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«Face au drame du périscolaire, il faut permettre la mise en place de vidéosurveillance à l’intérieur des écoles », estimait dans les colonnes du Parisien Grégory Canal, coprésident du groupe Paris Liberté. Le premier groupe d’opposition, mené par Rachida Dati, a présenté ce mardi sa proposition d’installer des caméras dans les 620 écoles parisiennes.
Depuis début 2026, 78 agents ont été suspendus, dont 31 pour des suspicions de violences sexuelles dans des écoles parisiennes, laissant apparaître une problématique structurelle. Pour autant, le plan de l’opposition de déployer massivement des caméras est-il applicable au vu de la réglementation de la commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), chargée de la protection des données personnelles ? Christophe Daadouch, juriste spécialiste du droit des mineurs, est catégorique : en l’état, ces propositions trop généralistes ne permettent pas de respecter les libertés individuelles des enfants et de la communauté éducative. Explications.
Que propose le groupe Paris Liberté ?
Il s’agit d’installer environ 1.500 caméras, soit deux à trois par établissement, pour un montant chiffré par le groupe à un peu moins de dix millions d’euros. « Les caméras seraient placées sur les zones de passage, ce qui permettrait notamment d’avoir de la visibilité dans les couloirs, sur les accès aux toilettes ou dans des cas exceptionnels dans des zones plus sensibles comme les salles de sieste. Pour bien s’assurer de la sérénité du déroulement de la journée », précise Grégory Canal au Parisien.
Les élus comptent sur le côté dissuasif du dispositif et imaginent une phase d’expérimentation dans quelques écoles par arrondissement avant une possible généralisation.
Que dit la CNIL sur la présence de caméras dans les écoles ?
« L’école n’est pas un lieu public au sens où on ne peut pas y rentrer comme ça, ses espaces intérieurs sont privés, au sens juridique du terme », précise Christophe Daadouch. Sur son site, la CNIL explique qu’il est possible de filmer les accès de l’établissement et les espaces de circulation. « Il est exclu, sauf cas exceptionnels (établissements scolaires victimes d’actes de malveillance fréquents et répétés), de filmer les lieux de vie des établissements (cour de récréation, préau, salle polyvalente, salle de classe, cantine, foyer, salle des professeurs, toilettes et leur zone d’accès, salle de jeux, vestiaire et leur zone d’accès etc.) pendant les heures d’ouverture de l’établissement : les élèves comme les enseignants et les autres personnels de l’établissement ont droit au respect de leur vie privée », ajoute immédiatement la commission.
L’installation de caméras doit être « circonstanciée et pas généralisé », analyse Christophe Daadouch, qui n’hésite pas à qualifier de « démagogique », une proposition qui « surfe sur l’angoisse des parents ». « Quand on considère que pour protéger les enfants, la caméra doit être généralisée parce qu’on part du principe que les enfants sont en danger partout et tout le temps, on fait sauter la digue entre espace public et espace privé », estime ce juriste. La mise en place d’un tel dispositif constituerait « une atteinte disproportionnée aux libertés individuelles. »
Quelle est l’efficacité des caméras face aux violences sexuelles sur les enfants ?
La CNIL rappelle aussi que « l’utilisation de caméras doit rester limitée et constituer un moyen complémentaire à d’autres mesures de sécurité (telle que la surveillance par le personnel éducatif). » Les caméras ne filment pas tous les angles et la récupération de leurs données est fastidieuse et demanderait beaucoup de travail supplémentaire au chef d’établissement. « Une caméra n’empêche pas des faits de se produire, elle permet éventuellement de les élucider, ajoute aussi Christophe Daadouch. Il faudrait que le chef d’établissement soit en continu devant son écran à surveiller. Et, au mieux elle permet d’interpeller après-coup, mais parfois des années plus tard »
La vraie réflexion à avoir se situe autour des politiques de recrutement, et de contrôle humain, selon ce juriste, qui évoque par exemple l’attestation d’honorabilité pour travailler auprès des mineurs, qui va dans le bon sens. Il glisse aussi ironiquement que s’il faut équiper tous les espaces qui accueillent des enfants de la crèche, aux foyers de protection de l’enfance, en passant par l’assistante familiale et l’assistante maternelle, « il serait plus simple d’installer des Go Pro directement sur les enfants… »
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Le plan d’action à 20 millions d’euros du nouveau maire socialiste Emmanuel Grégoire, qui ne prévoit pas l’installation de caméras, a été finalement adopté par le Conseil de Paris ce mardi, après de vifs débats avec l’opposition.
2026-04-14 16:30:13
