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« Aucune victime ne doit rester seule » après le choc
Jérôme Moreau, vice-président et porte-parole de la Fédération France Victimes, révèle en quoi la prise en charge et l’accompagnement psychologique des sinistrés des incendies est primordial au moment où les habitants du Porge et du Lège-Cap-Ferret (Gironde) ont retrouvé lundi leur maison, parfois entièrement calcinée.
Quels sont les troubles psychologiques qui entrent en jeu au moment de retrouver sa maison brûlée ?
« Évidemment, chaque réaction est personnelle et individuelle. Mais c’est une forme de deuil puisqu’il va falloir faire le deuil d’une partie de sa vie. Il y a tout ce qu’on voit : les murs, l’aménagement de sa maison… et puis il y a tout ce qui est immatériel, c’est-à-dire ses souvenirs, ses photos. On va aussi trouver des chocs de stress post-traumatique avec de la sidération, de la colère, de l’abattement, de la dépression… Les troubles associés sont de divers ordres sur le court et moyen terme, comme des insomnies, des cauchemars à répétition ou des reviviscences. Même si en apparence, les personnes vont bien, il faut quand même être très attentif et vigilant. Si par exemple on parle d’incendie à la télévision et que les gens sursautent, ça veut dire que le stress post-traumatique est installé. Il faut ensuite désinstaller et déconstruire cette peur. Pour cela, il faut écouter ce que les gens ont à dire pour qu’ils puissent mettre des mots sur leurs angoisses, leur tristesse et leur colère. Il faut travailler avec eux pour essayer de les apaiser et emprunter les chemins de la résilience. Chaque personne réagit légitimement comme elle le peut, d’où la nécessité de les accompagner et de ne jamais rester seul. »
Le fait que la ville presque entière du Porge soit détruite, cela ajoute-t-il un traumatisme supplémentaire ?
« On sait que le phénomène de groupe intensifie et démultiplie les émotions, et bien évidemment le choc. L’idée c’est aussi peut-être à un moment donné de faire des groupes de parole. Ça sera les thérapeutes qui le diront. Mais c’est sûr que ça n’aide pas parce qu’on n’a pas grand monde à qui se raccrocher à côté. Ce qui est important c’est d‘être entouré. On sait que ça permet de résister, d’être sécurisé par une présence. Les proches jouent un rôle extrêmement important. Mais plus on a de personnes qui sont impactées sur un même endroit, plus effectivement, on a une gestion importante du stress post-traumatique. »
Comment psychologiquement les victimes sont-elles prises en charge ?
« L’important, c’est qu’aucune victime ne doit rester seule. Face à un traumatisme de cette nature, il est important que les personnes se fassent accompagner. Il n’y aura pas de petit et grand préjudice, il n’y aura que des traumatismes à guérir. Ça peut se faire en une ou deux séances pour celles qui n’ont pas subi forcément de dégâts matériels. Pour d’autres, ça va être beaucoup plus compliqué. Pour l’instant, dans les Landes les choses sont plutôt bien organisées. En Gironde, deux associations, Vict’aid et Le Prado, ont été réquisitionnées par le procureur la semaine dernière. Dès que les pouvoirs publics, nous y autoriserons et dès qu’on pourra avoir un local, on viendra en complément de la CUMB (Cellule d’Aide d’Urgence Médico-Psychologique). On aura les listes des victimes, avec les coordonnées, et on rappellera tout le monde d’ici fin août. En attendant, toute personne peut contacter les associations. On a aussi le numéro national, le 116 006, qui est à la disposition de l’ensemble des victimes d’incendie qui ont des questions matérielles, assurantielles, d’accompagnement psychologique, juridique, social… »
Est-ce que les enfants bénéficient d’un accompagnement particulier ?
« Il y a toujours un accompagnement particulier pour les enfants parce qu’il faut s’adapter à leur langage, leurs émotions et à ce qu’ils sont capables d’en dire. Il faut leur dire la vérité mais sans accentuer les peurs et évidemment sans transmettre les angoisses. En même temps, ils ont vécu quelque chose qui peut être difficile. Certains ont tout perdu : leur chambre, leurs jouets, leurs repères. Et on sait que c’est extrêmement déstabilisant et impactant. Les enfants ont une capacité de résilience parfois plus importante que les adultes. Mais d’autres n’ont pas du tout cette capacité. Donc c’est vraiment important d’individualiser l‘évaluation des enfants. Et parfois c’est bien après qu’ils développent des troubles. Donc il faut être extrêmement vigilant aux troubles du sommeil, aux cauchemars réguliers. Quelques fois, il faut simplement dormir pendant une ou deux nuits avec son enfant et puis ça passe. Si ça ne passe pas, il faut vraiment ne pas hésiter à se faire accompagner. Personnellement, j’ai un peu peur qu’il y ait des enfants qui développent des troubles à plus long terme, dans un mois ou deux mois, à la rentrée. Il peut y avoir un événement qui va remémorer, comme voir des images d’incendies à la télévision. Et c’est à ces moments-là aussi où il faut être vigilant. »
À quel niveau les élus sont aussi impactés ?
« Depuis le début, les élus sont au front. C’est normal et en tout cas tout à leur honneur. Mais psychologiquement, ça peut quand même être dur et ils peuvent aussi avoir eu leur maison dévastée. Donc si des élus en éprouvent le besoin, on a également une convention avec l’association des maires de France. Ça restera évidemment très discret et anonyme. En tout cas, on peut comprendre que des élus ont peur, soient traumatisés. Ils sont actuellement dans l’adrénaline mais demain ça va être beaucoup plus compliqué. Ils vont repartir dans l’ombre aussi. Et ça, on sait que ça va être aussi une source de d’inquiétude, de sentiment d’abandon. L’actualité va en chasser une autre à un moment donné et ils pourront avoir la sensation d’être oubliés. »
Propos recueillis par Alice Boivineau
2026-08-04 04:35:00
