. Machiavel disait qu’il est préférable de se faire craindre que de se faire aimer ; aujourd’hui ce n’est plus la peur qui gouverne mais l’angoisse. Les dirigeants ne cherchent plus à convaincre mais à affecter. »

« Le phénomène s’est vraiment imposé pendant la crise du Covid »

Depuis quand observe-t-on ce phénomène ? Est-ce qu’il est récent ?

« Oui c’est un phénomène assez récent. Le terme émerge en 2016 après l‘élection de Donald Trump, où une vague d’anxiété a envahi les États-Unis. Un sondage pour l’association américaine de psychologie en 2024 rapporte que 70 % des personnes interrogées reconnaissent que les élections sont une source importante de stress. Sept adultes sur 10 ont déclaré que l’avenir de la nation était une source importante d’angoisse dans leur vie. En France, le phénomène s’est vraiment imposé pendant la crise du Covid. Ce n’est pas que la “politico-anxiété” n’existait pas avant, mais elle s’est cristallisée à ce moment-là, notamment quand Emmanuel Macron a lancé “nous sommes en guerre” dans son allocution. »

« Le sujet est vraiment victime d’une représentation du danger »

Quels sont les symptômes de la “politico-anxiété” ?

« Les manifestations de cette anxiété sont classiques. On retrouve les mêmes problèmes que dans les troubles anxieux. Par exemple, la peur et la difficulté à détourner son attention de l’objet de la peur. Donc en l’occurrence on va être on va être scotché à l’information, par peur de “rater quelque chose”. Ça devient une idée obsédante. À cela s’ajoutent des symptômes physiques, comme une sensation de boule dans la gorge, des maux de ventre, une perte d’appétit. Certains mettent en place des conduites d’évitement, en mettant en place de rituels pour s’éloigner de l’information. Mais elle vient à nous en permanence.

Le sujet est vraiment victime d’une représentation du danger. Il a l’impression qu’une chose terrible va se passer, le voit mais ne peut rien faire. Tout ça est lié à un sentiment de découragement. La personne qui souffre de polico-anxiété, ce n’est pas tant quelqu’un qui ne veut plus agir, ce n’est pas une angoisse paralysante, c’est une angoisse d’impuissance parce qu’au contraire elle veut agir. »

Comment en sortir, y résister ?

« Que ce soit à titre personnel ou collectif, contre l’angoisse, la meilleure manière de pouvoir lutter c’est l’action. Ça peut être le fait de soutenir des initiatives locales et participatives, créer des espaces de dialogue et de débat. Il faut panser la démocratie, lui redonner un sens, une légitimité, une crédibilité et rendre à chacun sa possibilité d’action. Ça veut dire redonner une parole au sujet, lui redonner une place et pas qu’il soit juste une bête à voter. »



2025-10-10 16:10:00

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