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Plus de 16.000 hectares brûlés, près de 2.000 pompiers mobilisés, 15 communes touchées… L’incendie qui ravage l’Aude depuis mardi, le plus gros de l’été à ce jour, progresse toujours, malgré les efforts des pompiers pour contenir et éteindre le feu. Ce , qui a détruit ou endommagé au moins 25 habitations et 35 véhicules, a coûté la vie à une femme de 65 ans, retrouvée morte dans sa maison de Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse. Elle avait refusé de quitter son domicile, une situation que connaissent bien les pompiers et les forces de sécurité participant aux évacuations lorsque celles-ci sont ordonnées.
« Ce n’est pas hyper fréquent, mais ça peut arriver que des gens refusent d’évacuer », explique le commandant Benoît Delpas, chef du groupement Opérations au Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) de l’Ariège. D’après son expérience, il s’agit souvent de personnes qui tiennent à leur maison, qui souhaitent protéger leurs animaux – chevaux, bétail – ou de personnes âgées.
« On essaye toujours de trouver une solution »
« Les pompiers ne peuvent pas forcer une personne à partir, il n’y a que le pouvoir de police qui peut contraindre l’évacuation par un arrêté », poursuit Benoît Delpas. Les personnes chargées de mettre à l’abri la population – pompiers, mais aussi forces de Sécurité civile, gendarmerie, police – mettent ainsi tout en œuvre pour convaincre les habitants d’évacuer, une mission qui passe beaucoup par le dialogue social. Les forces de sécurité essayent notamment de comprendre les raisons du refus d’évacuer, afin de « trouver la solution la plus adaptée à la situation », appuie le commandant.
« Est-ce que c’est une personne qui est sous traitement, une personne à mobilité réduite, une personne qui est déficiente ? Est-ce que la personne a simplement peur d’aller dans un endroit qu’elle ne connaît pas, auquel cas on voit si des amis peuvent l’accueillir ? On trouve toujours un biais, que ce soit avec un médecin, avec la voisine, un ami, le maire… », décrit Benoît Delpas. « On essaye par tous les moyens de convaincre les personnes, confirme Eric Brocardi, porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSP). Mais si la personne ne veut pas évacuer, malheureusement, c’est son choix. »
« Il faut écouter les autorités »
Un choix « très problématique à gérer » pour les pompiers, expose le chef du groupement Opérations du Sdis de l’Ariège : « On sait que ça va être dangereux, mais qu’est-ce qu’on fait ? Est-ce qu’on laisse des pompiers sur place, au risque de les mettre en danger ? Qu’est-ce qu’on fait quand on a une personne qui ne veut pas évacuer et dont la maison n’est pas défendable, est-ce qu’on la laisse ? » Des décisions toujours très difficiles à évaluer, d’autant qu’« il y a un devoir moral assez important », évoque le pompier.
Le porte-parole de la FNSP invite ainsi les habitants à suivre les consignes données par les soldats du feu. « Lorsqu’on en arrive à l’évacuation, on ne doit pas rester chez soi et on doit écouter impérativement les autorités qui le demandent, parce qu’on sait que le sinistre est en phase d’approcher la maison. » Cette connaissance est basée sur « une série d’anticipations, qui permet, en fonction de la trajectoire du feu, de ses données cinétiques et des différentes données météorologiques, de dessiner les scénarios possibles », poursuit Eric Brocardi.
Plusieurs acteurs dans les évacuations
Lorsque la décision d’évacuer est prise, plusieurs moyens sont déployés afin d’avertir la population concernée. « On utilise FR Alert – le système national d’alerte par SMS –, mais on passe aussi par des haut-parleurs dans la rue, on fait du porte-à-porte, on appelle les gens au téléphone… », énumère Benoît Delpas. Un panel « le plus large possible pour être sûrs de toucher les gens ».
Pour la partie terrain, les pompiers « essayent de participer le moins possible aux opérations d’évacuation programmée », effectuées de manière préventive parce que le feu arrive, explique le commandant. Elles sont plutôt gérées par la communauté de Sécurité civile et les forces de l’ordre, suivant le secteur, et les pompiers ne participent en général qu’en soutien, notamment « quand il faut évacuer des personnes qui nécessitent une prise en charge spécifique et qui ne peuvent pas être évacuées par les forces de l’ordre ou de Sécurité civile, comme les personnes handicapées, alitées chez elles, qui ne peuvent pas conduire, etc. »
Cette division du travail d’évacuation permet aux pompiers de « garder leurs forces sur de la lutte contre le feu », mais aussi pour effectuer des évacuations immédiates, en urgence, s’ils perçoivent un risque.
L’incertitude, un facteur à ne pas négliger
A noter que l’évacuation n’est pas le seul moyen de protection de la population. La mise à l’abri dans les habitations, appelée communément « confinement », est aussi pratiquée autour de la zone d’intervention critique, afin de faciliter l’intervention des secours en évitant les embouteillages sur la route et les intoxications aux fumées dans les voitures en déplacement. C’est d’ailleurs la consigne qui a été donnée dans l’Aude, où la préfecture indique avoir « demandé aux populations de rester confinées à l’intérieur de leurs habitations, sauf ordre d’évacuation donné par les sapeurs-pompiers ».
Notre dossier sur les incendies
« L’objectif, c’est de faire en sorte qu’à la fin de l’incendie, il y ait le moins de morts possible, le moins de blessés possible, le moins de séquelles possible », pose Benoît Delpas. Mais face aux feux, le mot d’ordre est l’humilité, estime le pompier. « Il faut être préparé au risque, mais aussi à être surpris, « notamment avec le réchauffement climatique qui amène de l’incertitude », avertit-il.
2025-08-06 16:31:32
