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De notre envoyé spécial à Barcelone,
Ça n’arrange pas vraiment les affaires parisiennes, mais il faut reconnaître que sa seule présence sauve le prestige de la rencontre. Alors que le Ballon d’or Ousmane Dembélé est toujours blessé, comme la majorité des têtes d’affiche parisiennes (Désiré Doué, Khvicha Kvaratskhelia), Lamine Yamal est lui revenu juste à temps et sera bien présent pour animer ce choc de la deuxième journée de Ligue des champions entre les deux équipes les plus enthousiasmantes d’Europe la saison dernière.
A Barcelone, évidemment, on ne parle que de lui, et son entrée en jeu dimanche contre la Real Sociedad après deux semaines d’absence a rappelé pourquoi. Premier ballon ? Passe dé pour Lewandowski. Le deuxième ? Virgule, petit pont et dépôt sur l’aire d’autoroute pour Sergio Gomez, honorable père de famille qui n’avait rien demandé. A seulement 18 ans, Yamal est la nouvelle grande fierté catalane, successeur de Lionel Messi dans la catégorie « petit gaucher insaisissable qui nous sauve les miches dès qu’on en a besoin ».
D’un autre côté, le récent vainqueur du trophée Kopa récompensant le meilleur jeune de la planète foot ne ressemble en rien à son aîné argentin. Le gamin aime l’ouvrir et se montrer. En adéquation avec son temps, mais peut-être pas avec la carrière dorée qui lui tend les bras.
Pente glissante
Vu de l’extérieur, difficile de ne pas ressentir un certain malaise face au comportement du petit prodige, une sorte de pente glissante sur laquelle il se serait engagé, et en moonwalk en plus. Il y a d’abord eu l’incident diplomatique avec Cristiano Ronaldo, début juin, quand l’Espagnol a refusé de serrer la main de son glorieux aîné à la fin de la finale de la Ligue des nations remportée par le Portugal aux tirs au but. Et puis le grand n’importe quoi de ses 18 ans, bien sûr, courant juillet, avec cette histoire de personnes de petite taille invitées pour rigoler et les ragots sur les « filles de compagnie ».
Le dernier épisode de la série est tout frais. En fin de semaine dernière, l’influenceuse Fati Vasquez, avec qui Yamal serait sorti quelques semaines, a raconté par le menu la vie dissolue du garçon, et notamment ce « calendrier de filles » tenu par son agent. « Tous les jours une nouvelle », assure tranquillement la jeune femme de 30 ans dans l’émission « En todas las salsa », un podcast produit par la chaîne Telenico, qui se goinfre, comme bien d’autres, des potins sur la vie privée de la nouvelle star du foot mondial.
« Pour un jeune de 18 ans, lui a fait assez peu d’erreurs, observe Florian Ridard, spécialiste de la communication et du « capital réputation » dans le milieu du foot chez VAE Solis. Comme souvent pour les joueurs de football, le problème ne vient pas d’eux, mais de leur entourage. Depuis quatre, cinq mois, on sent une espèce de dérive et une maîtrise beaucoup moins importante sur sa communication due à un entourage très offensif. »
« Pas très humble »
Les fameux « proches du joueur », qui dans le cas de Lamine Yamal semblent totalement hors de contrôle. Le pire sans doute dans la sortie de Fati Vasquez est que même elle se dit choquée par ce qu’elle a découvert en coulisses.
« Lamine Yamal n’est pas très humble. Je pense qu’il n’est pas bien conseillé. J’ai rencontré son cercle proche et, à la manière dont ils le guident, je ne pense pas qu’il prenne les bonnes décisions, a-t-elle jugé. Je ne trouve pas normal qu’à son âge, il aille en boîte, à des fêtes, ou qu’il ait embarqué 10 filles sur un bateau à Ibiza. » De la part de quelqu’un dont le métier est de se retrouver sur un bateau de ce genre, le constat est assez terrible.
Allo papa, bobo
Le principal élément perturbateur est clairement identifié. Il s’agit du père, Mounir Nasraoui, aka « Hustle Hard 304 » sur les réseaux sociaux. Un petit tour sur son compte Instagram, passé de 274.000 abonnés avant la finale de l’Euro 2024 à plus d’1,3 million aujourd’hui, suffit à comprendre. Le bonhomme n’est pas du genre à profiter dans son coin.
Originaire du quartier pauvre de Rocafonda, dans la ville de Mataro (à 30 km au nord de Barcelone, le long de la cote), il vit sa meilleure vie depuis l’explosion du fiston et la partage avec qui en a envie. Là encore, il peut bien faire ce qu’il veut, et personne ne jugera le soutien inconditionnel qu’il apporte à son fils, « le meilleur en tout », « une star depuis sa naissance », comme il aime le répéter dans ses interviews. Non, le souci intervient quand ça interfère avec le sportif, comme lorsqu’il crie au « préjudice moral » après la deuxième place de Lamine au classement du Ballon d’or plutôt que de féliciter le vainqueur.
« On dirait qu’il est encore plus sanguin, et ça ne sert pas son fils du point de vue de l’image renvoyée. Il ne remplit pas ce rôle de bouclier qu’il devrait avoir, c’est même l’inverse. C’est souvent lui qui allume les feux », poursuit Florian Ridard. A ceux qui opposeraient l’argument de la personnalité du garçon et de son paternel, deux êtres solaires, à leur manière, qui s’amusent avec les codes d’aujourd’hui, notre spécialiste de la communication répond qu’il ne faut pas tout mélanger. Il explique :
« « Lamine Yamal est quelqu’un d’extraverti. Il en a totalement le droit, et d’ailleurs je pense que c’est une force. Mais justement, le rôle de l’entourage est de s’appuyer sur cette personnalité très forte, très vive, très souriante, très blagueur, très provoc’, parce que ça peut répondre à une attente du public, tout en veillant à ce qu’il garde la tête froide. Les proches doivent canaliser et non pas catalyser. » »
Car à la décharge du joueur, il est difficile d’avoir à son âge la maturité pour s’opposer frontalement à ses parents et être celui qui dit stop. « Il ne peut pas se rendre compte des effets de bord que les sorties de son père provoquent », défend Florian Ridard.
La filiation qui vient immédiatement en tête aujourd’hui est celle de Neymar, talent hors norme qui n’a pas su installer les barrières nécessaires pour aller aussi haut qu’il aurait dû. Les vacances de l’Espagnol chez le Brésilien cet été ne sont d’ailleurs pas passées inaperçues au pays, où l’on commence à s’inquiéter légèrement.
Les socios agacés
Christian, un socio rencontré près du Camp Nou, résume le sentiment général : « On commence à se dire ici qu’il a la tête un peu trop gonflée, ne cache pas le quarantenaire à l’allure sportive. Il doit remettre les pieds sur terre. Son père ? C’est une cause perdue, je trouve qu’il le conseille très mal. » Christian met en garde contre le gâchis potentiel, car il trouve que Yamal est « un génie, bien sûr, qui a le talent pour rester des années parmi les meilleurs du monde » et emmener le Barça très haut. Mais il « ne sera jamais Messi » s’il continue comme ça, assure-t-il.
C’est également l’avis de Ruben, 57 ans dont 40 à suivre les Culés. « Il ne peut pas être Messi, il aime beaucoup trop la fête, tranche-t-il. Messi, sa famille s’occupait bien de lui. Même Ronaldinho, à l’époque, il n’y avait pas tous ces problèmes. » Peut-être aussi parce que les réseaux sociaux n’existaient pas encore, mais c’est une autre histoire. « Pour moi, vous ne pouvez pas faire les deux, travailler et profiter, reprend Ruben. Tu dois te mettre sur une seule chose, un seul but. Jusqu’à ce que tu réussisses. Lamine donne l’impression qu’il se croit supérieur, alors qu’il n’a que 18 ans. Je n’aime pas trop ça. »
Les avis sont sévères, mais disent quelque chose de la ligne de crête sur laquelle se trouve aujourd’hui le prodige… et son club, qui a tout misé sur lui pour se refaire la cerise financièrement. A 15 millions d’euros de salaire garantis jusqu’en 2031, il ne faudrait pas que l’actif Yamal explose en route.
2025-10-01 06:17:36
